BELGIQUE

« Je suis Belge et juive : dois-je partir ? » : la vidéo qui interpelle

Le Collectif belge contre l’antisémitisme a diffusé un film sur internet: «Je suis Belge et juif: dois-je partir?». Nombreux sont ceux qui s’interrogent face aux récents événements et à la montée de l’antisémitisme.

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«Mes grands-parents sont arrivés en Belgique dans les années 30. Ils ont mis un point d’honneur à s’intégrer et je n’ai jamais imaginé devoir partir. Mais je crois qu’il n’y a plus d’avenir pour les juifs en Belgique et je pense à quitter mon pays...»

Les récents attentats n’auront fait qu’augmenter l’inquiétude de la communauté juive en Belgique. Le Collectif belge contre l’antisémitisme a d’ailleurs diffusé il y a quelques jours un film sur internet: «Je suis Belge et juif: dois-je partir?». Dans cette vidéo de deux minutes, qui circule sur les réseaux sociaux, plusieurs juifs de Belgique s’interrogent: devons-nous quitter notre pays?

Un cri d’alarme, un appel à la prise de conscience, une demande de respect de la communauté juive, à l’initiative de Sara Brajbart-Zajtman, membre du Collectif, et son mari.

Un sentiment d’insécurité

«Il y a un grand malaise des juifs en Belgique aujourd’hui, explique Sara Brajbart-Zajtman, 68 ans. Il y a un sentiment d’insécurité. Les écoles sont barricadées, certains enfants juifs subissent des agressions dans la cour de récré... Dois-je aussi rappeler l’attentat du musée juif? On assassine les gens parce qu’ils sont juifs. C’est ce que Hitler a fait...»

Sara Brajbart-Zajtman, par ailleurs philosophe, estime que les témoignages présents dans la vidéo symbolisent assez bien le sentiment d’angoisse présent aujourd’hui dans la communauté juive belge, qui compte 30 à 40 000 personnes.

« On a peur pour nos enfants, dit-elle. C’est depuis le 21e siècle que le monde a basculé...»

Et de rappeler que l’on vient d’une Belgique qui, il y a encore quelques années, ne connaissait pas l'antisémitisme. «Je suis née à Morlanwelz et ma famille était la seule famille juive du village. Nous étions parfaitement intégrés. Tout cela pour vous dire que je n’ai jamais souffert de l’antisémitisme avant. On n’était pas obligé de dire qu’on était juif...», raconte Sara Brajbart-Zajtman.

«Internet a amplifié la haine des juifs»

Et puis, plusieurs événements ont changé les choses, à commencer par les attentats du 11 septembre 2001. «À ce moment-là, s’est installé le communautarisme face auquel les juifs ont dû se définir comme juifs, se positionner comme juifs, jusqu’à se faire attaquer comme juifs, justifie Sara Brajbart-Zajtman. L’identité des gens nous était indifférente, maintenant dans les journaux, on ne cesse de parler de communauté: communauté juive, communauté musulmane, etc.»

Selon elle, internet et les réseaux sociaux ont amplifié la haine des juifs.

«Les juifs ont le sentiment que pendant 2000 ans, on leur a balancé la crucifixion de Jésus à la figure et que maintenant, comme on a reconnu qu'ils n’en étaient pas les auteurs, c’est le conflit israélo-palestinien qu’on leur balance...»

«La majorité des juifs ne veulent pas partir»

C’est pour faire prendre conscience de cette réalité que Sara Brajbart-Zajtman a décidé de réaliser ce film il y a une dizaine de jours. «Certains juifs songent à partir mais la majorité d’entre eux n’en ont pas envie. Et ceux qui hésitent n’ont jamais dit qu’ils iraient en Israël, comme le suggère Benjamin Netanyahu ces derniers temps», précise-t-elle.

D’ailleurs, quand elle et ses amis parlent d’un éventuel départ, ils disent, avec une pointe d’ironie: «Si nous devions partir, nous irions au Costa Rica, car il y pleut 300 jours par an et ça nous rappellera notre pays, la Belgique...»

«Il ne faut pas s’étonner que certains aillent faire péter des bombes»

Cette vidéo est aussi un appel aux autorités belges: « il est très important de faire attention à l’éducation de la jeunesse. Car aujourd’hui, beaucoup sont éduqués dans un manichéisme où l’on angélise les Palestiniens et on diabolise les Israéliens. Il ne faut pas s’étonner après que certains aillent faire péter des bombes... Il ne faut pas oublier non plus que "le fondement de l'État repose sur l'éducation de la jeunesse", comme le dit Diogène.»

Cette vidéo fait incontestablement écho à celle d’un journaliste israélien qui, durant 10 heures, les 3 et 4 février derniers, s’est promené avec une kippa sur la tête, dans Paris, afin de jauger les réactions des passants.