JEMAPPES - MONS

A Mons, l'habitat groupé du Petit Marais cherche des soutiens

Le Fonds du Petit Marais lance un appel à obligations. Une démarche assez rare dans le secteur associatif. Les porteurs du projet d'habitat groupé à Jemappes veulent se libérer d'un prêt bancaire pour pouvoir avancer.
Actuellement, des yourtes permettent d'occuper le site. Fabian y vit la moitié de l'année
Actuellement, des yourtes permettent d'occuper le site. Fabian y vit la moitié de l'année

Le projet d'habitat groupé à Jemappes, c'est déjà une longue histoire qui commence officiellement il y a tout juste 5 ans. C'est en effet le 20 mars 2012 que la Fondation du Petit Marais signe l'acte de vente qui la rend propriétaire du terrain du même nom.

Le projet est de bâtir 5 appartements au coeur d'un terrain qui fut auparavant le parc d'une école, l'institut Saint-Ferdinand, à Jemappes. Ces appartements verraient le jour sur les ruines d'un ancien mini-stade de foot, dans un immeuble à un étage, comprenant également une salle commune et une terrasse panoramique. Un immeuble batti suivant les standards de l'éco-construction.

Mais le projet va bien au-delà d'un simple investissement immobilier. Ce que veulent développer les chevilles ouvrières de la Fondation, c'est un lieu ouvert aux habitants du quartier, basé sur les valeurs de la transition solidaire et écologique. Est prévu du maraîchage, de la permaculture, la possibilité d'utiliser le site pour des activités culturelles, des ateliers...Une activité économique de style jardinage est également prévue, des arbres fruitiers ont été plantés, on trouve aussi des ruches...Bref le lieu veut bourdonner de vie.

Deux à trois fois par an, le terrain est d'ailleurs déjà ouvert aux habitants pour des portes ouvertes ou des activités orientées développement durable comme le de troc de semences. En attendant d'avancer sur le projet immobilier, trois yourtes ont été montées pour pouvoir déjà occuper les lieux et pour permettre à une certaine philosophie du "Petit Marais" de se mettre en place. 

Mais voilà, le projet prend du retard: le permis de bâtir prend du temps à être délivré, après avoir essuyé un refus et deux recours, et entretemps deux familles se sont retirées du projet pour des raisons diverses. Les deux entités restantes se retrouvent à devoir supporter seules un prêt ayant permis l'achat du terrain et dont le remboursement empêche tout investissement pour le développement du projet, soit la construction des appartements. Et pour le moment, les deux parties restantes n'ont encore trouvé personne pour pallier aux désistements.

Un placement sûr?

D'où cette idée d'émettre des obligations "Petit Marais". Une obligation? c'est un prêt que des particuliers ou des entreprises peuvent consentir, notamment à des associations et des fondations. La Fondation a émis 280 coupures de 250 euros pour un total de 70 000 euros. Tout le monde peut y souscrire.

Pour quels avantages? "Par rapport au marché, le taux d'intérêt est plus élevé que ce que l'on trouve en moyenne dans les banques", argumente Fabien Dortu, un des deux porteurs du projet d'habitat groupé. "Nous émettons ces obligations à un taux de 1,75%. C'est plus que la moyenne du marché actuel des obligations, où on tourne autour de 1,5%. Et c'est bien plus élevé que le taux des comptes épargnes".

Outre ce rendement financier, souscrire 500 euros minimum d'obligations permet de bénéficier du terrain pour un usage privé, fête anniversaire, ou activité quelconque dans le respect du site, durant une demi-journée par tranche de 500 euros.

Pas un mauvais placement donc, mais quelles sont les garanties? Comment la Fondation compte rembourser les prêteurs, quand l'échéance des obligations arrivera à son terme, dans 6 ans? Par la vente des appartements, dont trois cherchent toujours preneurs. "Le prix du premier appartement à vendre est de 220 000 euros, toutes taxes et droits d'enregistrement compris. La vente de ce premier appartement couvrirait le prêt et permettrait de débloquer la situation".

En apportant une partie des fonds nécessaires au lancement de la construction d'un premier immeuble. Mais si aucun candidat sérieux ne se manifeste d'ici 6 ans, comment fait-on? "Quand on émet des obligation, le prêt est couvert par la loi. Ici, il est couvert par l'actif du terrain, que l'on a acheté 330 000 euros à l'époque. Si nous n'avons pas les liquidités pour rembourser, le terrain sera mis en vente publique forcée".

Même dans le pire des cas où le projet s'enliserait puis capoterait, les prêteurs retrouveraient leurs billes au bout du compte. Lancer un appel à obligations est une démarche encore relativement neuve dans le secteur associatif. "Beaucoup de gens sont un peu frileux, ils ne connaissent pas le principe, contrairement au crowdfunding, où on donne de l'argent, alors qu'ici on est dans du 'crowdlending', où les gens récupèrent leurs argent. Mais la somme minimale, 250 €, fait peur".

Pas à tout le monde visiblement: 21 000 euros ont déjà été récoltés. L'appel à souscription d'obligations se poursuit jusqu'au 29 mars. 

Plus d'infos? Rendez-vous sur la page web dédiée à l'opération du Petit Marais