CHARLEROI

Bruel à Charleroi mercredi soir : est-il incollable sur Barbara ? (Vidéo)

Patrick Bruel était au Palais des Beaux-Arts de Charleroi mercredi soir pour la quatrième date de sa tournée «Bruel chante Barbara…» Sur scène, il a rappelé l’histoire d’amitié qui le liait à la Dame en noir. Le chanteur français est-il incollable sur son idole? Nous avons testé ses connaissances… Découvrez notre vidéo ci-dessus.

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Le Palais des Beaux-Arts de Charleroi était comble ce mercredi soir pour accueillir Patrick Bruel et sa tournée «Bruel chante Barabara…».

L’artiste a choisi de faire halte dans une ville où il n’avait encore jamais chanté. Mais un lieu chargé de symboles pour celle à qui il rend hommage dans son dernier album. «Je ne pouvais pas ne pas passer par ici, a-t-il déclaré au public. Charleroi lui a tant donné. C’est ici que les portes se sont ouvertes pour elle après des années de galère. C'est ici que tout a commencé.»

Encore un peu en rodage sur cette quatrième date d’une tournée annoncée il y a à peine un mois, Patrick Bruel a proposé un spectacle dont l'interprétation était la pièce maîtresse. "C'est le fondement de ce spectacle. Vienne est un film, Drouot est un film, mon statut d’acteur me permet d’habiter ces chansons aux textes très forts», nous confiait-il à sa sortie de scène."
L'interprétation: un jeu dans lequel le chanteur français excelle. Chaque titre de la Dame en Noire, qu'il soit un succès ou un texte moins connu, résonne avec une immense justesse, au ryhtme des notes de ses quatre excellents musiciens. 

Certains titres qu'il propose sont absents de son album hommage "Très souvent je pense à vous..." mais le public se laisse malgré tout embarquer, religieusement attentifs à la force des mots qu'il récite.

Son histoire en filigrane

Du Bout des lèvres, il a débuté le concert avant de proposer Une Petite Cantate et un premier titre de son propre répertoire: Raconte-moi, une Ode à sa maman. «Il était évident que cette chanson devait faire partie de ce spectacle.» 

Car ce titre, écrit de la main d’Amanda Sthers, son ex-épouse et la mère de ses enfants parle de son histoire. Cette histoire qu'il raconte en filigrane de son spectacle tout en évoquant l'histoire de son idole, de À mourir pour mourir à Göttingen. «Ces chansons on résonné dans le coeur d'un petit garçon de huit ans et elles prennent un autre sens quand il est question de les interpréter. Je me les suis réappropriées pour raconter mon histoire.»

Face à ce qu'il propose de sa voix juste et puissante, le public est captivé, très à l'écoute et respectueux. Pas un Patriiiiiick pour se mêler aux notes des musiciens. Il surprend aussi avec un texte fort, soufflé sur quelques notes de piano, écrit au lendemain des attentats de Paris. 

A Charleroi, comme tout au long de cette tournée, Patrick Bruel ne manque pas de rappeler l’histoire qui le lie à Barbara et l’admiration qu’il a pour elle. "Elle a toujours eu des mots tellements gentils à mon égard. Très souvent je pense à vous..." (Titre de son album), m'avait-elle écrit par fax.

Un spectacle de deux heures musicalement et vocalement très réussi. Malgré l'atmosphère globalement lourde, l'artiste essaye ici et là de faire sourire et d'amuser son public. «Ah c’est sûr que si vous êtes venus déprimés, vous repartirez déprimés, plaisant-t-il. Et si vous aviez le moral et bien je suis désolé !»

Si certains fans regrettaient ne pas avoir retrouvé l'esprit festif qui se dégage habituellement de ses spectacles (Lire ci-dessous), bon nombre ont été totalement convaincus par le voyage mélancolique, juste et profond dans lequel le chanteur les a embarqués du début à la fin.

Patrick Bruel sera de retour en Belgique les 24 et 25 mai au Cirque Royal (Bruxelles) et les 26 et 27/05 au Forum à Liège.

