LIÈGE

Nianing: mission accomplie pour les équipes de «Côte FM»

Ça y est, la radio «Côte FM» est en marche. Et après trois semaines de travail et d’échange au Sénégal, le groupe liégeois de 48 FM est rentré au plat pays.

Mission accomplie pour les équipes du projet «Côte FM». À Nianing – village de la commune de Malicounda – la radio Liégeoise 48 FM et l’association nianingoise Pathiakh ont réussi leur pari. Celui de monter une radio dans ce village de la Petite-Côte sénégalaise.

Plusieurs temps forts ont animé ces trois semaines radiophoniques et culturelles, non sans quelques quiproquos. D’une part, la réalisation du studio radio, la rédaction du magazine Kult spécial «Kaay Liège-Nianing» et la préparation du carnet de voyage qui sera distribué en Cité ardente. D’autre part, l’organisation du festival et l’inauguration de la station.

En marge du projet, une petite équipe est également partie à la rencontre des enfants de l’école Keur Xaleyi, dans le cadre de la semaine de la petite enfance. L’objectif? Animer des ateliers de musique, de chant, de peinture, de bande dessinée… Une fresque y sera d’ailleurs réalisée et exposée lors du festival.

Nianing: mission accomplie pour les équipes de «Côte FM»
Un atelier BD avec les petits bouts de l’école Keur Xaleyi. Photo Jimmy Beltrame

Les Liégeois se sont bien souvent laissés surprendre par la réalité du terrain. Pauvreté, corruption, non-dits… le rapport à l’argent, à la femme, au blanc (toubab)… Un choc culturel qui crée, parfois, quelques «couacs». Les partenaires devront de part et d’autre s’aligner. Malgré les obstacles, «nous avons ce projet en partage», rappelle Fodé Camara, directeur de l’association Pathiakh. Des amitiés vont naître, des complicités se souder. Et l’échange bel et bien exister.

Reportage à Nianing

Un mini «Kaay»

À côté d’un odorant poulailler, les travaux du local peuvent commencer à l’entrée du village. Il aura fallu pas moins de deux semaines pour en finir avec, au départ, le grand cube vide qui abrite aujourd’hui le studio. Cloisons, électricité, plafonnage, peinture, installation du mobilier et du matériel technique, réalisation d’une fresque par un artiste liégeois… L’excitation se lit sur tous les visages.

Dans le même temps, le mini-festival «Kaay Liège-Nianing» se prépare. Le petit frère du «Kaay Nianing Festival», déjà organisé depuis 11 ans par l’association nianingoise et consacré à la danse. «Il y a toutes les formes de danses. On fait de la danse afro-contemporaine, de la danse traditionnelle sénégalaise», explique Fodé Camara.

Nianing: mission accomplie pour les équipes de «Côte FM»
Dans le futur studio de Côte FM, on prend les dimensions, on étudie la question, on se projette Photo Xavier Lozet

«Le Kaay Nianing est devenu le plus grand cadre d’expression artistique de Nianing. Tout le monde voulait jouer. On ne pouvait donc plus se limiter aux danseurs.» En prémices à l’inauguration de la radio, sa version «miniature» destinée à la promotion et au lancement de la radio, connaît un véritable succès.

Courses d’ânes et lutte traditionnelle

Au premier jour, musiciens, peintres, artisans et autres festivaliers prennent leurs quartiers sur la plage. Face à l’Atlantique, live painting, course d’ânes, course en sac, lutte traditionnelle sénégalaise, concert ambulant, atelier de dessin pour les enfants, entre deux bouchées de fatayas, pour citer quelques exemples, animeront cette lumineuse après-midi.

 

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Faire de la musique pour la femme est une forme d’émancipation. Une manière d’extérioriser ce qu’elle vit.

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Le lendemain, c’est au crépuscule, ou presque, que les concerts peuvent commencer. Performances, musique traditionnelle, hip-hop, rap ou encore reggae investiront la scène installée face à la banque, sur la route de Joal. Et dans le chapelet d’artistes masculins programmés, la rappeuse Getmax, originaire de Saly, étudiante en commerce international. «On commence à être de plus en plus de femmes à faire du rap au Sénégal», explique la pétillante artiste. «Faire de la musique pour la femme est une forme d’émancipation. Une manière d’extérioriser ce qu’elle vit. Mais aussi pour ses proches qui ne peuvent pas dire ce qu’ils ou elles ressentent. Du coup, cela permet de véhiculer les messages.»

