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En Flandre, près de 50% des décès sont «facilités» par une intervention médicale

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Près de 50% des décès enregistrés en Flandre en 2013 ont été «facilités» par une intervention médicale, révèle une étude de l’Université de Gand de la Vrije VUB.

Près de 50% des décès (47,8%) enregistrés en Flandre en 2013 ont été «facilités» par une intervention médicale, révèle une étude de l’Université de Gand (UGent) et de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) financée par la Communauté flamande et publiée mardi dans la revue The New England Journal of Medicine. Le Pr Jean-Louis Vincent, intensiviste au Service des soins intensifs de l’Hôpital Erasme et le Pr Jacques Creteur, chef du service soins intensifs, ont commenté ces résultats lors d’une conférence de presse en marge de l’ouverture du 35e congrès International Symposium of Intensive Care and Emergency Medecine (ISICEM), consacré au soins intensifs et aux urgentistes, qui rassemble 6.000 personnes du 17 au 20 mars au Mont des Arts à Bruxelles.

En 2013, 4,6% des décès enregistrés en Flandre sont des euthanasies, révèle cette étude réalisée sur 6000 certificats de décès. «Mais, sous couvert de l’anonymat, les médecins flamands qui ont rédigé ces certificats ont admis avoir abrégé très régulièrement les souffrances inutiles des patients», ont précisé les Pr Vincent et Creteur. Ainsi, 47,8% du total des décès enregistrés ont été précédés d’une intervention médicale. Ceux-ci représentaient 38,4% du nombre total de décès en 2001 et déjà 47,8% en 2007.

Selon le Pr Vincent, «en soins intensifs, les morts sont programmées. Les décès inopinés sont excessivement rares. Quasi personne ne décède à quatre heures du matin. Il s’agit de donner rapidement des calmants et de raccourcir ainsi la fin de vie que l’on sait inévitable», a-t-il indiqué, précisant que ces cas n’entrent pas dans le cadre de la loi sur l’euthanasie.

En Belgique, il n’est légalement pas autorisé d’augmenter les calmants pour précipiter la mort. Malgré que la pratique semble répandue, «nous sommes face à un No man’s land juridique», a lancé le Pr Vincent.

Face à cette situation, le professeur plaide pour l’adoption d’une nouvelle loi «protégeant les médecins». «La loi sur l’euthanasie, qui doit être demandée, ne nous est d’aucun secours dans ces situations où le patient n’a plus de vie cognitive.»

Le Pr Vincent, ancien président de la Société Belge de Soins Intensifs, souhaite que le fait de «raccourcir le processus de fin de vie par l’usage de médicaments» soit légalisé, tout en rappelant l’importance de l’information et du dialogue avec les proches des patients.

Les Pr Vincent et Creteur ont également commenté une deuxième étude, canadienne cette fois, publiée mardi dans la revue New England Journal of Medicine. Celle-ci affirme que recevoir du sang frais lors d’une transfusion n’est pas plus avantageux que de recevoir du sang plus ancien. «C’est une très bonne nouvelle», selon le Pr Jean-Louis Vincent.

Pour réaliser cette étude, plus de 2.000 patients en unité de soins intensifs ont été divisés en deux groupes. L’un a reçu du sang «frais» lors d’une transfusion, l’autre du sang plus ancien. «Aucune différence n’a été constatée sur le taux de mortalité des deux groupes», a indiqué le professeur. Quelque 37% des patients ayant reçu du sang «frais» sont décédés contre 35,3% des patients ayant reçu du sang plus ancien.

Actuellement, le sang ne peut pas être stocké au-delà de six semaines. «Des développements techniques futurs pourront peut-être permettre de conserver le sang plus longtemps, mais nous n’en sommes pas encore là», précise le Pr Vincent, ajoutant que les résultats de cette étude étaient les bienvenus alors que l’on constate partout dans le monde une diminution des dons de sang à la Croix-Rouge.

Le 35e Congrès ISICEM traite également jusqu’à vendredi de la question de la prise en charge des infections sévères, de celle de la nutrition du malade, du coma artificiel avec hypothermie ou encore des progrès technologiques visant au support des organes défaillants.