ETTERBEEK

Seul, il peint un immense tableau de 16 mètres de haut sur un immeuble bruxellois (vidéo et photos)

Depuis deux mois et pour quelques jours encore, Guillaume Bottazzi s’affaire. Sur le mur d’un immeuble de la place Jourdan, il est occupé de réaliser un tableau gigantesque de seize mètres sur sept. L’artiste français n’en est pas à son coup d’essai.

Médias russes, chinois, allemands, belges évidemment, cela défile pour venir rencontrer Guillaume Bottazzi sur son échafaudage. «Vous n’avez pas le vertige», nous taquine-t-il en guise d’introduction. Le travail réalisé par l’artiste français est impressionnant. Alors que la commune d’Etterbeek a pour projet de faire rénover la place Jourdan, ce peintre s’est vu confier l’énorme pan de mur d’un immeuble fermant le coin de la petite place bruxelloise pour réaliser une de ses œuvres les plus monumentales.

«

J’en ai vu défiler du monde, tous les jours c’est le même rituel. Il y a quelques semaines, même Angela Merkel est venu acheter son cornet. Il paraît que ce sont les meilleures de Bruxelles.

»

Alors qu’au pied de l’échafaudage dressé pour l’occasion les files s’allongent pour goûter aux frites de la Friterie Antoine, depuis deux mois déjà, Guillaume Bottazzi est au travail. «J’en ai vu défiler du monde, tous les jours c’est le même rituel, s’amuse le peintre. Il y a quelques semaines, même Angela Merkel est venu acheter son cornet. Il paraît que ce sont les meilleures de Bruxelles.»

Si les odeurs de graisse taquinent nos narines, pas question de s’arrêter pour l’artiste français. Alors qu’il était prévu un délai de deux mois, l’œuvre n’est pas encore tout à fait terminée. «Pourtant, je suis ici tous les jours quand la météo le permet, reprend-il. Je ne peux pas peindre quand il pleut et je ne rentre que pour dormir.» Mais ne demandez pas à Guillaume Bottazzi quand son travail sera bouclé. «Je n’en ai pas la moindre idée, sourit-il encore. Cela dépend de la météo, de mon avancement. Je continue jusqu’à ce que le tableau soit totalement abouti. Mais j’aborde le dernier étage, donc c’est pour bientôt (rires). Ce temps de réalisation permet aussi de sensibilier les gens. Ceux-ci voient l'oeuvre se construire sous leurs yeux. C'est une partie importante qui va permettre de favoriser l'appropriation de celle-ci sur le territoire.»

«

Comme la place est assez petite, j’ai cherché à apporter une composition plutôt complexe et douce qui va dialoguer avec l’environnement, sans se fondre complètement.

»

Pour la place Jourdan, le peintre visuel a décidé de créer une œuvre abstraite peinte à la manière des Maîtres. «La place est assez petite, précise-t-il. J’ai cherché à apporter une composition plutôt complexe et douce qui va dialoguer avec l’environnement, sans se fondre complètement.» Pour celle-ci, Guillaume Bottazzi utilise des techniques qui s’inspirent de l’artiste Jean van Eyck. Ce tableau sera réalisé avec des pinceaux, à la peinture à l’huile, qui permettra de réaliser une superposition de couches transparentes qui se succéderont et qui donneront une profondeur aux couleurs. «Il y a des couches et des couches qui se superposent, confirme le Français. De près, c’est à peine perceptible, mais de loin, cela change tout.»

Guillaume Bottazzi n’en est pas à son coup d’essai. «J’ai réalisé une quarantaine de projets dans l’espace public, détaille-t-il. Chacun possède une caractéristique qui se transforme en fonction de l’environnement.» Parmi ses fleurons? Une fresque de 900 mètres carrés réalisée pour le musée international des arts Miyanomori, à Sapporo au Japon. Il a également peint six tableaux de six mètres sur six sur le bâtiment de la Défense à Paris.

«

Il y a des couches et des couches qui se superposent. De près, c’est à peine perceptible, mais de loin, cela change tout.

»

Comme à chaque fois, Guillaume Bottazzi a décidé de travailler seul, sans assistant. «Mais je ne m’ennuie pas pour autant, rétorque-t-il. J’écoute de la musique en tout genre, j’ai plus de 1000 morceaux sur mon iPod et puis il y a tous ces gens du quartier qui voient l’œuvre devenir réelle au fil des jours.»

L’artiste aurait pu réaliser son œuvre directement dans son atelier et ne l’accrocher qu’au tout dernier moment, une fois celle-ci terminée. Il a préféré venir travailler directement sur place. «J’adore les gens de la place Jourdan. Ils ont une certaine simplicité. J’ai l’impression d’être dans mon atelier sur mon échafaudage et de me retrouver en même temps dans un tableau de Bruegel. En bas, les gens continuent de vivre et puis il y a tous ces témoignages chaleureux envers mon travail. Ce matin encore, j’ai reçu une lettre. Hier, un monsieur est sorti de sa voiture pour me féliciter. C’est une chance pour moi de pouvoir rencontrer les gens qui vivent ici à la place Jourdan.»

«

Ce matin encore, j’ai reçu une lettre. Hier, un monsieur est sorti de sa voiture pour me féliciter. C’est une chance pour moi de pouvoir rencontrer les gens qui vivent ici à la place Jourdan.

»

Photos : EdA : Mathieu GOLINVAUX