La leçon de vie de Malou, 41 ans: la rue, puis une donnerie de 6000 membres

Malou tient sa donnerie depuis une dizaine d’années.  Aujourd’hui, elle est entourée de toute une équipe.
Malou tient sa donnerie depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, elle est entourée de toute une équipe.-ÉdA Mathieu GOLINVAUX

La Donnerie de la Sambre, c’est l’histoire de Malou, une femme qui a décidé d’aider les plus faibles. En parfaite connaissance de cause puisqu’elle-même a vécu dans la rue.

Il y a des destins peu communs. Comme l’histoire de Malou. Marie-Louise, son vrai nom même si tout le monde l’appelle Malou, a 41 ans. Élancée sous ses cheveux blonds. Un visage qui raconte un peu de lassitude. Un regard et un propos qui ne désemparent jamais d’une extraordinaire volonté.

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Son histoire, Malou la raconte avec beaucoup de pudeur et de sobriété. Mais elle n’élude pas les cahots. Il y a dix ans, elle s’est retrouvée dans la rue. «J’avais pourtant une vie normale. Des enfants, un mari et un travail». Et puis les deux derniers ont disparu en même temps. Ou quasiment. Le premier a mis les voiles. Le second a mis fin à la collaboration.

Du jour au lendemain, Malou fera la connaissance d’une réalité ignorée jusqu’à présent. La mendicité, le froid et la faim sont ses nouveaux compagnons. Dans une rue dont elle découvre des visages méconnus et subitement chaleureux. «Ce sont ceux qui ont le moins qui aident le plus», résume la jeune femme.

Des SDF lui tendent la main. Ils lui apprennent quelques trucs et ficelles. Un peu comme s’il existait un petit manuel de survie dans cette rue devenue la maison des courants d’air.

Ses compagnons d’infortune lui fournissent des adresses et la protègent dans un milieu où la solidarité n’évite pas les dangers.

Deux mois plus tard, Malou remet le pied à l’étrier. Bouleversée et avec une promesse forgée pendant ces semaines de détresse: si elle s’en sort, elle rendra la pareille en aidant les plus démunis de notre société.

À ce stade, Malou sait combien le manque de moyens peut aboutir au manque de tout. Son projet sera désormais centré sur le don. Sur la gratuité comme réponse à des besoins criants.

Ne pas perdre leur enfant

C’est à Jemeppe-sur-Sambre qu’elle lance son projet. Une donnerie. Il y a dix ans, le concept est loin d’être aussi connu qu’aujourd’hui. Mais Malou a son idée. Il y a des gens qui pourraient donner plutôt que de jeter des objets dont ils n’ont plus besoin. Et de l’autre, il y a des gens qui auraient grandement l’usage de ces objets. L’équation est simple.

C’est en songeant à ses enfants que Malou la maman imagine lancer sa donnerie à l’approche de la Saint-Nicolas. Car s’il est un rêve de tout parent, riche ou pauvre, c’est de choyer ses enfants le jour du 6 décembre. Alors Malou frappe aux portes, distribue des affichettes, rend visite à des services sociaux. Avec une opiniâtreté qui fait mouche.

«J’ai découvert deux choses en même temps: la détresse incroyablement cachée de plein de familles et la générosité toute aussi incroyable d’autres. Il suffisait de mettre tout cela ensemble pour que ça fonctionne», explique doucement Malou.

Son énergie devient contagieuse. D’autres personnes ont envie de prendre le train en marche. C’est qu’il faut des bras et des sourires pour animer une telle bourse de gentillesses croisées.

Même les services sociaux de sa commune regardent avec intérêt comment elle s’y prend. Avec parfois des situations étonnantes. «Il arrive que le CPAS m’envoie des gens pour qui on ne sait pas répondre à leurs urgences.» Malou, ça ne l’indigne, ça la fait même sourire. Elle sait que les institutions ont parfois une image négative voire inhibante pour certaines familles. «Beaucoup de mamans ont peur qu’en venant frapper à la porte de ces institutions, on commence par leur retirer la garde de leurs enfants. Alors elles préfèrent s’abstenir plutôt que de demander de l’aide. Disons que moi, je ne m’occupe pas de cela: elles me disent ce dont elles ont besoin et j’essaye de trouver ce qui leur manque».

Malou ne critique pas nécessairement toutes ces institutions. «Elles font ce qu’elles peuvent mais souvent ça ne suffit pas», glisse-t-elle. Surtout face à une précarité toujours plus forte mais, insidieusement, plus cachée. Sauf aux yeux de cette jeune femme qui se tient debout, une promesse ferme à la main.

> Ce sujet fait partie d'une enquête de L'Avenir en partenariat avec le Réseau des consommateurs responsables