Initiative citoyenne

De la multinationale au GAC du Centre: le parcours de Michel, devenu négociant en vin

Michel Vandeneuker, fondateur du GAC du Centre
Michel Vandeneuker, fondateur du GAC du Centre-Ugo PETROPOULOS
Le GAC du Centre est né de la volonté d'un groupe de citoyens de bien manger et de regrouper leurs achats pour permettre à des producteurs de vivre de leur métier. Rencontre avec Michel Vandeneuker, qui a laissé tomber son boulot dans une multinationale pour se reconnecter à sa région et faire ce qui lui plaît: travailler dans le vin.

L'histoire du GAC du Centre a commencé avec une phrase lancée à la cantonade : « je vais chez le boucher, vous voulez que je vous ramène quelque chose ? »

Quand le Manageois Michel Vandeneuker revient chargé de kilos de viande pour lui et ses amis, le déclic s'était produit : pourquoi ne pas procéder de la sorte pour toutes nos courses?

C'était en 2013, sept camarades se mettent alors en quête de producteurs locaux pour acheter leurs denrées alimentaires et éviter au maximum les circuits de la grande distribution. Le GAC du Centre, groupe d'achats en commun de La Louvière et ses environs, venait de signer son acte de naissance.

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La philosophie du GAC est très simple : « en gros, je vais faire mes courses dans différentes fermes, puis on se retrouve chez moi pour distribuer », résume Michel.

Mais dans la tête de Michel, ce déclic se préparait depuis un certain temps. Il est la conjonction de trois éléments. Tout d'abord, la naissance de sa fille: ce fut l'occasion d'une remise en question des habitudes alimentaires, des grandes surfaces et de leurs produits frais périssables en 24h, des produits industriels... « Il suffit de lire l'étiquette d'un pot de panade pour se rendre compte des montagnes de merde qu'on nous fait manger ».

Retrouver une alimentation saine devient son principal objectif.

De la multinationale au réseau local

Il y a ensuite son travail au nord de Bruxelles au sein de la multinationale General Electric. Un boulot bien payé, mais dont il se lasse : les trajets, les embouteillages, les déplacements à Amsterdam, « où on passe par le ring d'Anvers, celui de Bruxelles, ce n'est rien à côté » se souvient-il. Tout ça pour quoi au final ? « Je remplissais des tableaux Excel et j'envoyais des bilans financiers aux Etats-Unis ».

Ce qu'il retiendra surtout de son expérience bruxelloise, ce sont les initiatives locales qui se mettaient progressivement en place dans la capitale pour permettre un autre mode de consommation, hors des circuits traditionnels. « Progressivement on se rend comte que plein de choses existent à Bruxelles et pas chez nous ».

Michel voudrait transposer ce modèle dans sa région du Centre. C'est ici qu'intervient le troisième élément dans la naissance du GAC: Vinodis, son magasin de vin ouvert à Manage et qui lui a permis de remettre le pied dans le tissu local. « Une fois que l'on est dans le réseau, on se rend compte qu'il y a plein de choses à faire, avec des producteurs locaux pas du tout connus ».

Des producteurs qui n'ont pas le temps de faire du marketing et passent tout leur temps...à produire. Le GAC, c'est donc l'occasion d'offrir une visibilité à ces artisans mais aussi un salaire digne. « C'est un principe très important. On ne discute pas les prix. Si c'est trop cher, le producteur s'en rendra vite compte si ça ne se vend pas ».

Car l'objectif du GAC, c'est de montrer que l'on peut bien se nourrir sans pour autant dépenser des fortunes. 

Une croissance continue

Toutes les deux semaines, les adhérents se retrouvent dans un local loué à la ville de La Louvière pour effectuer la distribution. Loué histoire de ne pas être redevable du monde politique et pour éviter toute récupération. « Les politiques ne sont jamais dans la démarche d'aller vers le citoyen et de dire "si vous avez besoin d'aide, on peut vous aider." C'est toujours le citoyen qui doit se déplacer dans la tour d'ivoire pour demander quelque chose et ça on ne veut pas ».

Apolitique jusqu'au bout des ongles et ce n'est pas un problème pour le fonctionnement du GAC du Centre : « on a une croissance constante du nombre d'adhérents ». De 7 au départ, on est aujourd'hui à 900 adhérents, avec une tonne de nourriture vendue à chaque distribution. « On a un potentiel de feu » estime Michel.

Côté producteurs, leur diversité attire des gens au-delà de la région du Centre. Sans publicité, sans soutien autre que celui de ses membres, le GAC poursuit son bonhomme de chemin. Même si pour Michel Vandeneuker, cela demande un certain investissement : 5 heures par semaine. Appeler les producteurs, commander les bonnes quantités, s'occuper de la logistique, de l'avant et après-distribution.

« La motivation, c'est le plus compliqué à gérer. A certaines périodes, c'est plus dur, mais quand on voit les remerciements des producteurs et les personnes motivées, on est content de le faire ».

Car au-delà de la distribution, ce sont encore les relations humaines qui nourrissent ce type d'association. « Des amitiés se sont créées, des membres organisent des activités qui nous remotivent ».

Le bon fonctionnement de ce type d'associations dépend de l'investissement de ses membres.Qui ont bien compris que sans coup de main, il n'y a pas de GAC. Toutes les deux semaines, une dizaines de bénévoles sont là pour préparer les commandes et organiser la distribution. Tant que la motivation est là, le GAC du Centre a de beaux jours devant lui.

Vivre de sa passion du vin

Histoire de retrouver un sens à l'existence et pour laisser libre court à sa passion du raisin, Michel Vandeneuker se lance dans le négoce de vin et crée Vinodis en 2004. Il enchaîne les dégustations de vin à domicile, l'activité décolle et prend de plus en plus de place.

Quatre ans plus tard, il faut faire un choix entre son boulot alimentaire et sa passion : au retour des vacances de Noël en 2008, son employeur ouvre le portefeuille en échange de son départ : Michel part sans se retourner et ouvre sa boutique de vin à son domicile. Bilan : « j'ai réduit de moitié mon emprunte écologique » se réjouit-il.

Son revenu aussi a été coupé en deux, mais ce qu'il perd dans le portefeuille, il le gagne en bien-être : « ce que je fais aujourd'hui m'intéresse bien plus que remplir des tableaux Excel », sourit-il.

En quelques années, sa boutique Vinodis est devenue le repaire de ceux qui veulent découvrir des vins autres que ceux qui ont pignon sur rue. « Faire ce que font les autres ne m'intéresse pas. Quand j'ai commencé, les cavistes étaient centrés sur les vins français. Moi j'ai fait le contraire: je voulais faire connaître ce que l'on ne connaît pas ».

Des vins d'Italie méconnus, d'Espagne, de Roumanie, de Bulgarie, de Grèce...Son objectif est de proposer des produits peu distribués, des coups de coeur fabriqués avec les cépages du pays. Ses rayons, il les garnit aussi grâce à des conseils de clients: « beaucoup me parlent de vins découverts durant leurs vacances et qu'ils me recommandent ».

Que ce soit dans sa boutique ou au GAC, ce sont les relations humaines qui font avancer Michel. « On n'est pas uniquement sur une relation commerçant-clients. Après 5 visites dans ma boutique, certains deviennent des copains » .

D'ailleurs, quand il organise une dégustation de vin, interdiction de se vouvoyer, sous peine de payer la prochaine tournée.