SANTÉ

Les groupes d’achats alimentaires refusent d’être surveillés par l’Afsca

Un «toast frondeur», ce matin, devant l’Afsca à Liège.
Un «toast frondeur», ce matin, devant l’Afsca à Liège.--

Les groupes d’achat alimentaire (GAA) mettent à nouveau la pression sur l’Afsca. Même s’ils ont obtenu une dérogation à s’enregistrer, ils refusent d’être mis «en liberté surveillée» au niveau de la sécurité alimentaire. Une réunion est prévue le mercredi 23.

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Ils appellent cela un «toast frondeur». Ce matin, face au siège de l’Afsca à Liège, les représentants des groupes d’achats alimentaires dégustent fromage et saucisson «découpés par nos soins». Une tarte au riz «de la treizième heure», aussi. Et un gâteau d’anniversaire «fait maison», du genre interdit dans les crèches au nom de la sécurité alimentaire. Après quoi, ils remettront une déclaration, signée par 54 GAA partageant les mêmes inquiétudes: ces groupes d’achats en commun, composés d’amis, de parents, de voisins et de collègues qui vont chez les petits producteurs locaux pour se procurer des aliments sains, se considèrent comme «familiaux» et ne veulent en aucun cas que l’Agence fédérale puisse venir mettre son nez dans leur partage de produits.

Une dérogation à s’enregistrer

Face à la fronde, l’Afsca a déjà fait marche arrière. Dans le projet de révision de l’Arrêté royal contesté, les GAA obtiennent une dérogation: ils ne doivent plus s’enregistrer. Ils restent néanmoins inscrits dans l’énumération des «opérateurs» qui sont mis sous la coupole de l’Agence pour la sécurité alimentaire. «On reste à la merci d’une plainte de n’importe quel commerce», s’insurge Michel Nejszaten, le porte-parole, membre du GAA de Seraing. Il suffirait, disent-ils, d’une manipulation non admise, d’un repas collectif, d’un atelier «pain», d’une plainte de grandes surfaces,… pour que les contrôles s’exercent dans les maisons privées, les voitures, les frigos! «A qui profiteront ces tracasseries décourageantes?»

Autre pierre d’achoppements: dans les dernières modifications de circulaire, il est prévu, explique M. Nejzaten, qu’un des membres du GAA doit être désigné comme responsable pour la sécurité alimentaire. «On dit non. Pour nous, il n’est pas question d’intermédiaire». David Petit, chargé de missions au Réseau des consommateurs responsables (RCR), association qui soutient les GAA sur demande, est du même avis. «On ne pourra pas accepter un texte où il devrait y avoir un responsable par groupement d’achats en commun, sinon cela va casser toute la mécanique», dit-il.

«La plupart des signaux sont positifs»

Mais pour le reste, M. Petit se montre davantage optimiste. Si la dernière réunion organisée par l’Afsca «en trop grand comité» n’a, dit-il, pas permis d’évacuer le flou, lui estime que «la plupart des signaux sont positifs, on va dans la bonne direction. On voit dans l’ordre du jour de la prochaine réunion du 23 une modification de l’AR qui, si elle n’est pas parfaite, protège assez bien les groupes d’achats citoyens. Mais je comprends qu’il y a différentes interprétations de ce texte, qui n’est pas encore passé».

Prévue en comité plus restreint, la réunion du 23 doit permettre d’aller plus en profondeur sur le problème spécifique des GAA. «Je ne vois pas très bien à quoi va servir cette réunion: tout est déjà écrit dans le dernier bulletin de l’Afsca», soupire M. Nejzaten, qui avec l’opération «toast frondeur» de ce matin espère pourtant faire à nouveau reculer l’Agence. «On en est quand même à la troisième circulaire, ça bouge.» Le processus de révision de l’arrêté royal ne s’arrêtera de toute façon pas là. Et d’autres organismes auront également leur mot à dire. «Il faudra rester vigilant mercredi mais aussi dans les étapes suivantes», prévient David Petit.