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Le Brésil exportait de la viande avariée pendant des années, l’Afsca rassure le consommateur

DEux usines du groupe JBS ont été perquisitionnées
DEux usines du groupe JBS ont été perquisitionnées-AFP

Un vaste réseau de commercialisation de viande avariée a été démantelé vendredi au Brésil, impliquant des inspecteurs des services sanitaires et des groupes agroalimentaires, alors que des produits cancérigènes étaient utilisés pour masquer l’aspect de produits dont certains destinés à l’export.

Ce scandale de grande ampleur touche de plein fouet un secteur clé au Brésil, premier exportateur mondial de viande bovine et de volaille, plongé dans la pire crise de son histoire, envenimée par les révélations explosives sur la corruption systématique liée aux marché publics de la compagnie pétrolière d’État Petrobras.

«Des fonctionnaires recevaient des pots-de-vin pour faciliter la production d’aliments avariés, en émettant des certificats sanitaires sans avoir effectué d’inspections», a indiqué la police fédérale (PF) dans un communiqué.

Selon les enquêteurs, «une partie des pots-de-vin était reversée à des partis politiques», plus particulièrement le PP (centre) et le PMDB (centre droit), formation politique du président Michel Temer, dont de nombreux membres sont déjà éclaboussés par le scandale Petrobras.

Fruit de deux ans d’enquête, l’opération, décrite comme «la plus importante de l’histoire» par la PF, a mobilisé 1.100 agents pour l’exécution de 309 mandats judiciaires, dont 27 interpellations, dans sept États du Brésil.

Tolérance zéro

La justice a ordonné le gel d’un milliard de réais (320 millions de dollars) des comptes des entreprises visées, parmi lesquelles figurent deux géants du secteur agroalimentaire, JBS et BRF.

Les actions de ces sociétés ont fortement chuté à la bourse de Sao Paulo. Peu après 15h00 locales (18h00 GMT), les titres de JBS enregistraient un recul de 10,68%, contre 8,22% pour BRF, alors que l’indice Ibovespa était en baisse de 2,24%.

Le groupe JBS a confirmé dans un communiqué que deux usines ont été perquisitionnées, avant de souligner qu’«aucun mandat judiciaire» n’a été émis contre ses cadres.

L’entreprise assure par ailleurs «respecter scrupuleusement les normes sanitaires pour la production et la commercialisation d’aliments au Brésil et à l’étranger».

BRF «garantit» pour sa part que ses produits sont «de qualité» et «ne présentent aucun risque pour les consommateurs au Brésil ni dans les plus de 150 pays où il est présent».

Le ministre de l’agriculture, Blairo Maggi, a demandé «la mise à l’écart immédiate» de tous les fonctionnaires impliqués dans le scandale, assurant qu’il tenait à mener une politique de «tolérance zéro».

Salmonelle et substances cancérigènes

Dans le cadre de ce vaste scandale, le commissaire Mauricio Moscardi Grillo a affirmé que plusieurs petites entreprises du secteur frigorifique n’hésitaient pas à utiliser «des substances cancérigènes pour masquer l’aspect et l’odeur des produits avariés».

Selon lui, des bactéries de type salmonelle ont été retrouvées dans des produits mis en vente dans le commerce moyennant le versement de pots-de-vins.

Un container de l’entreprise BRF a été saisi dans un port d’Italie où les autorités ont détecté la présence de ces bactéries dans la marchandise, a-t-il ajouté.

La puissante Confédération Nationale Agriculture (CNA) a demandé une «enquête rigoureuse» et n’a pas caché son inquiétude quant aux répercussions du scandale.

«Ce n’est pas juste que l’image des producteurs ruraux soit souillée par les actes criminels et irresponsables de certains», a affirmé cette institution dans un communiqué.

Un porte-parole de la Commission européenne a affirmé à l’AFP que l’institution «a demandé des éclaircissements aux autorités brésiliennes», mais qu’aucune irrégularité concernant la viande brésilienne n’avait été constatée depuis 2015.

L’opération policière a été intitulée «carne fraca», en référence à une expression populaire qui évoque la faiblesse face aux «tentations de la chair».

«Cela montre la fragilité morale de nos agents publics, qui devraient veiller à la qualité de nos aliments», a résumé la police.

Chez nous, l’Afsca rassure

L’importation en Europe de viande en provenance du Brésil est régie par des règles strictes, a réagit Philippe Houdart, le porte-parole de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca). Il est trop tôt pour savoir si cette marchandise a été écoulée en Belgique, mais l’Afsca souligne que les importations de viande brésilienne en Belgique demeurent limitée.

Le Brésil est considéré par l’Union européenne comme un «pays tiers» en matière commerciale, ce qui signifie que des procédures spéciales sont en vigueur, précise l’Afsca. «L’exportation vers l’Europe est limitée à certaines entreprises qui doivent remplir des standards stricts. Ce sont donc d’autres règles que celles qui régissent le marché brésilien», explique M. Houdart. Ces limitations ne concernent pas uniquement les entreprises, mais peuvent également frapper une région spécifique. «Les exportations vont par exemple être interdites à partir d’une région où des cas de fièvre aphteuse ont été rapportés.»

Les autorités brésiliennes sont chargées de procéder aux contrôles sur la viande et de délivrer les certificats. «Ces services sont soumis à des audits. Si des irrégularités sont constatées, les exportations peuvent être suspendues», souligne M. Houdart.

Les cargaisons importées en Europe font l’objet d’un nouveau contrôle, dont se charge l’Afsca pour l’accès au marché belge. «Il s’agit d’abord de contrôles administratifs, comme ceux portant sur les certificats.»

Le porte-parole de l’agence n’a pas encore eu connaissance de problèmes portant sur la viande brésilienne, dont la part sur le marché belge est marginale. L’importation de celle-ci ne s’effectue pas via les ports maritimes. «Si des problèmes doivent émerger, ce sera probablement sur de la viande de poulet congelée destinée à un traitement ultérieur.»