MONS

La vie de Marc Dutroux jouée par des enfants à Mons

Five Easy Pieces, qui met en scène des enfants pour rejouer la vie de Marc Dutroux, sera présenté à Mons ce samedi au Théâtre du Manège
Five Easy Pieces, qui met en scène des enfants pour rejouer la vie de Marc Dutroux, sera présenté à Mons ce samedi au Théâtre du Manège-Phil Deprez
"Five Easy Pieces", c'est le titre de la pièce qui sera jouée samedi soir au Théâtre du Manège à Mons. Sa particularité: des enfants de 8 à 13 ans nous replongent dans l'existence de Marc Dutroux. Qui sert de prétexte pour nous questionner sur nos angoisses, nos tabous...Et sur le déclin d'un pays.

Rejouer la vie de Marc Dutroux avec, sur scène, des enfants de 8 à 13 ans: impensable? Plus maintenant, depuis que le metteur en scène suisse Milo Rau s'est emparé de cette affaire qui a fait vaciller la Belgique il y a 20 ans.

Ce dernier a été invité par le CAMPO, le centre d'arts gantois, dont les spectacles réalisés avec les enfants ont acquis une renommée internationale. Pour le metteur en scène, travailler avec des enfants était une première. "Nous avons travaillé dans de nombreux pays et domaines, tant avec des interprètes non professionnels qu’avec des acteurs connus (...), mais nous n’avions jamais travaillé avec des enfants", explique-t-il dans un entretien accordé en mai 2016 dans le cadre du Kunstenfestival des arts.

Pour cette première expérience, le metteur en scène suisse a voulu sortir des sentiers battus: "les spectacles avec des enfants suivent toujours les mêmes structures. Il y est question de visions d’avenir, de l’absurdité du monde adulte, d’authenticité, de poésie féérique. Des existences extraordinaires sont retracées, des pièces de musique apprises sont interprétées, l’innocence est exprimée. Pour nous, les choses étaient claires, nous voulions tenter une tout autre approche".

"Nous voulons montrer ce qu’on ne veut pas voir chez les enfants. Il fallait que Five Easy Pieces devienne un spectacle avec des enfants qui soit quasiment impossible, risqué et inédit". En mettant en scène la vie du meurtrier le plus haï de Belgique avec des acteurs de l'âge de ses victimes, le cahier des charges est de prime abord rempli.

C'est en 2013 que Milo Rau prend conscience que l'affaire Dutroux représente un symbole de niveau national pour la Belgique, alors qu'il préparait un spectacle à Bruxelles. "Pendant les répétitions, j’avais demandé aux acteurs : qu’est la Belgique pour vous, à quel moment vous êtes-vous sentis de vrais Belges ? Ces comédiens m’ont alors répondu : « Pendant la marche blanche de 1996 »".

Dutroux n'est qu'un prétexte

Incarner l'affaire Dutroux avec une troupe d'enfants, c'est sûr, c'est risqué et inédit. Mais vu l'horreur des faits, n'est-ce pas aller trop loin? Milo Rau rassure: "notre équipe ne compte pas seulement deux personnes qui encadrent les enfants, mais aussi une psychologue infantile. De plus, les parents ont été étroitement associés au processus de répétition. Et nous avons pris contact avec les principaux intéressés de la véritable affaire Dutroux".

Une affaire Dutroux qui est plus un prétexte permettant de véhiculer de grandes thématiques sous-tendant le traumatisant dossier. "Dans cette mise en scène, il ne s’agit cependant pas de l’horreur en tant que telle, mais des grandes thématiques derrière cette affaire Dutroux, très spécifique et misérable en définitive : le déclin d’un pays, la paranoïa nationale, le deuil et la colère qui ont suivi les crimes. La pièce commence par la déclaration d’indépendance du Congo et se termine par l’enterrement des victimes de Dutroux. entre les deux se sont évaporées toutes les illusions qu’on aurait pu se faire en tant que Belge au cours de ces dernières décennies : l’illusion de la sécurité, de la confiance, de la liberté, de l’avenir".

C'est au travers de 5 scènes, où les jeunes acteurs se glissent dans la peau d'un officier de police, du père de Marc Dutroux, d'une victime ou de parents d'une victime, que le spectacle révèle un panorama de l'histoire belge allant de la fin de l'époque coloniale à la Marche blanche de 1996. Le spectacle veut questionner les spectateurs sur les limites de leurs propres peurs, de leurs espoirs, de leurs tabous...

Une pièce qui a déjà bien vécu

"Five Easy Pieces", qui débarque samedi soir à Mons pour une représentation unique au Théâtre Le Manège, a déjà pas mal tourné. Après 6 représentations au Kunstenfestival des Arts, la pièce a tourné dans toute l'Europe: Pays-Bas, Allemagne, Norvège, Suisse, Italie, France...Elle s'est également retrouvée à Singapour. Ce sont environ 50 dates qui ont été données, sans que cela ne déclenche un quelconque tollé. Au contraire, les critiques sont plutôt élogieuses. Après Mons, la pièce reprend son tour d'Europe, avec des dates en Angleterre, Espagne, Pologne...

Five Easy Pieces, samedi 18/02 à Mons. Renseignements: surmars.be.