SOCIÉTÉ

Le ministre Marcourt appelé à réformer le système d’allocations d’études

Le ministre Marcourt appelé à réformer le système d’allocations d’études

La dernière réforme, qui date d’octobre 2016, a, dans son application quotidienne, des «conséquences néfastes, éloignées des réalités sociales du demandeur», ont soulevé les trois associations. BELGA

la Ligue des familles, notamment, demande au ministre francophone de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, d’apporter des aménagements urgents à la réforme du système d’allocations d’étude, essentiel pour les étudiants issus de familles modestes.

La Fédération des étudiants francophones (FEF), la Ligue des familles et le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) demandent conjointement au ministre francophone de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, d’apporter des aménagements urgents à la réforme du système d’allocations d’étude, essentiel pour les étudiants issus de familles modestes. La dernière réforme, qui date d’octobre 2016, a, dans son application quotidienne, des «conséquences néfastes, éloignées des réalités sociales du demandeur», ont soulevé les trois associations lors d’une conférence de presse ce jeudi.

Si en 2016, lors de l’entrée en vigueur de la réforme, la FEF, la Ligue des Familles et le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté avaient salué le retrait du critère de réussite académique pour l’octroi des bourses, les organisations constatent aujourd’hui plusieurs effets néfastes de certaines dispositions mises en place à l’époque et qui ne garantissent pas le droit aux études. Aussi, des milliers d’étudiants qui avaient accès à une bourse en sont dorénavant privés et quelque 32.000 étudiants de condition modeste sont aujourd’hui en attente de savoir s’ils auront une bourse.

«Une famille monoparentale est, avec cette réforme, désormais pénalisée parce qu’elle touche une pension alimentaire. Idem avec l’aide à l’handicap. C’est complètement aberrant», déplore Delphine Chabert, secrétaire politique à la Ligue des familles, faisant référence au critère de globalisation des revenus repris dans la réforme et qui comptabilise une série de ressources familiales pour décider d’accorder ou non une bourse d’étude.

Autre règle dénoncée par les associations: la mise en place de plafonds minimaux de revenus, à savoir que si une famille ne gagne pas suffisamment, elle ne peut prétendre à l’octroi d’une bourse d’étude. «Une mesure contre-productive et injuste qui exclut précisément les étudiants vivant dans les familles les plus précarisées», regrettent les associations.

Eléonore (nom d’emprunt), mère de deux enfants ayant pu jusqu’à cette année académique bénéficier de bourses d’études dénonce cette mesure antisociale du ministre Marcourt. «Ma fille a été boursière pendant quatre ans. Elle est, cette année, dans sa dernière année de master et elle se voit privée d’allocations d’études car les revenus de notre ménage sont inférieurs au seuil minimum fixé. Le dossier de mon fils quant à lui est toujours en attente. Je ne comprends pas qu’une bourse soit retirée aux gens qui en ont le plus besoin. C’est un peu comme retirer sa canne à un boiteux», s’indigne-t-elle.

Les trois associations demandent dès lors au ministre le retrait de ces dispositions mais encore la non-prise en compte des personnes qui sont dans une situation de colocation. «Il faudrait par ailleurs une intervention forfaitaire dans les transports en commun», ajoute Maxime Mori, le président de la FEF.

Les associations souhaitent encore la mise en place d’un portail global d’information clair et efficace pour les étudiants et les familles, ainsi que la mise en place d’une instance de concertation rassemblant services sociaux des Universités, Hautes écoles et CPAS.

Pour Christine Mahy, secrétaire générale du RWLP, il est clair que monsieur Marcourt doit revoir sa copie, surtout dans le contexte de précarité croissante en Wallonie et à Bruxelles. «On est dans une société où la réduction des inégalités est vitale et si elle ne passe pas par des politiques mises en place pour les jeunes, on n’y arrivera pas.»

Le ministre Marcourt sera interpellé à ce sujet demain/vendredi devant la Commission Vie étudiante, Démocratisation et Affaires sociales (CoVEDAS) de l’Ares, la fédération des établissements d’enseignement supérieur. Des modifications rapides lui sont demandées afin que la réforme modifiée puisse être effective à la rentrée académique prochaine.

Le décret réglant les allocations date du 7 novembre 1983. En 2013, avec le décret paysage, des modifications ont été apportées afin de l’adapter aux nouveaux principes régissant les parcours étudiants. La disparition du concept d’année d’études a entraîné un ajustement de la législation pour clarifier les conditions relatives au droit aux allocations d’études, décret du 11 avril 2014. La réforme du système par le ministre Marcourt est quant à elle entrée en vigueur par arrêté le 19 octobre 2016.