Un pari osé et des critiques balayées

Quand il évoque Barbara, Patrick Bruel se mue en bavard intarissable. «Je voue une admiration sans nom à cette femme, la plus grande auteure-compositrice du XXe siècle», déclarait-il sur scène après avoir interprété L’Aigle noir, l’un des chefs-d'œuvre de la chanteuse. «Si je peux être un passeur de mémoire pour que les jeunes découvrent ses extraordinaires chansons, alors ce sera pas trop mal de l'avoir fait.»

Et son pari de sortir un album de reprises de cette immense artiste était de la haute voltige. L’artiste a d’ailleurs essuyé quelques virulentes critiques et n’a pas échappé à un certain lynchage, sur les réseaux sociaux notamment. Les puristes n’apprécient pas.

Patrick Bruel a balayé tout cela d’un revers de main déclarant à la presse française: "Il faut désacraliser les icônes. Respect ne veut pas dire peur, mais pudeur. J'interprète son œuvre, pas son interprète. Si on n'a pas le droit de faire ça, on ne joue plus Hamlet, on ne joue plus Liszt." Et Bruel a de nouveau fait mouche. Comme avec son album de reprises des années 30 - que sa maison de disque lui déconseillait de faire - il a une nouvelle fois brillé. 

250.000 albums vendus en France et un disque d’or en Belgique (10 000 albums vendus) feront taire les mauvaises langues.

Son public, fidèle depuis ses débuts, l’a en tout cas à nouveau suivi dans cette nouvelle audace. 

«

Qu'il fasse danser des salles de spectacles entières sur des guinguettes de l'Entre deux-guerres (2002) ou
qu'il les embarque dans un autre voyage avec son interprétation pour seul arme, Bruel étonne.
Il ne se trompe décidément pas. Une claque.

»

Les phrases entendues à la sortie du spectacle

– Incroyable de justesse 

- J’étais venue pour voir du Bruel, donc je reste sur ma fin même si ses interprétations sont très jolies. J’aurais espéré plus de titres de son répertoire.

- Il y a une émotion tellement forte pendant tout le spectacle, c'est incroyable

– Il a une bande de musiciens extraordinaires.

– À la fin, c’est lui que j’attendais et je ne l’ai pas vu, je suis déçue.

– Trop mou, trop lent, trop triste, je ne le conseillerai pas.

- Cet artiste a un talent inégalable. Reprendre Barbara, il fallait vraiment oser...j'étais sceptique mais là, je dois dire qu'il ne s'est pas trompé.

– Il y avait beaucoup plus d’émotion, d’ambiance ce soir à Charleroi qu’il y a deux jours, à Lille.

– Il n’est même pas revenu chanter après le rappel, il nous avait habitués à autre chose.

– Sa voix est extrêmement bien mise en avant dans cette formule intimiste. Très beau.

- En cette période, il y avait plus gai à venir voir mais bon! Il est toujours juste dans ses interprétations, il joue un rôle sur scène, c'était très bien.

"Je n'ai jamais eu autant le trac"

À sa sortie de scène, Patrick Bruel était plutôt heureux de l’accueil que lui avait réservé Charleroi.

Comment vous sentez-vous ?
Je suis très content que ce soit un tel succès. Je suis surtout flatté que le public réagisse comme ça. Dans le plus grand respect. C’est une chance.

Sur scène, on retrouve un peu Bruel l’acteur ?
C’est sûr que mon rôle d’acteur m’aide beaucoup. Dans la plupart des chansons, on retrouve des personnages qui jouent des situations, qui vivent des émotions. C’est construit comme ça donc c’est sûr que la part d’acteur joue beaucoup. En général, chez moi, c’est assez présent car mes chansons sont souvent construites comme des mini-films.
Ce qui est extraordinaire, c’est que c’est comme dans une pièce de théâtre : tous les soirs je trouve des nouveaux trucs, tous les soirs il y a des choses qui m’arrivent, des émotions que je n’avais même pas perçues. Il y a des constructions dramatiques qui apparaissent, c’est assez troublant.

