Initiatives citoyennes

Le jardin d’Eden de Josine à Mouscron

À 83 ans, Josine ouvre son jardin les jeudis pour que tous viennent apprendre les techniques de jardinageau naturel.
À 83 ans, Josine ouvre son jardin les jeudis pour que tous viennent apprendre les techniques de jardinageau naturel.-ÉdA Mathieu GOLINVAUX

Chez Josine, il n’y a pas d’ennemis dans la nature. Chaque être, chaque plante a un rôle. Une règle qui s’applique tant dans son jardin que dans l’organisation de Fraternités Ouvrières qui distribue des milliers de graines de légumes et de savoirs.

Les arbres dénudés par l’hiver forment un véritable bosquet. Des feuilles mortes recouvrent chaque mètre carré de sol. Au bout du sentier, une parcelle de terre dégagée contient les dernières salades qui vont bientôt se faire croquer par le gel. Ne vous fiez pas à ces apparences de forêt, il s’agit bien d’un jardin, celui de Josine Cardon à Mouscron.

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Ici, pas question d’utiliser «du poison». C’est ainsi que la petite dame de 83 ans appelle les pesticides. Quand elle a commencé son jardin il y a quarante ans avec son époux, c’était pour arrêter de manger des aliments «empoisonnés ».

«La prise de conscience s’est faite quand on a vu dans l’actualité, des bébés arriver à l’hôpital avec des lèvres bleues et les extrémités des doigts bleuis, raconte Josine. Ils étaient en mal respiratoire. La cause: les petits pots pour bébés aux carottes et au jambon qui contenaient des phosphates et des nitrates. C’est pour cela que, quand on a commencé à faire du jardinage, on a décidé de le faire sans poison, naturellement, sans apporter autre chose que ce que la nature produit. »

Ainsi, chaque être, chaque plante et chaque animal ont son utilité dans les 1 800 m2 d’Eden de Josine. Les arbres attirent les oiseaux qui mangent les limaces. Les cloportes ne sont pas exterminés car ils se nourrissent de ce qui est pourri sur le fruit. Les coccinelles règlent leur compte aux pucerons.

 

Un collectif de potagers

 

Permaculture ou agroécologie… Pour Josine, ce sont des termes à la mode. N’empêche, on vient des quatre coins de la Belgique et même de par-delà les frontières pour découvrir ces techniques jouant sur l’écosystème. Chaque jeudi de 14 h à 18 h, Josine ouvre son jardin à qui a envie d’apprendre comment faire de la nature une alliée.

«Il ne s’agit pas d’un potager collectif mais plutôt d’un collectif de potagers, sourit Josine. Chacun fait le sien chez lui mais tout le monde se retrouve ici pour apprendre les techniques et acheter les graines en commun.»

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Ils n’étaient que 15 au moment des premiers cours en 1978. Mais très vite, les membres se sont multipliés. En quatre ans, ils étaient mille. Aujourd’hui, 2 000 personnes ont leur carte de membre de l’association Fraternités ouvrières.

« Au départ, les gens ne venaient pas par écologie mais plutôt pour des raisons de santé et surtout d’économies: pas d’achat d’engrais, récupération des déchets verts, graines achetées en commun… »

Le but premier de Fraternités Ouvrières n’était pourtant pas le jardinage. « C’est une organisation citoyenne qui vise à plus de solidarité et d’éducation permanente. Ensemble, on est parti de zéro pour réapprendre les gestes pour cultiver sa nourriture.»

Ce savoir est aujourd’hui semé chez les visiteurs à l’image des graines sur leurs potagers.

 

6 000 boîtes de graines

 

Car sans graines, pas de pousses. Et là aussi, la réserve qui se trouve chez Josine est impressionnante. C’est en hiver, au moment où la nature s’est endormie, que l’on s’active à l’intérieur de la maison. Comme dans une bibliothèque, des immenses étagères jusqu’au plafond recouvrent les murs de la réserve.

Sur les planches, on ne retrouve pas de livres mais des boîtes à l’intérieur desquelles se trouvent de petites enveloppes, le tout fabriqué avec des feuilles de brouillons et des boîtes de croquettes pour chats. Ces 6 000 cartons contiennent des semences de nombreuses variétés de légumes et d’arbres fruitiers: anciennes ou plus récentes, rares ou plus courantes.

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Et comme dans le potager c’est grâce à la mise en commun des capacités et des disponibilités de chacun que cette «granothèque» existe. Chaque année, trois cents bénévoles se relaient pour remplir la réserve. Achetées en commun les graines sont moins chères mais encore faut-il les répartir.

« C’est grâce aux bénévoles que le projet existe. Chacun vient en fonction de ses disponibilités. Certains viennent chaque semaine, d’autres s’occupent de mettre les graines en sachet. D’autres encore fabriquent les sachets. Ils se retrouvent tous autour de la même activité: faire avancer le projet dans la tête des gens et dans la société. »

Groupe d’achat local, réseau d’échange de savoirs et collectif de potagers: chez Josine, à Mouscron, c’est finalement tout ça à la fois.

Ce sujet fait partie d'une enquête sur les initiatives citoyennes menée en partenariat avec le Réseau des consommateurs responsables (RCR)