EXCISION

Comment les aider à se reconstruire ?

La mutilation sexuelle, pratiquée dans 28 pays africains, est un marquagequi rappelle à la femme qui elle est, comment elle doit se comporter.
La mutilation sexuelle, pratiquée dans 28 pays africains, est un marquagequi rappelle à la femme qui elle est, comment elle doit se comporter.-EPA

Les femmes excisées sont au cœur d’un ouvrage collectif qui relate leur parcours et les outils thérapeutiques pour les aider à se reconstruire.

«Je suis plus comme avant, je suis pas normale, les autres ont peur de moi. J’ai mal tout le temps à la tête et j’ai peur d’avoir une maladie. J’ai peur de devenir folle.» Ce sont les mots de Clémentine, une Burkinabé de 35 ans, quand elle vient consulter au GAMS Belgique (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines) pour la première fois.

Excision, mariage forcé, viols, c’est le lot de milliers de demandeuses d’asile qui échouent par hasard en Belgique. Peu importe le pays, ce qui compte c’est de mettre la plus grande distance entre elle et leur famille qui met la pression sur elle ou sur leur petite fille.

Aux traumatismes physiques causés par la clitoridectomie (ablation partielle ou totale du clitoris et/ou du capuchon du clitoris), l’excision (ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres avec ou sans excision des grandes lèvres) ou l’infibulation (rétrécissement de l’orifice vaginal), s’ajoutent de profondes blessures psychologiques.

La violence du non-dit

«Quand elles arrivent ici, elles se plaignent de douleurs diverses au niveau du corps mais, généralement, les examens médicaux ne révèlent rien d’anormal, explique Annalisa D’Aguanno, psychologue clinicienne au GAMS et coauteur du livre «Femmes, excision et exil. Quel accompagnement thérapeutique possible?». Ce sont des plaintes psychosomatiques liées aux nombreux traumatismes qu’elles ont subis. À la violence vécue dans leur chair s’ajoute celle du non-dit».

Si les recherches médicales sur l’excision sont nombreuses, il n’existe rien ou presque sur l’accompagnement psychologique. «On a appris sur le tas. Il s’agit d’abord de les rassurer, d’instaurer une relation de confiance. Ensuite, on leur propose, entre autres des ateliers de danse, de chant ou de théâtre pour les aider à se réapproprier leur corps, à l’accepter et remettre leur créativité en marche ».

À leur arrivée, ces femmes fortes qui ont survécu à la violence, à la séparation avec leurs enfants parfois, au parcours migratoire, au choc d’un dépaysement brutal, sont à reconstruire. «Ce sont des femmes peu sûres d’elles, qui se dévalorisent et ont du mal à se reconnecter à leurs capacités de vie alors qu’elles ont survécu à tant de traumatismes. L’accompagnement thérapeutique permet de restaurer en elles les ressources piétinées par d’autres».

Le livre coécrit par des professionnels de la santé mentale, des médecins, des infirmier(e)s, des animatrices d’ateliers thérapeutique s’adresse avant tout aux personnes susceptibles de croiser la route de ces femmes: médecins, avocats, assistants sociaux…

Pour qu’ils sachent qu’elles peuvent retrouver dignité et confiance en elles pour peu qu’on leur tende la main à l’instar de Fatoumata, 25 ans, originaire de Conakry (Guinée): «On ne peut plus m’imposer, c’est du passé».