SOCIÉTÉ

119 femmes sont mortes sous les coups de leur (ex) partenaire : 6 explications pour comprendre

Ce vendredi 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. En 2014, la police fédérale a comptabilisé 160 personnes victimes de meurtres ou tentatives de meurtre dans un contexte de violence.
Ce vendredi 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. En 2014, la police fédérale a comptabilisé 160 personnes victimes de meurtres ou tentatives de meurtre dans un contexte de violence.-Fotolia

Dans sa famille, au travail, à l’école, dans les médias ou les institutions, chaque femme subit au cours de sa vie des violences particulières, parce qu’elle est une femme. Six explications pour comprendre de quoi on parle.

1. L’engrenage de la violence envers les femmes est infernal

En 2014, la police fédérale parle de 160 personnes victimes de meurtres ou tentatives de meurtre dans un contexte de violence. 119 femmes ont été assassinées en Belgique en 2013, sous les coups de leur partenaire ou ex-partenaire. Ce chiffre a été précisé par la secrétaire d’État, Elke Sleurs (N-VA).

Ce vendredi 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. «Vie féminine» a lancé une vaste campagne intitulée «brisons l’engrenage infernal». La lutte contre les violences faites aux femmes repose essentiellement sur le secteur associatif, lequel est régulièrement amputé de ses financements publics.

2. L’alerte maximum est au sein de nos foyers

«Aujourd’hui, tandis que l’effort policier se concentre sur la lutte contre le terrorisme, c’est dans nos foyers que le niveau d’alerte est à son maximum. Il s’agit d’une véritable urgence sociale. C’est aussi une question de volonté politique», explique Céline Caudron, coordinatrice de la campagne de Vie féminine. «Il existe la Convention d’Istanbul. La Belgique est complètement en accord avec cette convention et a toutes les dispositions de lois nécessaires pour y répondre. Mais sur le terrain, ça ne passe pas.»

Les moyens continuent de manquer cruellement comme dans l’ensemble du secteur non-marchand qui manifestait ce matin, pour cette raison. Il n’existe en Belgique que trois refuges spécialisés et sécurisés pour les victimes de violences conjugales. Les mêmes que dans les années 70. Rien de plus.

3. Les hommes aussi peuvent être battus

Et les hommes, qui peuvent eux aussi être battus? «Nous ne parlons pas d’hommes battus mais de conflits de couple. Dans ce cadre, cela peut en arriver aux mains, rétorque Céline Caudron. Mais cela ne peut pas se confondre avec une emprise de contrôle constante des hommes qui est une violence plus perverse et sournoise.»

Et de poursuivre : «cette campagne ne s’adresse pas aux hommes mais à l’ensemble de la société. Les femmes sont intégrées dans ce système machiste depuis la petite enfance, sans en être conscientes. Il s’agit d’un système global de domination d’un sexe sur l’autre. La domination masculine, intégrée par la plupart d’entre-nous et omniprésente, établit un rapport de pouvoir favorable aux hommes.»

4. Les femmes elles-mêmes sont concernées par ces violences

Évidemment, les femmes peuvent aussi être violentes. « Elles sont concernées par les rapports de pouvoir inégalitaires qui traversent la société. Il arrive aussi que des femmes soient “ auteures ” de violences masculines envers d’autres femmes, développe Céline Caudron. Lorsque les femmes se divisent entre elles, c’est bien ce système inégalitaire lui-même et, donc, le groupe social des hommes en général, qui en sort gagnant.»

5. Ces violences sont aussi institutionnelles

Les violences masculines sont aussi présentes à travers l’attitude et les pratiques des institutions (écoles, administrations, justice, famille, mariage...) ou des personnes qui les représentent et qui s’appuient sur leur pouvoir et leur autorité pour véhiculer des stéréotypes ou mener à des discriminations.

La lutte contre les violences envers les femmes étrangères ou les minorités culturelles n’est pas efficace. Les femmes en séjour précaire risquent l’expulsion si elles dénoncent une situation de violences conjugales. «Depuis 2014, il existe une loi concernant les comportements sexistes en rue. Mais quand une victime porte plainte, les policiers rigolent et ne prennent pas la plainte. Ce n’est pas la priorité», précise Céline Caudron.

6. 4% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation

4% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. 70% des dossiers de violences conjugales sont classés sans suites par le Parquet. Seuls 11% donnent lieu à une condamnation. 71% des victimes d’islamophobie dans le domaine des institutions, administrations et pouvoirs publics sont des femmes musulmanes portant le voile.

46% des femmes (contre 18% des hommes) ne se sentent pas du tout en sécurité pour marcher seules dans le centre-ville après la tombée de la nuit. 89% des auteurs de violences dans l’espace public sont des hommes.

24% des femmes déclarent avoir été victimes de violences de la part de leur (ex) partenaires depuis l’âge de 15 ans. En 2014, le parquet a enregistré plus de 60 000 cas de violence entre partenaires, soit près de 170 cas par jour. 157 femmes ont été victimes de tentatives de meurtre dans un contexte de violences conjugales en 2 013.