Vous n’avez pas eu beaucoup de temps pour préparer cette tournée ?
J’ai beaucoup improvisé les premiers jours. On a surtout travaillé la base musicale et l’interprétation. Pour la scénographie, on n’a pas eu beaucoup de temps. J’ai toujours hâte de faire un premier spectacle devant mon public parce que c’est ça qui va construire mon histoire, voir si ce que j’ai prévu fonctionne. Les gens ont d’ailleurs été très réactifs dès le premier concert. C’est étonnant d’adhérer à ce point-là à un spectacle constitué de chansons qu’on ne connaît pratiquement pas du tout.
On ne rentre pas par la grande porte dans ce spectacle, on rentre par la lucarne. On y va doucement et on installe quelque chose. Il ne fallait pas uniquement bien chanter et jouer les chansons, il fallait construire une histoire autour. Il fallait captiver le public.

Il y avait une grosse appréhension de votre part avant d'entamer cette tournée...
Énorme. La plus grosse que j’ai jamais eue. Je n'ai jamais eu autant le trac. Deux jours avant, j’avais dit à mon attachée de presse, surtout tu ne fais venir personne. J’avais plus que le trac habituel. Je ne savais absolument pas où je mettais les pieds.

En même temps, vous avez un public tellement fidèle qu’il vous suivrait quoi que vous fassiez, non ?
Non, ça, je ne crois pas. Le public est sensible. Il est intelligent. Il est venu parce qu’il a bien aimé l’album et il sait que je ne l’ai jamais déçu. Du moins, j’espère. Quand j’ai donné des rendez-vous, je n’ai pas trahi, je n’ai pas été décevant. De toute façon, c’est la fois d’après qu’on le paye. Ce n’est pas sur le moment.

Il vous ressemble ce spectacle ?
Oui il fallait que ça me ressemble, ce qui était plutôt délicat parce que ce n’est pas mon univers. Et pourtant, j’ai l’impression que c’est plus mon univers que mon univers. Au plus j’avance dans ce spectacle, au plus je me vois au milieu du décor. Et ce n’est pas pour rien si cette chanteuse a subjugué autant de foule, elle a frappé au cœur de cinq générations.

Quand vous parlez de Barbara, on sent le fan qui est en vous. Pourtant, vous n’aimez pas ce mot ?
Avec Barbara, il n’y a pas d’indifférence, il y a des gens qui ne l’aiment pas du tout et des gens qui l’adorent. C’est vrai que je n’aime pas le mot fan. Dans mon cas, c’est plus que de l’admiration, c’est un complément de vie, c’est un partage. C’est quelqu’un qui t’accompagne dans un parcours, c’est quelqu’un qui se substitue à tes mots, quelqu’un qui dit mieux que toi ce que tu ne peux pas dire. Quelqu’un qui prend une place importante dans ta vie.

Ça ne vous démange pas de revenir chanter après le rappel car vous êtes un habitué de cette pratique !?
Bien sûr que ça me démange ! D'habitude, je reviens trois, quatre fois mais bon, franchement dans ce genre de spectacle, il faut savoir sortir sur un moment calme, fort. Je trouve que c’est une sortie formidable sur Dis, quand reviendras-tu ? Je pense qu’après, ça ne sert à rien, on ne va rien faire de mieux. Il y a des spectacles où il faut savoir sortir, c’est un vrai exercice pour moi, je me fais violence !

Le spectacle a été conçu pour n’être consacré qu’à Barbara ?
Oui au début, c’était prévu comme ça. Et puis en l’écrivant je me suis dit que ce serait joli d’y intégrer quelques chansons de mon répertoire qui n’étaient pas forcément les plus connues mais qui racontaient la même histoire. Raconte-moi s’imposait. Où sont les rêves ? que je ne chante pas souvent. Qui a le droit parce qu’elle parle de l’enfance.

Pourquoi avez-vous voulu rendre publique cette amitié que vous entreteniez avec Barbara ?
Parce que je trouvais jolis les signes d’affection qu’elle m’avait envoyés. C’est agréable, c’est gratifiant et j’étais heureux de le partager. 

Photos : EdA Mathieu GOLINVAUX