BRUXELLES

Un pavé à 1,7 million dans la mare de l’économie circulaire: «Le recyclage, ce n’est pas un truc de bobos»

Un pavé à 1,7 million dans la mare de l’économie circulaire: «Le recyclage, ce n’est pas un truc de bobos»

Ces pavés de céramique typiquement belges sont récupérés par l’entreprise Rotor, qui les nettoie et les reconditionne pour un nouvel emploi. EdA - Julien RENSONNET

La Région bruxelloise va «investir» 1,7 million d’euros dans 41 entreprises centrées sur l’économie circulaire. Porteuse d’emplois, celle-ci devient une marque de fabrique régionale. L’UE parie sur 2.300.000 emplois en 2030. Bruxelles veut être à la pointe.

«On a récupéré 1000m2 de carrelage en céramique à Liège, dans les locaux en démolition du Val Benoît. Très utilisé dans les anciens bâtiments publics, c’est un matériau qu’on recherche car il est négligé par le secteur du réemploi. On a remarqué qu’on pouvait les nettoyer de leurs traces de ciment avec du vinaigre».

300m2 de ce gisement récupéré par Rotor se retrouvent au Grand Central, un bar tendance du quartier européen dessiné par le gourou bruxellois des cafés Frédéric Nicolay. C’est dire si ce carrelage «made in Belgium» est tendance. «Il est épais, et témoigne d’un savoir-faire belge historique», se félicite Lionel Billiet, de Rotor. «Si on ne le récupère pas, il est concassé comme un déchet inerte et intégré dans un gravier pour les parkings, notamment». Ce qui est vraiment dommage.

600.000 tonnes de déchets par an

Un pavé à 1,7 million dans la mare de l’économie circulaire: «Le recyclage, ce n’est pas un truc de bobos»
D’après Fremault, «le secteur de la construction produit 600.000 tonnes de déchets par an». EdA - J. R.
Pour stimuler le réemploi, Rotor «emballe» donc un produit «neuf» fait avec pas mal de vieux. Cette spectaculaire circularité est au centre de l’appel à projets «Be Circular» à l’issue duquel 41 entreprises bruxelloises se partageront 1,7 million d’euros régionaux. «9 sont actifs dans l’alimentaire et 11 dans la construction», détaille Céline Fremault, Ministre bruxelloise (cdH) de l’Environnement. «Ce secteur n’est pas négligeable: il produit 600.000 tonnes de déchets par an et importe 20% de ses matériaux». La logistique, le design, l’informatique et le recyclage sont d’autres secteurs représentés. Le plan est d’atteindre les 200 financements d’ici la fin de la législature.

Grâce notamment à son PREC (le Plan régional d’économie circulaire présenté en mars 2016), Bruxelles se positionne à la pointe européenne en la matière. La région-capitale vient notamment d’être saluée par l’Assemblée des Régions d’Europe du Prix de l’Innovation régionale 2016. «Alors que l’Europe commence seulement à réfléchir à une directive sur l’économie circulaire, le secteur se positionne déjà comme levier économique chez nous», se félicite le Ministre de l’économie bruxellois Didier Gosuin. «L’UE voit s’y créer 2.300.000 emplois en 2030. Ça prouve que ce n’est pas un gadget de bobos, mais que ça s’ancre dans le quotidien».

Un pavé à 1,7 million dans la mare de l’économie circulaire: «Le recyclage, ce n’est pas un truc de bobos»
Gosuin et Fremault devraient financer 200 entreprises bruxelloises en économie circulaire d’ici la fin de la législature. EdA - J. R.
Pour étayer son idée, Gosuin se réfère à la start-up Usitoo qui devrait se lancer en 2017. Celle-ci mutualise tout un brol qu’on achète pour un seul usage d’urgence puis qui pourrit dans une cave, un abri de jardin, un placard, un garage. C’est le cas typique de la foreuse, de la ponceuse ou de l’échelle, mais aussi de la tente, des rollers ou de l’appareil à pierrade. «On passe de la propriété à l’usage», s’enthousiasme Gosuin. «Cette nouvelle économie va aussi impacter les procédures de production: les objets ne pourront plus casser après quelques usages et seront entretenus». C’est un premier pas vers la fin de l’obsolescence programmée.

1€ investi en rapporte 3 ou 5, voire... 1 million

Fremault comme Gosuin insistent: il ne s’agit pas de «subsidier» ces entreprises mais «d’investir». L’appel à projets «Be Circular» se veut levier. «1€ investi est multiplié par 3 ou 6€», plaide le ministre Défi. «Pour Tale Me, c’est même par 10 ou plus», enchaîne Anna Balez, qui a lancé en 2014 cette ligne de vêtements pour enfants à louer, dessinée par des créateurs. «Nous, on vient de lever 1 million d’euros, en France notamment. Dans ce cadre, la garantie de la Région bruxelloise rassure les investisseurs», plaide l’entrepreneuse. «Grâce à cette somme, nous allons ouvrir un atelier d’insertion rue Haute. Ça nous manquait. Il rassemblera des métiers comme la couture, le nettoyage, la remise à neuf et toutes les techniques de l’up-cycling».

Partage, prêt, réemploi, recyclage... Gosuin parie que le circulaire «sera une part fondamentale de notre économie dans 10 ou 15 ans. Il faudra relever la qualité des produits, arrêter de viser les bas prix dans tous les secteurs. Ne plus acheter aujourd’hui et jeter demain. Et ne plus bouffer n’importe quoi». C’est bien connu à ce sujet: c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes.