MONS

Créer des liens: le moteur de Cécile, fondatrice du MonS'Sel

"Sois le changement que tu veux voir dans le monde", une citation de Gandhi que la fondatrice du MonS'sel a fait sienne.-Ugo PETROPOULOS
La vie associative montoise doit beaucoup à Cécile Blondeau. Après avoir créé le MonS'sel, elle a également contribué à la création d'un GAC à Saint-Symphorien, intégré un Repair Café...Un engagement associatif en phase avec une certaine vision de la vie, basée sur le partage et les liens sociaux.

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Vivre avec moins de biens et plus de liens. Telle pourrait être la devise de bien des citoyens engagés au sein des SEL, des donneries, des Repair Cafés, etc. Cécile Blondeau en a fait sa façon de vivre. C'est dans un petit logement à Nimy équipé du strict minimum en meubles qu'elle nous accueille pour parler de son engagement associatif, qui en fait une des figures de proue des initiatives citoyennes dans la région de Mons. Créatrice du MonS'sel, le premier système d'échange local de la région de Mons-Borinage, on la retrouve dans d'autres structures: GAC, Repair Café, la toute récente accorderie...toutes ces manifestations d'une nouvelle mobilisation citoyenne en plein essor. Avec une constante: entretenir du lien social.

Mais souvent, il faut une étincelle pour que la mécanique se mette en route. Pour Cécile, cela a été la visite d'une vieille amie, exilée en France depuis 25 ans et qui a tenté un retour en Belgique.

« Elle me parlait de ces systèmes d'échanges locaux. Elle espérait en trouver un à Mons et était stupéfaite que ça n'existait pas. Elle m'a expliqué le principe, tu reçois un service gratuitement et en échange tu en rends un à la communauté ».

Cécile est interpellée et l'idée fait son chemin, poussée aussi par sa situation personnelle. «  Enseignante, j'ai été pensionnée quelques années avant, sans avoir ma carrière complète. J'avais encore deux enfants à charge ».

La situation de Cécile est un peu tendue : financièrement, ce n'est pas facile, la vie privée est marquée par un divorce, l'entraide familiale montre ses limites...Et là c'est le déclic : « je me suis dit qu'un SEL, cela m'aurait permis d'être plus autonome ».

MonS'sel: de 8 à 100 membres

A la rentrée scolaire 2009, Cécile Blondeau passe à l'action;  « mes bonnes résolutions ont toujours été prises en septembre », rit-elle.

Un truc d'enseignant. Son idée à la base : créer le SEL à Saint-Symphorien, où elle habite à l'époque. Mais entre ceux qui pensent que c'est une utopie et ceux qui n'en voient pas l'utilité, elle décide de le lancer à Mons.

Elle se renseigne sur les SEL, suit une formation auprès du responsable du réseau francophone et se fait aider par ses enfants: un fils qui dessine la pancarte du SEL et un autre qui dépanne les soucis informatiques.Une préparation déjà sous le signe de l'entraide. Quand tout est prêt, Cécile présente le projet lors d'un petit déjeuner Oxfam.

L'adhésion est rapide : « on était une petite dizaine le premier mois, le troisième on était 25 ».

L'idée fait boule de neige : aujourd'hui le SEL compte une centaine de membres et a vu deux petits frères naître dans le Borinage et les Hauts Pays. Dans ces associations, on trouve tous les profils: « On a des enseignants, des assistants sociaux, un comptable, des chômeurs, un médecin... »

Là encore le cliché du truc de bobos est battu en brèche, même s'il faut le reconnaître, ce système n'est pas fait pour tout le monde. « On m'a déjà dit : Cécile, ton truc ça ne m'intéresse pas. Moi j'ai besoin d'un service, je paye et je ne dois rien à personne ».

Marre des légumes de supermarché: créons un GAC

Par contre, les adhérents à cette philosophie de vie poursuivent souvent leur engagement au-delà d'une association. En plus du SEL, Cécile s'investit dans un groupe d'achats communs (GAC), ces paniers de légumes constitués à partir de producteurs locaux.

