MOLENBEEK

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek»

Le MIMA, encadré des hôtels Meininger et Belvue, dans les anciens locaux du brasseur de lambic bien connu.
Le MIMA, encadré des hôtels Meininger et Belvue, dans les anciens locaux du brasseur de lambic bien connu. -EdA - J. R.

Un peu poétesse, un peu philosophe, l’échevine du Tourisme molenbeekoise se réjouit de l’arrivée du MIMA dans les anciennes brasseries Belle-Vue. Meurtrie «dans sa fonction et dans sa vie quotidienne», Ann Gilles-Goris veut aussi réfléchir sans se presser à ce que Molenbeek peut offrir au touriste après les attentats.

«On dit toujours que le bien ne fait pas de bruit».

Effectivement. Pourtant, des trucs biens, l’échevine molenbeekoise du tourisme Ann Gilles-Goris (cdH) en a à revendre. Las, les attentats de Paris puis Bruxelles ont «secoué» sa commune «au-delà de ce qu’on croit connaître». La dynamique «en route depuis quelques années» subit ce printemps un gros contrecoup. Au lendemain des événements, on lui a même suggéré de s’engouffrer dans la brèche du tourisme catastrophe, avec des visites des planques terroristes. «Pas question d’explorer cette voie-là», s’offusque-t-elle.

Si le tourisme a pu soudainement paraître hors de propos après le 22 mars, il demeure aussi «un important levier de valorisation économique et social» pour Molenbeek, vecteur d’emplois «pour des personnes parfois moins qualifiées». Mais Ann Gilles-Goris ne peut pas non plus foncer tête baissée en gommant le passé récent. «Le coup de projecteur sur Molenbeek est une barrière énorme. Je vois la condescendance dans le regard des gens quand je parle de ma fonction. Mais faire de cette société à 140 nationalités une force est aussi un défi».

Atteinte dans son métier comme dans sa vie quotidienne et familiale «puisqu’un terroriste a été débusqué dans ma rue», la mandataire avoue «avoir besoin de retoucher à ses racines» avant de relancer la machine. La mesure est dans son discours comme dans ses premières initiatives d’après le 22 mars. «Le tourisme, c’est offrir quelque chose à ces visiteurs qui viennent d’ailleurs. Pour ça, il faut savoir ce qu’on a à offrir».

Justement, l’ouverture du MIMA est l’occasion de faire le point.

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» L’impressionnante chapelle street-art de Maya Hayuk, au MIMA. -EdA - J. R.

«Découvrir depuis le Canal, pour maintenir une distance»

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» Gilles-Goris: «Une visite guidée sur le Canal est une porte d’entrée idéale sur Molenbeek. Ça maintient une certaine distance et c’est un chouette moyen de découvrir sans s’impliquer directement». -EdA - J. R. Le MIMA, premier musée d’art 2.0 à ouvrir eu Europe, s’installe à Molenbeek. Une aubaine?

C’est une super nouvelle. En plus, dans les anciennes brasseries Belle-Vue, il investit des locaux qui s’y prêtent bien, faisant le lien entre ancien et nouveau. Comme le voisin, l’hôtel Meininger, l’a aussi très bien réussi. La localisation est parfaite, pas loin du centre de Bruxelles. Ses expos devraient attirer des visiteurs internationaux. C’est une première fleur sur une terre brûlée. J’espère qu’elle en appellera d’autres.

Molenbeek bouge?

Ça prouve en tout cas que des choses se passent sur le territoire de la commune. Le café Le Phare, également le long du Canal, est une autre réussite, comme l’espace de résidence d’artistes LaVallée, lieu d’expo entre Canal et Parvis Saint-Jean-Baptiste. On assiste à une nouvelle dynamique. Dans ce contexte, le MIMA est un plus.

Malgré cette «dynamique», les attentats portent un coup indéniable à l’image de Molenbeek. Qu’avez-vous entrepris depuis?

Suite aux attentats de Paris, nous avons réuni une quarantaine d’acteurs impliqués de près ou de loin dans le tourisme à Molenbeek. Une idée qui en émerge, c’est le festival «Molensplash», qui aura lieu le 1er mai à l’occasion de la réouverture de la saison de navigation touristique sur le Canal. Visites guidées, parcours et animations émailleront la journée. Plusieurs ASBL en sont, mais aussi la Fonderie ou le MIMA.

