BRUXELLES

À Anneessens, des «couloirs transformés en chambres sans lumière» et «des familles à 4 dans 20 à 30m2»

À Anneessens, des «couloirs transformés en chambres sans lumière» et «des familles à 4 dans 20 à 30m2»

Les logements du quartier Anneessens souffrent souvent d’un déséquilibre entre qualité et loyer. Des comités de quartier le dénoncent. EdA - J. R.

Dans le quartier Anneessens, certaines familles vivent dans 20 à 30m2... avec deux enfants! Pour rééquilibrer la balance entre loyer et qualité du logement, comités de quartier et associations enquêtent sur les prix versés pour habiter ces rues. Au centre des revendications, la grille d’encadrement des loyers. Une arlésienne.

«Les loyers abusifs, on les retrouve surtout pour des petits logements, en mauvais état, prévus pour des familles modestes».

Cette constatation que l’ASBL Convivence livre à nos confrères de la RTBF a poussé le comité de quartier «Change Anneessens» à sonder les riverains de ce coin très populaire du Pentagone bruxellois. Pour symboliser leur action, soutenue par le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH), les Équipes Populaires et Convivence donc, ils ont installé une balance géante sur la place Anneessens, à deux pas du marché. Son aiguille penche nettement du côté du prix. Au détriment, donc, de la qualité.

Un loyer «équilibré»?

Mais qu’est-ce qu’un loyer «équilibré»? Pour le calculer, «Change Anneessens» ressort la «grille Picqué» (notre illustration ci-dessous). Celle-ci remonte à 2012 et a été édictée par le Gouvernement bruxellois de l’époque.

Ce barème se base sur un loyer «plancher» de 239€. Il faut y ajouter toutes sortes de variables, qui correspondent à autant d’euros en plus. Ainsi, le m2 coûte 2,5€, chaque chambre coûte 44€, la salle de bains 132€, le jardin 32€ ou le lave-vaisselle 52€. à l’inverse, le vinyle dans le séjour permet de retrancher 23€ et une cuisine séparée du séjour 21€. Enfin, il faut ajouter ou retirer une somme en fonction du quartier où se situe la location. Par exemple, on soustrait 84€ si on habite Anneessens ou le bas de Forest mais on ajoute 41€ à Watermael centre ou Molière.

Pour se faire une idée précise de l’équilibre des loyers à Annessens, ses comités de riverains et les Équipes Populaires enquêtent auprès de leurs voisins. L’objectif est de dresser l’état des lieux du marché locatif dans ces rues extrêmement populaires, où le déséquilibre est notoire. «Notre service de petits travaux fait quotidiennement des visites à domicile», explique Bart Van de Ven, coordinateur à la maison de quartier Buurtwunkel. «On est frappés par le manque de place. On voit des familles avec deux enfants vivre dans 20 à 30 m2. Il y a des couloirs transformés en chambres sans lumière, des salles de bains communes...»

«700€ pour un revenu de 850»

«Il n’y a pas assez de logements de qualité à prix accessibles», estime quant à elle Anne-Sophie Dupont, chargée de projet au RBDH. «Des gens paient par exemple 700 euros de loyer pour un revenu d’intégration de 850 euros. Il y a 40.000 personnes inscrites sur les listes d’attente et il y a en moyenne 10 ans ans d’attente! On revendique donc un encadrement des loyers privés».

Tous les acteurs réunis lors de cette action revendiquent une grille d’encadrement des loyers. Cette revendication n’est pas neuve. Dès 2014, avant les élections régionales, les associations attiraient l’attention sur cette problématique. Rien n’a bougé depuis ou presque. Pour tenter encore une fois d’infléchir la tendance, les résultats de l’enquête seront présentés devant le parlement bruxellois le 17 octobre prochain, lors de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.