MODE

Fashion week New York: Raf Simons comme un poisson dans l’eau chez Calvin Klein

Il a quitté la maison Dior en pleine gloire pour relever un autre défi à New York. Comment le créateur belge Raf Simons s’épanouit-il dans la Grosse Pomme? La réponse avec un défilé Calvin Klein en parfaite adéquation avec sa personnalité: à la fois minimal et asexué.

Calvin Klein ne pouvait rêver meilleur directeur artistique pour sa griffe que Raf Simons. La preuve avec le dernier défilé de la griffe signé par le créateur belge.

Multipliant les références au contexte politique particulièrement tendu en Europe comme aux États-Unis, les mannequins défilaient au son de «This is not America» de David Bowie alors que les invités arboraient le fameux bandana blanc, symbole de tolérance et d’unité, livré la veille par Calvin Klein lui-même.

Dans ses notes, le Belge explique avoir voulu rendre hommage à l’Amérique où il vit désormais à plein-temps: «Tous ces gens différents avec des styles différents, des codes d’habillement différents, c’est l’avenir, le passé, l’Art Déco, la ville, l’Ouest américain… c’est toutes ces choses-là, et aucune à la fois. Il n’y a pas une seule époque, une seule chose, un seul look. C’est le brassage de tous ces personnages et de tous ces individus, exactement comme l’Amérique. C’est toute la beauté et l’émotion de l’Amérique.»

Des silhouettes unisexes

De fait, la collection, disponible dès maintenant dans les magasins pour répondre à l’impatience grandissante des consommateurs, était un peu tout cela en même temps: parmi les points forts, le pantalon style uniforme de fanfare, avec liseré, porté avec chemises à poches plaquées, elles aussi inspirées du monde militaire, le tout décliné dans des couleurs vives et contrastées qui leur donnaient un air de liberté.

Liberté aussi pour les robes légèrement transparentes faites de fils de laine bi ou tricolores et couvertes d’un voile de plastique. Ou encore pour des hauts unisexes au tronc tout de synthétique transparent, où seules les manches habillent vraiment, grâce à des rayures aux coudes style pulls de pompier.

Mélange de modernisme et de classique, avec la série de manteaux mi-longs, déclinaisons de beige, aux épaules amples et à la coupe large, portés avec des bottes de cow-boy. Ou les costumes jacquard, qu’on imaginerait sans mal portés par les banquiers de Wall street s’ils n’étaient pas si amples.

Le tout dans un décor créé par l’artiste américain Sterling Ruby, reconnu par le MoMA ou le Guggenheim: les mannequins défilaient sous un plafond d’où pendaient boudins en tissus colorés, bouquets de fils de laine ou carrés de denim. Un artiste de mère néerlandaise qui cite pêle-mêle parmi ses influences les gangs, les graffitis, la violence, les monuments publics et la domination comme le déclin de l’Amérique…

Nouvelle énergie, nouvelle direction

Reste à savoir si la touche Raf Simons permettra de doper les ventes de la marque américaine, que son propriétaire PVH voudrait voir atteindre les 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre près de trois milliards en 2015.

Interrogé sur la nouvelle collection, Imran Amed, fondateur du site spécialisé Business of Fashion basé à Londres qui assistait au défilé, a estimé qu’elle représentait «une vraie prise de distances» avec le style décontracté chic jusqu’ici emblématique de Calvin Klein, célèbre surtout pour ses jeans, ses sous-vêtements et ses parfums.

«Quand vous changez de directeur créatif, c’est en partie pour gagner une nouvelle énergie, une nouvelle direction, et j’ai l’impression qu’ils ont vraiment réussi cela aujourd’hui», a-t-il indiqué.

Imran Amed s’est aussi félicité que Calvin Klein ait, comme d’autres designers de cette Fashion week, repris à son compte l’idée du bandana de la tolérance lancée par son site il y a une semaine. «Le monde de la mode était resté assez silencieux par rapport à tout ce qui se passe dans le monde, que ce soit aux États-Unis ou en Europe avec les réfugiés», alors qu’il a «une voix importante», surtout quand il s’exprime «de façon visuelle».