ENQUÊTE

À Fernelmont, manger sain à un prix équitable, c'est possible chez Christian

«Ma démarche est de soutenir un certain modèle de société.» Christian Baeke, GAC de Fernelmont.
«Ma démarche est de soutenir un certain modèle de société.» Christian Baeke, GAC de Fernelmont.-ÉdA Mathieu Golinvaux

Voilà 7 ans que les habitants de Fernelmont vont acheter leurs légumes en circuit court chez Christian Baeke, initiateur du GAC. Son moteur: l’envie de manger sain et à un prix équitable pour le producteur. Un portrait publié dans le cadre de notre enquête sur les initiatives citoyennes

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Dans l’ancienne école primaire de Fernelmont, le tableau noir a disparu, les bancs ont été remplacés par des meubles mais les chaises sont, elles, toujours nombreuses. Ce ne sont plus des élèves qui viennent s’asseoir dessus, du lundi au vendredi, mais des clients du GAC, le groupe d’achat commun, tous les samedis matin. Ils boivent une tasse de café et discutent le temps de faire leurs achats auprès des citoyens qui sont allés chercher les produits directement chez le producteur.

L’une des chaises a des roues. C’est celle de Christian Baeke. Fils de l’ancien instituteur, il a transformé l’école en maison et l’a aménagée afin de pouvoir y circuler facilement. Résultat: un grand espace commun, parfait pour accueillir les clients du GAC. C’est lui qui en est à l’origine.

« Il y a 7 ans, j’ai eu envie de consommer des légumes bios. Il existait un GAC à Lens-Saint-Remy, près de Hannut. Ma sœur en faisait partie. Mais je n’allais pas faire 40 km aller-retour pour aller acheter un panier de légumes, ça n’a pas de sens. J’ai donc décidé de créer un GAC chez moi. »

Local ne veut pas dire peu polluant

En 2009, une dizaine de personnes se lançaient dans l’aventure. Le premier fournisseur venait d’Assesse et n’utilisait que la traction animale pour ses cultures. Il fournissait des légumes. Puis, la demande s’est étendue aux fromages, au pain etc. Mais impossible pour Christian de se charger de récolter et distribuer tous les produits à lui seul. Du coup, les membres du GAC décident de se partager les tâches: une personne se charge d’un type de produit, à chacun sa caisse. « C’est un peu compliqué pour les gens quand ils arrivent ici car il y a plusieurs caisses mais on s’en sort », sourit Christian.

Quelques années plus tard, une sécheresse fait perdre toute la récolte au fournisseur d’Assesse. Il fait faillite. Du coup, Christian va trouver un producteur d’Orp-le-Grand, à une vingtaine de kilomètres de Fernelmont. «C’est pas tout près mais nous nous situons sur son parcours de livraison. Le bilan carbone reste donc bas.»

Pour Christian, ce n’est pas parce que les produits viennent de Belgique ou d’un pays voisin que le bilan carbone de la production est bon. Le local ne doit pas être le seul critère. « Le bilan carbone est moins élevé lorsque l’on fait venir des tomates en train depuis l’Italie que depuis les Pays-Bas où ils ont besoin de chauffer des serres pendant tout l’hiver », assure-t-il.

Des prix plus élevés

Lors de l’interview, Christian Baeke s’éclipse tout à coup. Il revient avec une caisse de tomates sur les genoux: 4,90€ du kilo. À titre de comparaison avec la vente en supermarché, c’est presque trois fois plus cher que des tomates non bios mais 8 centimes moins cher que celles ayant le label bio.

«Certains arrivent en pensant que les prix seront moins élevés qu’ailleurs car les achats se font en commun mais ce n’est pas vraiment le cas. Personnellement, la démarche est de soutenir un certain modèle de société. Je me rends bien compte que si on n’utilise pas de produits phytosanitaires (pesticides) pour cultiver ses légumes, alors il faut aller à la binette dans les rangs de carottes. Ça se paie.» Le prix d’une bonne santé? Christian en est convaincu.