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» Le Canal sera animé par le Molensplash, le 1er mai, à l’occasion de l’ouverture de la saison touristique navigable. -EdA - J. R.

Molenbeek pourrait aussi générer un intérêt neuf aux yeux d’un public plus curieux, en quête de compréhension?

En tout cas, les visites guidées ont explosé depuis Paris. Il y a une demande, un intérêt, une curiosité. Mais bien sûr, il y a aussi des revers. Un car de 50 personnes venu de Flandre profonde devait débarquer ces derniers jours mais a préféré annuler... Et puis, aujourd’hui, certains acteurs préfèrent ne plus citer Molenbeek. Ils préfèrent afficher leur identité bruxelloise, comme s’ils devaient changer de nom. Il faudra du temps... D’autant que la frontière imaginaire du Canal ne date pas de 10 ou 20 ans.

Le Belge n’a pas attendu les attentats pour se faire de Bruxelles l’idée d’une ville ennuyeuse, sale, essentiellement administrative. Il va en vacances à Barcelone, Paris ou Londres, mais pas à Bruxelles. Comment le convaincre?

Une visite guidée sur le Canal est une porte d’entrée idéale. Elle maintient une certaine distance tout en offrant une prise de connaissance. C’est un chouette moyen de découvrir sans s’impliquer directement. Et quand on quitte le bateau, on a plusieurs lieux à visiter.

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» Le parc de La Fonderie, en plein «vieux Molenbeek». -EdA - J. R. Justement, le passé industriel pourrait aussi être un créneau très porteur, loin des sempiternels chocolats-bière du centre-ville...

Effectivement! C’est pourquoi on essaye de valoriser ce qu’on appelle «le petit Manchester». Via la Fonderie, évidemment. Mais d’autres bâtiments rénovés le long du Canal valent le détour. Je citerais l’ancienne brasserie Cheval Noir devenue ateliers d’artistes, les anciennes manufactures de tabac AJJA, ou LaVallée, une ancienne blanchisserie. En 2015, nous avions édité une brochure à l’occasion de la journée du patrimoine reprenant ces lieux, anciennes usines et ateliers.

L’offre hôtelière est-elle suffisante?

L’auberge de jeunesse fonctionne bien mais elle souffre depuis le 22 mars puisque beaucoup de voyages scolaires sont annulés. Il y a des apparts-hôtels boulevard Léopold II. Citons aussi le Belvue évidemment, et le Meininger qui a un taux d’occupation extraordinaire. à pied, il faut dire que c’est difficile de trouver mieux pour visiter Bruxelles. On avait espéré un hôtel à la Gare de l’Ouest mais le promoteur opte finalement pour du logement.

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» Le Phare du Kanaal, café et espace de coworking le long du Canal.-EdA - J. R. Quid des restaurants?

Il y a une offre de qualité mais méconnue comme le Zebrano ou la Luna. Mais il faut diversifier l’offre. Je plaide depuis longtemps pour une brasserie place Communale, qui serve des boulettes et de la bière belge. Un nouveau restaurant va aussi s’installer au carrefour de la rue du Comte de Flandre et de la chaussée de Gand. On peut aussi imaginer des partenariats entre horeca et visites guidées.

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» Le parc de la Porte de Ninove remplacera le chancre urbain dans ce nœud automobile inextricable du nord de Bruxelles. -EdA - J. R. La mise en chantier du parc de la Porte de Ninove doit aussi être une bonne nouvelle.

Le fait d’avoir des rues sales, des logements sales et abîmés, ce n’est pas bon au cœur d’une commune. Les gens ont besoin de beauté, de verdure, de voir passer les saisons. Et comme ce parc fera le lien entre Molenbeek et Bruxelles, il est une bonne nouvelle, oui. Rien qu’abattre les hangars a augmenté la lumière porte de Ninove.

Molenbeek est très verte mais peu de Belges et de Bruxellois le savent...

Il y a le Karreveld, le Scheutbos qui reste très peu connu... Le problème, c’est le regard de chacun. On aime insister sur le côté négatif des choses. L’humain est attiré par le noir. Par exemple, il y a le café de «La Rue» et sa jolie vitrine. Pendant les événements, des journalistes faisaient leur direct à deux pas. Mais ils préféraient des tags sur une porte délabrée comme décor.

«Le MIMA est une première fleur sur la terre brûlée de Molenbeek» Le parc du château du Karreveld, petite merveille molenbeekoise méconnue. -EdA - J. R.