MONS-BORINAGE

A Mons-Borinage, le PTB élargit sa base...au point d'empiéter sur le PS?

Le PTB gagne en visibilité à Mons-Borinage, bastion du PS. Au point de le bousculer aux prochaines communales?
Le PTB gagne en visibilité à Mons-Borinage, bastion du PS. Au point de le bousculer aux prochaines communales?-Ugo PETROPOULOS
Quasi inconnu en 2012 à Mons, le PTB a désormais pignon sur rue. Les adhérents sont toujours plus nombreux et commencent à venir de tout le Borinage. De quoi sortir la grosse artillerie en 2018? Pas si vite: le parti veut d'abord consolider ses bases.

14 octobre 2012, soir des élections communales. A Mons, le dépouillement se termine et une surprise attend John Beugnies: il siègera au conseil communal de la ville de Mons. "Cela s'est joué à 13 voix près, au dernier bureau de vote. C'était complètement inattendu" se souvient le secrétaire du PTB Mons-Borinage. Il est depuis le premier et unique membre du PTB à siéger dans un conseil communal dans l'arrondissement de Mons-Borinage.

Quatre ans plus tard, la situation a évolué. Récemment, le PTB annonçait qu'il déposera au moins deux listes dans l'arrondissement aux prochaines élections communales de 2018: une à Mons et une à Frameries. "On a désormais un groupe de base dynamique à Frameries, où il est possible de présenter une liste solide". Seul au conseil communal de Mons, le secrétaire régional est de plus en plus entouré au siège borain du parti, situé à Jemappes, et qui a déménagé en 2015 à deux pas de la Grand Place. L'ancien local était devenu trop étroit, indice que le PTB grandit dans le secteur.

Trois fois plus de membres

"Nous avons une accélération importante du nombre d'adhérents depuis 2012. Nous sommes passés d'une centaine en 2012 à 280 à la fin de l'année 2017. Aujourd'hui nous sommes environ 300, en ordre de cotisation. En ce moment, on gagne une vingtaine d'adhérents par mois". Sur les marchés, le PTB ne doit plus se présenter: "Quand on y allait pour la campagne de 2012, à la question 'connaissez-vous le PTB?', 90% des gens interrogés répondaient non. Aujourd'hui, ils ne représentent plus que 10%".

A Mons-Borinage, où le parti marxiste n'a pas d'ancrage historique ni de figure de proue nationale ou régionale, le PTB bénéficie d'effets globaux pour élargir ses soutiens : "il y a un ras-le-bol chez certains citoyens qui se tournent vers les partis anti establishment. Mais il y a aussi l'effet Raoul Hedebouw (ndlr: porte-parole du parti). Son charisme nous fait beaucoup de bien". 

De la rue au conseil communal

Mais le PTB Mons ne surfe pas que sur "l'effet Raoul". Sa toile, il la tisse dans la rue, en frappant aux portes, en menant des enquêtes..."On fait ce que l'on appelle le rue-conseil-rue. On va voir ce qu'il se passe dans les quartiers, on fait des enquêtes en porte-à-porte, on emmène ces gens avec leurs interpellations, leurs questions...au conseil, puis on va les revoir en expliquant les réponses que l'on a eues. Puis on repart si nécessaire au conseil communal".

La mise en application de ce système s'est surtout illustrée avec la problématiques du ramassage des objets encombrants. "On a pu avancer sur le dossier. On n'est pas encore satisfait, mais il y a déjà eu une évolution, nous continueront à nous battre à ce sujet".

Construire un rapport de force dans les quartiers, ce sera le préalable avant toute candidature aux prochaines élections communales. Même si le contexte pourrait pousser à multiplier les listes aux prochaines élections, le PTB ne sera sans doute pas présent dans chaque commune boraine, où l'électeur est fortement ancré à gauche.

Des bases solides avant les élections 

"Ce qui importe le plus aujourd'hui, c'est de construire la section locale, d'avoir des gens qui s'y impliquent, de mobiliser les jeunes. On sait que si on plaçait des listes dans chaque commune boraine, on aurait des élus. Mais on veut d'abord passer par la phase de construction avec la population".

Pour John Beugnies, pas question de précipiter les choses malgré le vent favorable qui pousse son parti au sommet des sondages. Il faut que les nouveaux adhérents intègrent le programme du parti et ses règles drastiques en termes de rémunération et de rétrocession des émoluments au parti. "On remet tous nos jetons de présence", rappelle l'unique élu PTB montois. Difficile à accepter si on n'est pas convaincu par la doctrine du parti...

Et pourtant, la pression est là: "je reçois beaucoup de demandes de gens qui viennent me dire: 'il faut faire une liste PTB dans ma commune'. Je réponds: 'ok, prenez votre carte de membre alors'. Et là, il n'y a plus personne". Pour le PTB Mons-Borinage, le défi est désormais de susciter une adhésion à un programme afin de s'installer durablement dans le paysage local et d'éviter de trop dépendre d'un électorat contestataire et volatil. 

Le PTB peut-il bousculer le PS au niveau local?

En 2012, le PTB avait recueilli 3,61% des voix. A quelle progression s'attendre pour le PTB en 2018 à Mons? John Beugnies ne se risque pas à un pronostic: "c'est sûr que je ne serai plus tout seul au Conseil communal, mais il faut voir dans quelles proportions cela va se manifester. Elio Di Rupo bénéficie toujours de beaucoup de sympathie dans la population, tout comme Nicolas Martin. Moi je travaille dans une usine à temps plein, je n'ai pas le temps de serrer des mains. Alors serons-nous deux, trois, quatre conseillers communaux ou plus...On verra bien".

Le PTB parviendra-t-il à bousculer les équilibres politiques à Mons, où le PS a remporté plus 55% des voix au dernier scrutin communal, où il est en majorité absolue depuis 2000 et au pouvoir depuis...1953? A deux ans de l'élection, c'est compliqué de se projeter, comme le rappelle Pierre Vercauteren, politologue à l'UCL-Mons.

"C'est toujours très difficile de présager d'une élection aussi longtemps à l'avance. De plus, il faut peut-être faire la distinction entre les niveaux fédéral et régional d'une part, et le niveau local d'autre part, comme on a pu s'en rendre compte dans le passé. C'est d'autant plus vrai à Mons où Elio Di Rupo garde un fort ancrage et une forte popularité dans la région. Son équipe est également très ancrée sur le territoire". 

L'affaire Publifin, qui bénéficie indéniablement à des formations "hors système" comme le PTB, peut-elle influer sur le comportement des électeurs? "Il faut toujours être prudent. Tout dépendra des mesures qui seront prises au Parlement wallon pour corriger le scandale. Si elles sont jugées correctes, l'impact sera très limité. Je ne suis pas du tout certain que ce qui se produit maintenant aura un impact en 2018. S'il doit y en avoir un, ce sera en 2019, aux élections régionales, si les mesures du Parlement sont jugées insuffisantes et s'il y a encore des rebondissements. Autrement, on aura le temps d'oublier cette affaire".

Un an et demi, c'est une éternité en politique. Ce qui peut faire bouger les lignes, c'est l'action sur le terrain, si la dynamique connue par le PTB au niveau des adhésions se poursuit. "S'il y a de plus en plus d'adhérents et que le parti est plus reconnu localement, ça peut être de nature à faire basculer les positions". Même si l'ancrage fort du PS incite à rester prudent.