Nianing: mission accomplie pour les équipes de «Côte FM»
Un deuxième jour de festival enflammé. Photo Xavier Lozet

«Côte FM» prend son envol

En clôture du festival, place à l’inauguration de la web radio flambant neuve «Côte FM». Ça fourmille à l’entrée du village. Le magazine Kult, concocté par l’équipe com’, circule dans toutes les mains. Le maire de Malicounda Maguette Sene et sa délégation, le chef du village Ibrahima Sene ainsi que toutes les équipes sont présents. Haie d’honneur et traditionnel découpage du cordon, avant le lancement de la première émission.

 

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Je suis très ému actuellement car c’est un rêve qui se réalise, grâce aux partenaires: les artistes, la radio 48 FM…

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«Ce n’est pas la première fois qu’on a voulu faire quelque chose pour le village. Depuis longtemps avec mon frère, on veut avoir un outil pour mieux communiquer avec les populations par rapport à tout ce qui se passe», confie l’initiateur du projet Alain Sene. «Je suis très ému actuellement car c’est un rêve qui se réalise, grâce aux partenaires: les artistes, la radio 48 FM… On rend grâce et on remercie tout le monde.»

Nianing: mission accomplie pour les équipes de «Côte FM»
Du monde en studio pour l’émission d’inauguration de Côte FM. Photo Jimmy Beltrame

S’enchaînent aux micros le maire, le chef du village, Fodé Camara, le coordinateur de 48 FM Fred Cools. «Merci d’être si nombreux à vous intéresser à cette initiative», exprime le Liégeois. «On imagine que le projet pourra maintenant se développer avec toutes ses forces vives.»

Bientôt une antenne?

Prochaine étape, l’antenne nécessaire à l’émission des programmes sur la bande FM. Et le maire Maguette Sene l’assure: «La communication fait partie des secteurs du développement. Ce projet-là n’est ni pour Pathiakh, ni pour 48 FM, mais pour la population. Puisqu’en mode web, c’est un pourcentage très faible de la population qui pourra accéder aux informations émises par cette radio, on va voir tout ce qui est dans nos possibilités au niveau du ministère de la communication. On a la radio, ça ne devrait donc pas être difficile de trouver l’antenne et les accessoires pour émettre je pense.»

Rendez-vous donc dans quelques mois.

 

L’humain au cœur du projet «Côte FM»

À Nianing, nombre de lieux voient naître les affinités, les idées. Dans la maison, en rase brousse, ça s’agite. Alors que les chèvres ruminent dans les plaines, on y travaille et s’y repose. On y discute et y déconstruit les a priori. Puis, le local radio à l’entrée du village, sur la route de Joal. À l’ombre du baobab sacré, les vendeuses de mile et de bibelots jacassent. L’auberge aux coquillages, havre pour les jeunes. La discothèque «Absolut» et le café «La Gaumaise» tenu par une Virtonnienne.

Déguster un café Touba au détour d’une rue où les Baye Fall entonnent des chants spirituels. Où prendre le thé chez l’habitant. Une escapade musclée à Mbour et son souk, véritable termitière économique de la région. Et ces jeunes du Mouvement des étudiants et des écoliers de Nianing (MEEN). Ils prennent la parole au nom de l’éducation, de la femme et de l’interculturalité.

À l’heure du départ, beaucoup de ceux qui ont accompagné les Belges durant ces trois semaines sont présents pour les au revoir. Moha, Tonze, Mbeuss, Thioro, Edouar, Kissaye, Diouma, Birane, Abdoulaye, Fodé, Yak, Astou, Paapa, Matar, Ali, Omar… L’émotion est palpable.

Car le projet «Côte FM», c’est le récit d’un certain clivage, certes, mais surtout celui d’une rencontre. La rencontre entre des humains du bout du monde, qui, malgré des codes très différents réussissent à s’organiser, fraterniser et construire ensemble. À force de compromis, d’échange, de persévérance et d’humanité. Voici ce que symbolise aujourd’hui «Côte FM».

Infos: www.facebook.com/projetcotefm

Nianing: mission accomplie pour les équipes de «Côte FM»
Photo Xavier Lozet