MONS

Une fois par mois à Mons, on tente de déjouer l'obsolescence programmée

Cela fait quatre ans qu'une cellule de résistants s'est formée à Mons. Son combat? L'obsolescence programmée qui a envahi tous nos biens électroménagers. Lutter contre ce phénomène est un des défis du Repair'Café. Mais sa préoccupation principale reste de rendre service et de limiter la production de déchets.

C'est une fois par mois dans un local de l'allée des oiseaux à Mons que se réunit une bande de bricoleurs plus ou moins aguerris. Armés de tournevis et autres instruments soigneusement rangés dans une boîte à outils, d'un ordinateur ou d'une machine à coudre, ces bénévoles passent un après-midi entier à tenter de remettre en état de marche des appareils ménagers, du matériel informatique ou des vêtements apportés par des quidams. Comme Laurence, venue depuis Pommereul. Ce qui l'a amenée au Repair Café de Mons ? Un fer à lisser en panne. "Ma philosophie, cela n'a jamais été de jeter mais plutôt de conserver un appareil le plus longtemps possible. Quand je vais au parc à containers, ça m'énerve de voir tout ce qu'on jette et que l'on pourrait récupérer".

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Des objets qui ont au final peu servi, comme son fer à lisser qui a tenu 2 ans, symbole de la normalisation de l'obsolescence programmée, rendant inopérant tout appareil ménager au terme de sa garantie. C'est à ce fléau que font souvent face les bénévoles du Repair Café dès qu'ils ouvrent un objet. Quand ils le peuvent. 'C'est de plus en plus difficile d'ouvrir un appareil", constate Salvatore, qui s'affaire sur un poêle à pétrole. Il met ses talents à disposition du public après qu'un ami l'a embrigadé dans l'équipe du Repair Café montois. Les fléaux pour lui? Les petits mixers : "il faut les casser pour les ouvrir". Ou plus généralement les appareil sans vis apparente, ou ceux dont les modèles sont quasi uniques et qui ne se dévissent pas avec des outils standard. Ou ces appareils constitués de plastiques emboîtés, indéformables, qui cassent quand on essaye de les ouvrir.

Récemment, c'est un fer à repasser qui est passé sur le billard de Salvatore. "La lampe calcaire s'allumait, alors que la propriétaire de l'appareil avait toujours utilisé de l'eau distillée". Il était équipé d'une minuterie qui après x heures d'utilisation faisait s'allumer automatiquement le voyant. Et pour contourner les dispositifs de mise en panne, bon courage : ce genre de secret est mieux gardé qu'un plan de centrale nucléaire belge.

Monsieur Senseo

Alors on bricole, mais sans prendre de risque. "Si tu détournes un système d'obsolescence programmée sur une centrale vapeur et que tu mets le feu à la maison, t'es mal !", poursuit Salvatore. "Ici, je fais des choses, mais je ne vais pas aussi loin que ce que je ferai sur mes appareils, il faut rester prudent", insiste celui que l'on surnomme Monsieur Senseo. Car il a acquis une véritable expérience en matière de réparation de machines à café.

Derrière lui, un bac rempli de machines hors d'usage, qu'il dépèce suivant ses besoins en pièces détachées. Pour faire face aux filouteries des fabricants, les Repair Cafés s'organisent : des formations thématiques sont organisées et délocalisées dans les régions de Wallonie pour les bénévoles, qui s'échangent de la documentation sur les objets les plus fréquents à réparer...Comme les machines à café.

Qui sont loin d'être les seuls sur la liste des appareils à panne planifiée. Les imprimantes figurent aussi en bonne place. « Un logiciel compte le nombre de copies et quand ce nombre est atteint, comme par hasard de petits ratés commencent à apparaître. J'ai 5 Canon à la maison, comme par hasard elles ont toutes le même défaut », poursuit Salvatore, décidément sur tous les fronts.

Pour les bénévoles du Repair Café, pas question de faire des miracles : "on n'a que deux mains et on n'est pas des magiciens". Ils font face aux trésors d'imagination que déploient les industriels pour faire tomber leurs appareils en panne et pour qu'on les remplace plutôt que de les réparer (pièces introuvables, main d'oeuvre hors de prix). Mais ils ne sauraient trop vous conseiller de passer par le Repair Café avant d'emmener votre appareil à la déchetterie. Grâce aux talents d'un bénévole, le fer à lisser de Laurence va s'occuper de ses cheveux pour un certain temps, au bonheur de sa propriétaire.

Déjà 4 ans que ça dure

C'est il y a 4 ans que l'aventure du Repair Café de Mons a commencé, lancé par Mons Equitable, un collectif d'associations actives dans le développement durable. Lancé par 4 personnes, il réunit un après-midi par mois une quinzaine de bénévoles minimum qui tentent de réparer toute sorte d'objets que leur amène des usagers. Cela peut être du petit électroménager, de l'informatique, des vêtements, bijoux, des outils de jardin, des vélos..."En fonction des saisons il y a des outils plus demandés que d'autres".

Parmi les bénévoles, il y a des gens engagés dans d'autres associations type SEL, mais aussi des personnes qui souhaitent simplement rendre service, comme Emmanuel :"je ne peux plus travailler à cause d'un problème de santé, mais je voulais continuer à me rendre utile". Ou Alex, qui en attendant de trouver un boulot, se fait la main en réparation informatique. Si le Repair Café de Mons tourne bien, il est toujours à la recherche de bénévoles, pour assurer de nouveaux services. Pour découvrir ce lieu où on tente de rallonger la durée de vie de nos biens, rendez-vous chaque dernier samedi du mois au 30 de l'allée des Oiseaux, à Mons.

Plus d'infos sur la page Facebook du Repair Café Mons.