SANTÉ

Excision minimaliste: «On peut le craindre aussi en Belgique»

Deux gynécologues américains plaident pour une excision «minimaliste» et médicalisée.
Deux gynécologues américains plaident pour une excision «minimaliste» et médicalisée.--

Deux gynécologues américains ont créé la polémique en proposant que des «excisions minimalistes» soient tolérées au niveau médical, de manière à respecter les traditions culturelles. De telles pratiques ont-elles cours en Belgique? On peut le craindre. «La demande existe», prévient Fabienne Richard, du Gams.

L’excision, c’est-à-dire l’ablation partielle des organes sexuels féminins (petites lèvres, clitoris,…) est interdite par la loi belge. «Mais on peut imaginer que des médecins, en voulant éviter les infections ou autres complications des excisions clandestines, le fassent en cachette. C’est possible», craint Fabienne Richard, du Gams, le Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles. «Cela s’est vu dans d’autres pays européens. J’ai eu des témoignages directs de jeunes filles qui vivent à Paris et ont été excisées à Londres par des médecins, dans des cliniques privées.»

Malgré 30 ans de mobilisation

Une position médicale pouvant se rapprocher de celle des docteurs Kavita Shah Arora et Allan Jacob qui, récemment, ont plaidé dans le Journal of Medical Ethics pour que soient tolérées des «excisions minimalistes» pratiquées sous anesthésie (par exemple l’ablation du seul capuchon du clitoris). Un compromis qui, selon eux, respecte les différences culturelles tout en protégeant la santé des femmes. Ils avancent des arguments. «Malgré 30 ans de mobilisation, la prévalence des altérations génitales féminines non-thérapeutiques chez les mineurs est stable dans de nombreux pays. Des approches alternatives doivent être considérées.»

De fait, malgré l’opposition de l’OMS, qui «a un message clair contre l’excision», souligne Fabienne Richard, cette pratique ne régresse guère dans le monde où, selon le dernier rapport de l’Unicef, 200 millions de femmes sont excisées. Des chiffres gonflés notamment par l’ajout des statistiques indonésiennes, pays où l’excision est légalement médicalisée. Un message catastrophique, évidemment, pour les opposants.

«Il y a une demande»

«Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une demande en Belgique» pour des excisions médicalisées, dit-elle. «Nous avons reçu des signalements de gynécologues ou d’urologues que des familles sont venues trouver pour le faire. Je ne serais pas surprise que cela existe mais évidemment, ceux qui le font ne nous le signalent pas.»

Fabienne Richard pointe aussi le manque d’information, même des médecins, sur le fonctionnement des organes sexuels. «Certains médecins pourraient se dire: je le fais chez les garçons, donc pourquoi ne pas le faire chez les filles? Mais le débat sur les conséquences de la circoncision évolue heureusement aussi.»

Les deux gynécologues américains font eux-mêmes le rapprochement garçons-filles. Plutôt que de «mutilations», ils préfèrent parler «d’altérations génitales», qui ne modifient que légèrement l’apparence du sexe féminin, sans entraver l’épanouissement sexuel ou la capacité à avoir des enfants. Pour Fabienne Richard, l’argument ne tient pas. «La tradition vous rattrape toujours. Ces filles-là risque des réexcisions plus tard, parce que quelqu’un de la famille se rendra compte que ça n’a pas été “ bien fait ” à l’hôpital et elles seront amenées chez l’exciseuse traditionnelle.»

«On ne peut pas couper»

On estime à 13 000 le nombre de femmes excisées qui vivent en Belgique, et plus de 4 000 petites filles sont considérées comme étant à risque, «parce qu’elles sont issues de familles venant d’un pays où il y a prévalence, comme la Guinée-Conacry», prévient pour sa part la sénatrice Christie Morreale. Elle aussi estime que la position des deux médecins américains «brouille le message», alors qu’il faudrait plutôt faire de l’information, notamment au niveau de l’ONE ou des PMS. «Proposer de médicaliser, d’encadrer ou de pratiquer des excisions minimalistes, ça brouille les pistes, voire ça donne à penser qu’il s’agit d’une pratique culturelle comme les autres. Or, outre le fait que cela entrave le fonctionnement naturel des organes génitaux féminins, ces mutilations entraînent des problèmes urinaires, vaginaux et peuvent mener au décès dans les cas les plus graves.»

«On ne peut pas couper le sexe des femmes, ni un petit peu, ni beaucoup», conclut la sénatrice.

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