CHARLEROI

Un robot contrôlé par le cerveau testé à Charleroi

Dorian, en se concentrant pour retrouver le calme attendu, actionne un petit robot. ÉdA – 301802484653 – B.W.

Human Waves a mis au point des applications basées sur les ondes cérébrales. L’une d’elles permet de lutter contre les troubles de l’attention.

Électrodes sur la tête, Dorian est assis. À ses côtés, un opérateur manipule un ordinateur portable. Et face à lui, un petit robot monté sur roues, immobile. L’exercice peut commencer. Le garçon ferme les yeux pour mieux se concentrer. Objectif: mettre en mouvement le robot! Il ne faudra guère plus d’une petite minute pour que Dorian y parvienne…

Science-fiction? Non. La scène se déroule à Charleroi où la start-up Human Waves, basée à Gosselies, présente son activité basée sur l’action sur les ondes cérébrales à des fins sportives et thérapeutiques. L’expérience à laquelle s’est prêté Dorian illustre ce dernier aspect: grâce à un contrôle de ses ondes cérébrales qui lui permettent de retrouver le calme, il a pu commander le petit robot.

Apprendre à contrôler les ondes

Human Waves, spin-off de l’ULB, a été créée en 2012 par Anne-Marie Clarinval, chercheuse diplômée, entre autres, ingénieur chimiste de l’ULB, et le Pr Guy Chéron, spécialiste de l’électrophysiologie à l’ULB également. Son expertise a déjà conduit ce dernier à travailler sur un projet visant à comprendre le fonctionnement du cerveau en présence et en absence d’apesanteur pour le compte de la Station spatiale internationale. «On a voulu appliquer ces connaissances des neurosciences à d’autres domaines de la vie courante», indique-t-il.

La clé, ce sont donc les ondes cérébrales, mais aussi musculaires selon les applications. Celles-ci sont captées, analysées, mises en relation entre elles. Dans le cas de Dorian, l’objectif est de traiter, et au préalable de diagnostiquer, le trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité. Ici, les ondes alpha sont visées. Grâce aux capteurs qui détectent l’activité du cerveau et au feed-back que le petit robot lui donne, Dorian peut apprendre à contrôler ses ondes alpha. «Il se concentre, se met dans un état de contrôle, celui de son état de relaxation. La démarche est totalement naturelle, explique Guy Chéron. C’est possible grâce au mécanisme de plasticité du cerveau qui est une structure en permanence modifiable.»

Alternative à la rilatine

On saisit, dans le cas illustré par Dorian, tout l’intérêt de la technique qui permet de réduire considérablement l’utilisation de la fameuse et controversée rilatine. «Il est aussi possible d’entraîner aux autres ondes, gamma (cognition, perception fine) ou thêta (orientation)», précise encore le scientifique. Dans le domaine sportif, la technologie de Human Waves permet d’analyser les performances et d’identifier les leviers neuromoteurs qui permettront de les améliorer. Le 3D Visual Trainer prévoit un entraînement pour accroître ces performances.

À ce jour, la spin-off a déjà vendu 4 de ces appareils. Son dispositif avec le petit robot, NeuroAtt, et la plateforme technologique EasyMove, capable d’imortre et d’analyser de façon synchronisée l’activité cérébrale, oculaire, musculaire, entre autres, seront bientôt commercialisées.

 

Améliorer les performances sportives

L’apport de Human Waves aux performances n’a pas laissé insensibles les milieux sportifs belges, du moins ceux qui en ont perçu tout l’intérêt. La société a pu compter sur le parrainage de John-John Dohmen, meilleur hockeyeur au monde. Elle bénéficie aussi du soutien de Jérémy Perbet, footballeur du Sporting de Charleroi, de Jean Kindermans, responsable des jeunes au SC Anderlecht, et de Jacques Borlée, père et entraîneur des athlètes Kevin, Jonathan et Olivia. L’European Sport Academy qu’il pilote a d’ailleurs été le premier client de Human Waves.

Grâce au 3D Visual Trainer, les sportifs peuvent augmenter leur niveau d’attention visuelle. L’outil permet aussi d’améliorer la mémorisation et les capacités de prise de décision. Plusieurs clubs de sport ont fait l’acquisition de l’appareil : le club de tennis Primerose, ULB Sports, le Sporting de Charleroi. Le Spirou Charleroi est sur le point de l’acquérir lui aussi. « Cela s’inscrit dans une démarche globale, explique Jacques Ledure, responsable des nouveaux projets du club de basket. On s’est doté d’un shooting gun (NDLR : un appareil qui lance des ballons). Le 3D Visual Training permettra d’améliorer la concentration. Par exemple, pour les lancers francs. » Enfin le club va recourir à Human Waves pour analyser le mouvement des joueurs afin d’identifier les leviers neuromoteurs, de mieux les connaître en situation de stress, facteur fréquent d’échec. Et, in fine, améliorer les performances.