« J'en avais assez des légumes de grandes surfaces frigorifiés qui ne tiennent que deux jours. Je voulais m'inscrire à un GAC. Et en allant me renseigner à celui de Mons, j'ai rencontré un de mes anciens élèves et on s'est dit : c'est un peu bête de s'inscrire à Mons, pourquoi ne pas en lancer un à Saint-Symphorien? »

Une réunion et 30 adhésions plus tard, le GAC de Saint-Symphorien était lancé.

Après avoir déménagé, Cécile poursuit l'aventure avec le GAC Mons-Nord, basé à Nimy, jusqu'à son enterrement. « On tournait à 13-14 personnes, la plupart des membres était passée à autre chose ».

Un GAC, cela demande beaucoup d'implication. Les responsables du GAC Mons-Nord n'ont pas jugé utile de s'acharner d'autant qu'aujourd'hui, on peut trouver assez facilement des légumes issus de producteurs locaux : des commerçants indépendants ont saisi l'opportunité, un marché couvert a vu le jour...Les alternatives à la grande surface ne manquent plus à Mons.

Répondre à des besoins

Pour Cécile, le cheminement associatif se poursuit : « un ami me dit : "Cécile, on va lancer un Repair Café, tu viendrais pas à la réunion ? Ok, mais je ne m'implique pas trop" ».

Elle en reste à quelques ateliers couture. « On est dans une société du jetable, de l'obsolescence programmée. Mais on oublie qu'on a deux outils merveilleux : nos mains ». Depuis 4 ans une fois par mois à Mons, des dizaines de mains évitent à des objets de se retrouver trop vite dans un parc à containers.

De son côté, sept ans après son lancement, le MonsSel tourne toujours. Preuve qu'il répondait à plusieurs besoins, matériels et moraux. « Les membres veulent se rendre utiles. Il y a aussi la prise de conscience que l'on n'arrive plus à payer pour de menus services. Quel plombier va venir pour changer un robinet à un prix raisonnable ? ».

Mais le premier but finalement, « c'est de retisser des liens sociaux ». Une constante, que l'on s'engage dans un SEL, un Repair Café ou un GAC. La société est de plus en plus individualiste ? Ces associations fourmillent de contre-exemples, de personnes qui vivent pour rendre service et se rendre utile. « C'est parfois difficile de faire accepter à certains le fait de se faire aider et de bénéficier d'un service », remarque la fondatrice du MonS'SEL.

Etre cohérent avec ses valeurs

« Je vis ma simplicité, ça ne sert à rien de s'encombrer ». Posséder, ce n'est pas le moteur de Cécile Blondeau. Sa voiture ? Vendue et les plaques renvoyées. Ses déplacements depuis une dizaine d'années, c'est à vélo, en transports en commun ou en Cambio, les voitures partagées. Sa maison à Saint-Symphorien ? Vendue : trop grande une fois les enfants partis, des travaux de rénovation onéreux...A quoi bon dépenser de l'argent dans des briques qui ne lui servent plus ?

Car ce qui anime Cécile, ce sont plutôt les relations humaines, l'entraide...Ce qu'elle a trouvé dans les SEL, Repair Café et autres GAC. Ce qu'elle retrouvera dans l'habitat partagé où elle espère bientôt emménager...Pour Cécile Blondeau, tous ces engagements forment un tout, cohérent avec son style de vie basé sur la simplicité volontaire et une certaine forme de résilience. Si notre écolo dans l'âme s'y retrouve philosophiquement, le portefeuille dit également merci : « mon budget transport est passé de 350 euros par mois avec la voiture à 80-90 euros ».

Néanmoins, pas question de virer au radicalisme: « je ne suis pas contre la voiture, mais pour un usage raisonné ». Halte à l'individualisme, revenons à plus de partage et de liens: « on est de plus en plus proche physiquement dans nos lotissements, mais on a de moins en moins de contact. On n'ose plus sortir demander à son voisin un oeuf si on se rend compte qu'il en manque un pour une pâtisserie ».

Et ce lien social, ils sont de plus en plus à la recréer, via internet d'abord et physiquement ensuite, au travers de tous ces SEL, GAC et autres initiatives citoyennes. Qui voient le jour grâce à des optimistes convaincus de pouvoir faire bouger les choses à leur échelle. "La peur, la crainte, le pessimisme, c'est ce qui empêche les gens d'avancer", estime Cécile. Et si on râlait moins pour faire bouger les choses?