LIVRE

Guerre 14-18, de Londres à Poperinge

Né en 1969 dans la province du Limbourg, Stefan Brijs a connu le succès avec «Le faiseur d’anges» traduit en 18 langues.
Né en 1969 dans la province du Limbourg, Stefan Brijs a connu le succès avec «Le faiseur d’anges» traduit en 18 langues.-

Dans «Courrier des tranchées», l’auteur flamand Stefan Brijs envoie un jeune soldat anglais réticent à la Talbot House, à l’arrière du front d’Ypres.

Paru en néerlandais en 2011, Courrier des tranchées est le deuxième roman du Limbourgeois Stefan Brijs traduit en français. Le premier s’intitulait Le faiseur d’anges (Héloïse d’Ormesson, 2010) et se passait dans les cantons germanophones.

Cet ample roman prend le contre-pied de ce qui a été écrit sur la Première Guerre mondiale en portant un regard différent sur l’engagement patriotique. En août 1914, John Patterson, un étudiant anglais de 19 ans, refuse d’aller combattre contrairement à Martin, son ami d’enfance.

Cet orphelin de mère qui vit seul avec son père facteur et collectionneur de livres, veut poursuivre ses études coûte que coûte, se réfugiant dans la littérature et la poésie. Mais il se retrouve bien vite ostracisé. En cette période d’effervescence guerrière, il doit affronter des réactions de plus en plus hostiles et violentes, tant de la part de la population que des recruteurs qui font du porte-à-porte et poursuivent les réfractaires jusque sur les campus universitaires.

«Je connaissais la Porte de Menin, à Ypres, recouverte de soixante mille noms qui sont autant d’histoires différentes et je me suis mis à imaginer l’une d’elles, commente Stefan Brijs. Le point de départ du roman a été un documentaire où l’on voyait un officier anglais lire le courrier des soldats et le censurer. Voire le manipuler, jusqu’à, pourquoi pas?, faire revivre un mort. En me documentant, j’ai découvert l’énorme pression exercée en Angleterre sur les jeunes qui ne s’engageaient pas. Comme je cherchais un anti-héros, cela me convenait parfaitement. De ces réfractaires, qui ont été assez nombreux, on n’en parle pas en Angleterre, le gouvernement n’a jamais reconnu ce phénomène.»

Dans sa résistance, John s’est trouvé un allié en William, un autre étudiant qui, refusant de combattre les Allemands dont il admire la culture, écrit un féroce pamphlet contre le gouvernement britannique. Ensemble, ils espèrent que la publication par les journaux des longues listes des soldats tombés au front et que les lettres envoyées aux familles annonçant les tragiques nouvelles vont venir calmer cette fureur patriotique. Or c’est le contraire qui se produit: plus les morts s’accumulent, plus elle croît en véhémence.

Considéré comme un «lâche», John est rejeté par tous. Seul son père, par qui transitent les lettres fatales qu’il lui arrive d'«oublier» de remettre à leurs destinataires, lui garde son amour et sa confiance.

«William me permet de rappeler que la culture allemande était extrêmement riche et que la population allemande vivant en Angleterre a subi la violence de la population», poursuit l’auteur.

La guerre finira pourtant par rattraper le jeune homme. Parti à la recherche de Martin, après un passage par Arras théâtre de violents combats entre avril et mai 1917, c’est à la Talbot House de Poperinge (lire ci-dessous) qu’il finit par échouer.

Stefan Brijs, «Courrier des tranchées», traduit par Daniel Cunin, Héloïse d’Ormesson, 591 p., 24€

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