INITIATIVES CITOYENNES

«L’État doit arrêter de contrôler et de demander de payer; il doit soutenir»

«Jusqu’à présent, les pouvoirs publics oscillent entre sympathie ou condescendence à l’égard des initiatives citoyennes.»
«Jusqu’à présent, les pouvoirs publics oscillent entre sympathie ou condescendence à l’égard des initiatives citoyennes.»--

Matthieu de Nanteuil a beaucoup étudié l ‘émergence des initiatives citoyennes. Ce sociologue de l’UCL propose aux pouvoirs publics une attitude plus «soutenante» à l’égard de ces projets.

Sociologue à l’UCL, Matthieu de Nanteuil a pas mal réfléchi aux initiatives citoyennes. Avec son corollaire à propos des pouvoirs publics.

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«L’explosion de ces initiatives montre à quel point la société civile est très dynamique. Face à cela, l’État doit cesser d’avoir ses comportements habituels: payer et contrôler. Ici, il doit soutenir», explique le sociologue.

Matthieu de Nanteuil a plutôt constaté des attitudes oscillant entre mépris et condescendance polie dans le chef de pas mal de pouvoirs publics.

«L’État doit comprendre qu’il n’est plus le seul à offrir des résistances aux dérives de la globalisation. Les citoyens, par ce genre d’associations peuvent aussi être des remparts.»

Citoyens: nouveaux paramètres

Mais comment inclure mieux cette dynamique citoyenne?

«Le libéralisme et le néolibéralisme ne sont pas opposés à l’État mais lui assignent des fonctions. En même temps, ce courant politique soutient que la production et la distribution des richesses appartiennent à la sphère de l’économie privée», analyse Matthieu de Nanteuil.

«Un système d’échange local peut pourtant transformer des citoyens en agents économiques. Des agents qui peuvent aussi être d’excellents régulateurs pour moins d’inégalités.»

Le sociologue insiste: «Pour les pouvoirs publics, il y a un véritable enjeu à soutenir ces projets. Mais un soutien résolument innovant.»

Les Européens doivent aller voir ailleurs

Plutôt que vouloir réinventer à tâtons une société améliorée, Matthieu de Nanteuil suggère aux Européens d’aller voir ailleurs. En Afrique ou en Amérique latine, par exemple.

«Contrairement à ce qui se passe souvent en Europe, les gens y sont beaucoup plus solidaires. Et pourtant, les logiques capitalistes y sont présentes. Mais par contre l’État est plus prédateur que providentiel ou protecteur. Les gens ont donc appris à compter plus sur la solidarité interpersonnelle», explique ce sociologue.

Qui nuance néanmoins son propos: «Ce n’est pas uniquement le comportement de l’État qui induit cela. Il y a aussi toute une culture qui résiste davantage à l’individualisme. Le rôle de la famille, du quartier, des voisins a toujours gardé une grande importance».