LANTIN

La prison de Lantin dans un état « apocalyptique » : « Des trous à rats partout ! »

Le député wallon Alain Onkelinx s’est rendu avec Christie Morreale dans la prison de Lantin, dans un contexte de grève et de grande tension. Il a effectué quelques photos montrant une maison d’arrêt dans un bien mauvais état.

On se doute que l’ensemble de la prison de Lantin ne se trouve pas dans cet état déplorable. Mais les photos rapportées par Alain Onkelinx (PS) sur Facebook dépeignent un centre pénitentiaire dans un état bien déplorable, surtout en ce qui concerne sa maison d’arrêt.

Le député wallon d’Ougrée s’est en effet rendu en fin de semaine dernière dans la prison, située en région liégeoise, alors que la grève des agents se poursuit depuis trois semaines. Militaires et même pompiers ont été appelés pour y effectuer le travail, tandis qu’agents et autorités fédérales s’empoignent toujours.

«Cette visite s’est déroulée dans le cadre de visites parlementaires. Cette action a été lancée par le groupe socialiste au parlement wallon», explique-t-il. Il s’est rendu sur place avec l’autre députée socialiste liégeoise, Christie Morreale. Il y a réalisé quelques photos, avec l’autorisation du directeur de la prison.

Entre la vétusté des lieux et la surpopulation carcérale, les détenus y vivent dans des conditions difficiles, comme le suggèrent les photos d’Alain Onkelinx. La maison d’arrêt «ne dispose pas de détection incendie. Les conditions de détention sont déplorables», commente-t-il, définissant l’état des lieux d’ «apocalyptique».

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J’ai demandé si c’étaient des taupes, le directeur m’a répondu qu’il s’agissait bien de rats. Je n’en croyais pas mes yeux.

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«Nous n’avons visité que la maison d’arrêt. D’après ce qui m’a été rapporté, la maison des peines et la prison des femmes sont dans un état un peu moins déplorable», explique-t-il. Il n’empêche que ce qu’il a vu sur place interpelle. «Je regrette de ne pas avoir fait de photos des trous à rats, dans le préau. Il y en a partout. J’ai demandé si c’étaient des taupes, le directeur m’a répondu qu’il s’agissait bien de rats. Je n’en croyais pas mes yeux.»

Une réalité qui indique un état de vétusté qui n’est pas neuf, mais qui ne fait que s’accentuer avec la grève en cours. «Le préau, c’est incroyable», s’exclame Alain Onkelinx. «C’est un dépôt d’immondices, tout simplement. Nous avons vu des cellules incendiées. Cela fait longtemps que le système de détection est hors d’usage. Ce n’est pas pour rien que le ministre Geens a décidé de raser la maison d’arrêt.»

Alain Onkelinx tient à dénoncer le caractère déplorable à la fois des conditions de détention et de travail, pour les agents. «Nous soutenons le mouvement de grève. Les deux doivent être mis en parallèle», considère-t-il.

23 jours que les détenus ne sont pas sortis de cellule

La députée fédérale Vanessa Matz s’est également rendue sur place jeudi. Elle s’exprimait ce mercredi matin sur les ondes de la RTBF. «J’ai vu des conditions déplorables. Jeudi, la grève durait depuis 17 jours, mais cela fait 23 maintenant que les prisonniers ne sont pas du tout sortis de cellule, ne fût-ce qu’une minute, qu’ils n’ont pas reçu de douche et que les repas sont distribués avec l’équipe de direction qui fait tous les efforts pour assurer le minimum, soit une distribution de repas par 24 h!»

Problèmes de sécurité: la commune attaque l’État en justice

La commune de Juprelle a décidé d’assigner l’État belge (Intérieur et Justice) devant le tribunal des référés de Liège en raison de problèmes de sécurité qui touchent la prison de Lantin depuis la grève des agents pénitentiaires. Les systèmes de détection incendie ne sont plus en état de fonctionner à la prison.

La bourgmestre de la commune de Juprelle se dit extrêmement préoccupée par la situation qui touche la prison de Lantin. Après trois semaines de grève des gardiens, les systèmes de détection d’incendie sont désormais hors d’usage. Samedi, les conduites d’eau relatives à la sécurité incendie ont explosé. Sollicité pour procéder aux réparations, l’État belge n’a apporté aucune solution.

La commune de Juprelle, à laquelle s’est jointe la zone de police de Basse-Meuse, a décidé d’introduire une action d’extrême urgence en référés afin de contraindre l’État belge à procéder aux réparations. «Il est urgent que les autorités responsables prennent les mesures. Si un incendie non-maîtrisé se produit, il y aura des dégâts importants. La situation est préoccupante en raison du matériel défectueux et en l’absence des gardiens, les seuls qui sont habitués à l’action contre des incendies. La situation est dramatique humainement, tant pour les gardiens que pour les policiers et les détenus», a indiqué la bourgmestre Christine Servaes (cdH).

Les pompiers réquisitionnés sur place par la bourgmestre ont par ailleurs déposé un préavis de grève.

À la demande de toutes les parties, l’examen de l’action introduite ce mardi a été reporté à vendredi à 14h00. «Je ne suis pas rassurée de devoir attendre encore quelques jours», a encore précisé la bourgmestre de Juprelle.