Victime d'un viol conjugal, elle témoigne pour briser la loi du silence

-La jeune fille a préféré témoigner à visage caché

Abusée et violentée par son ancien compagnon, une Verviétoisea choisi de témoigner à visage caché pour dénoncer ce fléau. Un récit plein de courage.

Les phrases défilent sans trébucher mais les mots sont glaçants. Aujourd’hui, Anne-Sophie (prénom d’emprunt) n’a plus peur de raconter son histoire. Elle témoigne à visage caché pour briser le silence qui fait loi en matière de violence conjugale. Pour dénoncer ce que tant d’autres continuent de taire. «Ça s’est passé pendant l’été 2013, je venais tout juste de sortir de rhéto et je passais la soirée avec mon compagnon chez des amis, raconte la jeune Verviétoise. J’avais un peu bu, lui aussi, mais au lieu de repartir il m’a emmené à l’étage en disant à mes amis qu’il allait s’occuper de moi. » Cette nuit-là, Anne-Sophie va être victime d’un viol au sein de son propre couple. Malgré ses refus, le jeune homme va profiter de la situation pour abuser sexuellement d’Anne-Sophie. Il usera même de la violence pour arriver à ses fins.

Le lendemain, c’est en état de choc que la jeune femme se réveille. « Je n’ai pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’un viol. Je ne savais pas qu’on pouvait parler de crime lorsqu’un tel acte arrive dans un couple, confie la jeune femme. À cette époque, je préparais un long voyage. J’ai préféré enfouir cette histoire au fond de moi, je ne voulais pas en parler.» Mais à son retour, Anne-Sophie découvre par hasard une brochure d’Amnesty International sur la violence conjugale. Elle y découvre que la majorité des femmes choisissent le silence plutôt que de porter plainte. C’est le déclic. «Je ne voulais pas faire partie de ces femmes-là, j’ai compris que je devais réagir. Alors, j’ai appelé SOS viol puis j’ai tout raconté à ma maman. Neuf mois après les faits, je décidais enfin de porter plainte contre mon ex. »

Suite à son témoignage, Anne-Sophie est prise en charge par le service d’aide aux justiciables de Verviers, une ASBL qui intervient gratuitement auprès des victimes d’infractions pénales. Ces rencontres vont lui apporter une grande aide dans son difficile chemin de reconstruction. «J’avais des séquelles psychologiques qui se ressentaient clairement dans mon comportement, raconte Anne-Sophie. J’avais peur des hommes, je reculais au moindre contact, le simple fait qu’on me touche la main me faisait peur. J’ai fait des séances d’hypnose qui m’ont vraiment bien aidé et je remercie encore ce service pour son professionnalisme. » Mais le combat ne s’arrêtera pas là. En plus des démarches administratives, la Verviétoise va connaître d’importants problèmes de santé, jusqu’à perdre 20 kg. Le traumatisme est palpable.

«Il a reconnu les faits mais n’éprouve pas de remords»

Soutenue par sa famille, Anne-Sophie entame une longue procédure judiciaire pour viol et coups et blessures. Mais alors que la jeune femme doit batailler pour reconnaître ses droits, son ancien partenaire, lui, ne semble pas inquiet. «Dans son procès-verbal j’ai vu qu’il avait reconnu les faits, il n’a pas cherché à nier. Il avoue aussi qu’il m’a frappé, qu’il ne savait pas où étaient ses limites. Mais des remords, aucun. En aura-t-il un jour?»

«On minimise encore la violence conjugale» 

Malgré ses peurs, Anne-Sophie a eu le courage de poursuivre son agresseur et d’aller jusqu’au bout de sa démarche. Mais elles sont très peu nombreuses à oser passer ce cap, tant le tabou entoure encore les violences conjugales. «Ce qui m’est arrivé m’a fait prendre conscience qu’encore aujourd’hui, beaucoup de personnes minimisent ces actes de violence pourtant punis par la loi, dénonce la Verviétoise. Même dans mon entourage, certaines réactions ont été très dures à entendre. On a essayé de minimiser la gravité des faits, on me demandait si c’était vraiment nécessaire de porter plainte, je devais sans cesse me justifier. Mais même si la plupart de ces affaires sont classées sans suite, est-ce une raison pour ne pas aller jusqu’au bout?»

Aujourd’hui, c’est au contraire ce combat qui a permis à Anne-Sophie de reprendre petit à petit le fil de sa vie. Même si les lenteurs judiciaires l’empêchent de tirer définitivement un trait sur son agression. «Cela fait bientôt 4 ans que ça dure, deux fois que le procès est reporté, il est grand temps d’en finir, confie encore la jeune femme. En témoignant, j’espère donner la force à d’autres femmes de réagir et surtout à informer les plus jeunes de cette réalité. Si même elles ne vont pas jusqu’à porter plainte, c’est important de savoir qu’il existe des soutiens très efficaces, via des voies officielles ou des ASBL comme Vie féminine à Verviers. Pour ce qui est du procès, j’aimerais qu’il permette de rembourser à ma maman les nombreux soins de santé qui ont été nécessaires».

Et de l’accusé? «De lui je n’attends plus rien, pas même un pardon. Mais j’espère qu’il se rendra compte de ce qu’il a fait et qu’il regrettera. Si je dois encore le croiser, je ne veux plus avoir à changer de trottoir. Ce n’est pas à moi de baisser les yeux.»