CINÉMA

Laureline, une vie pleine d’effets spéciaux

Laureline Silan vient de Liège. Formée à l’IAD, elle travaille dans les effets spéciaux numériques, une étape devenue incontournable dansle cinéma d’aujourd’hui. À seulement 30 ans, elle a déjà 40 films à son palmarès!

De «Largo Winch 2» à «The Happy Prince», Laureline Silan voit défiler les films sur son ordinateur, pour en nettoyer ou embellir les plans.
De «Largo Winch 2» à «The Happy Prince», Laureline Silan voit défiler les films sur son ordinateur, pour en nettoyer ou embellir les plans.

Laureline Silan, la première chose qu’on se demande à votre sujet, c’est d’où vous est venue cette vocation pour les effets numériques…

Ça date de quand j’étais à l’IAD (NDLR: qui forme au cinéma à Louvain-la-Neuve) en section graphisme, on a reçu la visite d’un ancien qui travaillait à Londres sur les effets spéciaux du prochain Harry Potter. Et là, je me suis dit: « Voilà ce que je dois faire, voilà où je dois aller.» Et donc pour le reste de mes études, je me suis spécialisée dans le «compositing», c’est-à-dire le traitement de l’image en 2D. Le patron de la société Mikros, basée notamment à Liège, a vu mon travail de fin d’études. Et j’ai été engagée comme «digital compositor junior» sur le film Largo Winch 2 (2011) avec Sharon Stone.

Petit préalable, c’est quoi les effets spéciaux numériques?

Il y a la 2D et la 3D. Moi, je suis plutôt spécialisée dans la 2D (lire ci-dessous). Ce sont toutes les modifications qu’on apporte aux images du film vers la fin du montage. Que ce soit la création de décors autour des personnages (filmés au départ sur des fonds verts ou bleus), la modification des décors existants, l’ajout de pluie, de neige, d’ensoleillement, la multiplication des figurants ou encore le nettoyage de l’image de tout ce qui doit en être effacé, par exemple les câbles qui soutiennent un cascadeur lorsqu’un personnage décolle. Tout ça c’est de la 2D. La 3D, c’est intégrer un élément comme par exemple un monstre ou une tornade de feu dans une image, des éléments qui doivent être complètement créés numériquement. Tout ce travail a donc une importante composante artistique, c’est ce qui le rend si prenant.

Vous avez peu à peu grimpé dans la hiérarchie du métier…

Récemment, j’ai obtenu ma première mission comme «VFX supervisor». Le responsable des effets spéciaux y est impliqué dès les repérages. Il va voir les décors naturels choisis par le réalisateur et on définit déjà des effets numériques qui seront demandés plus tard. Je joue ce rôle sur un film qui s’appelle The Happy Prince. C’est une bio d’Oscar Wilde et le premier film comme réalisateur du comédien anglais Rupert Everett.out se passe dans les années 1900, et donc il y a beaucoup de travail de postproduction à faire. Ne fût-ce que pour transformer les routes actuelles en chemin du début du siècle.

Votre filmographie indique près de 40 films depuis 2011. Certaines années, vous travaillez sur 10 longs-métrages différents. Comment est-ce possible?

La plupart du temps, on mène plusieurs projets de front. Le travail demandé peut prendre de deux à huit mois. À mes débuts, on me confiait des choses très simples. Mais un des premiers chouettes trucs que j’ai pu faire, c’est une séquence de L’amour dure trois ans (2011), de Frédéric Beigbeder. On y voit un écrivain passer d’une pièce à l’autre dans son appartement, apparaître et disparaître de façon elliptique, comme pour montrer le temps qui passe. Là, j’ai pu soigner le travail. En plus, le réal lui-même est venu voir le résultat.

Vous avez notamment travaillé sur «De rouille et d’os» (2012), de Jacques Audiard, film où Marion Cotillard perd… ses jambes (à la suite d’un accident avec des orques dans l’histoire)!

Demo film VFX Mikros Image | 2016 from Mikros image on Vimeo.

Le film a eu le césar des effets spéciaux, et nous en avons tous été très fiers. Toujours à Liège, nous nous sommes occupés d’une scène de la fin assez compliquée où le fils de Matthias Schoenaerts passe à travers la glace dans un lac gelé. Pour ce plan, c’est un cascadeur nain qui doublait l’enfant sous la glace. Il a donc fallu gommer de l’image tout le matériel qui assure la sécurité du cascadeur.

De quel travail sur un film êtes-vous la plus fière?

C’est Éternité (2016), un film français de Tran Anh Hung (NDLR: le réalisateur de l’Odeur de la papaye verte) avec Jérémie Renier, Mélanie Laurent, Audrey Tautou et Bérénice Bejo. L’histoire suit les personnages de 20 à 65 ans. Les comédiens choisis ayant de 35 à 40 ans, on a dû les rajeunir sur beaucoup de plans. Un travail très délicat, très difficile. On avait étudié toutes les stigmates du vieillissement et donc on a fait en sorte d’amincir les nez, relever les bajoues, enlever les rides, lisser les peaux. En évitant qu’à l’écran, tout cela donne l’impression qu’ils ont subi un lifting! Il fallait que ça paraisse naturel, crédible. On a parfois passé un mois sur un plan de visage. Mais à l’arrivée, le résultat était impeccable.

Votre prénom, Laureline vient, paraît-il, de ce que vos parents étaient fans de la BD «Valérian», que vient d’adapter au cinéma Luc Besson. Vous n’allez pas travailler sur ce film?

Malheureusement non. J’ai déjà travaillé sur des productions Besson comme Transporter, mais ici aucune chance. J’aurais bien aimé, ça aurait été amusant!

La filmo de Laureline Silan: http://www.imdb.com/name/nm4304614/

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