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Affaire Ihsane Jarfi: tous coupables, la perpétuité requise

Le président de la cour d’assises de Liège, Philippe Gorle.
Le président de la cour d’assises de Liège, Philippe Gorle. -BELGA

Kizilaslan, Wintgens et Parmentier reconnus coupables de l’assassinat homophobe d’Ihsane Jarfi, Lekeu coupable d’un meurtre homophobe. Les quatre accusés sont passibles d'une réclusion à perpétuité.

Après 5 heures de motivation du verdict de culpabilité, la cour d’assises de Liège a déclaré lundi après-midi Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens et Eric Parmentier coupables de l’assassinat d’Ihsane Jarfi. Jonathan Lekeu a été déclaré coupable d’un meurtre. Les jurés ont également retenu la circonstance aggravante d’homophobie contre les quatre accusés.

Ihsane Jarfi (32 ans), disparu depuis la nuit du dimanche 22 avril 2012, avait été retrouvé mort le 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier étaient accusés de l’avoir assassiné parce qu’il était homosexuel.

Les inculpés

Eric Parmentier (36 ans) était le chauffeur de la voiture dans laquelle Ihsane Jarfi était monté le 22 avril 2012. Il avait reconnu avoir porté des coups à la victime après avoir reçu une proposition homosexuelle. Il était également le seul accusé qui connaissait la région de Tinlot, là où avait été retrouvé le cadavre d’Ihsane Jarfi. Il a été déclaré coupable de l’assassinat d’Ihsane Jarfi avec la circonstance aggravante d’homophobie. Le jury a souligné le rôle majeur qu’il a tenu lors des faits.

Jérémy Wintgens (30 ans), présenté comme le second leader du groupe des quatre accusés, avait reconnu sa participation comme complice à un meurtre à caractère homophobe. Le jury l’a pourtant déclaré coupable de l’assassinat d’Ihsane Jarfi avec la circonstance aggravante d’homophobie. Le jury a souligné qu’il avait fait preuve d’un certain mimétisme en rapport à Eric Parmentier lors des faits.

Mutlu Kizilaslan (31 ans) accompagnait les auteurs la nuit des faits. Il prétendait n’avoir porté que deux coups à la victime et avoir assisté passivement à l’expédition lors de laquelle Ihsane Jarfi a été tué. Son avocat avait soulevé la question relative à la défense sociale, en soutenant que son client devait faire l’objet d’un internement. Le jury n’a pas suivi ses explications et l’a déclaré coupable de l’assassinat d’Ihsane Jarfi avec la circonstance aggravante d’homophobie.

Jonathan Lekeu (25 ans) avait été décrit comme un suiveur qui pouvait exploser dans la violence par mimétisme par rapport aux autres accusés. Il a été déclaré coupable de meurtre avec la circonstance aggravante d’homophobie.

Circonstance aggravante retenue

La circonstance aggravante d’homophobie a donc été retenue contre les quatre accusés. Le jury a notamment relevé qu’ils avaient admis avoir voulu donner une bonne leçon à Ihsane Jarfi en raison de son homosexualité. Toujours dans le dossier relatif à l’homicide, les quatre accusés ont été reconnus coupables de traitement inhumains, de traitements dégradants et de détention arbitraire. Par contre, le jury a écarté l’accusation de torture en faveur des quatre accusés.

En plus des faits relatifs à l’agression d’Ihsane Jarfi, deux accusés étaient poursuivis dans le cadre de l’agression commise en octobre 2011 sur un handicapé mental sexagénaire. Jérémy Wintgens et Jonathan Lekeu ont été reconnus coupables de vol avec violence dans ce volet du dossier.

Après le prononcé du verdict de culpabilité, la cour a décidé d’entendre déjà le réquisitoire du ministère public ce lundi en fin de journée. Les plaidoiries de la défense auront lieu mardi matin.

Perpétuité requise contre les quatre accusés

A l’issue du prononcé du verdict, le ministère public a présenté lundi soir son réquisitoire sur le niveau des peines à infliger aux quatre coupables. L’avocat général Marianne Lejeune a relevé au début de son réquisitoire que les faits retenus à charge des différents accusés sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité. Les accusés Kizilaslan et Parmentier pourraient aussi être sanctionnés d’une mise à disposition du tribunal de l’application des peines.

Le substitut délégué au poste d’avocat général Murielle Radoux a insisté sur le danger que représentent les accusés pour la société et sur leur risque élevé de récidive. Elle a souligné le caractère antisocial de la personnalité de Mutlu Kizilaslan, un impulsif qui n’est capable d’aucune remise en cause. Jonathan Lekeu a été décrit comme un garçon qui manque de limite et qui ne présente ni remord, ni sentiment de culpabilité. Avec une personnalité anxieuse et dépendante, il a adhéré aux valeurs d’un groupe.

Le ministère public a décrit Jérémy Wintgens comme un homme qui est agressif sous l’influence de l’alcool et qui présente de lourds antécédents judiciaires. Cet accusé a montré à plusieurs reprises une violence extrême et a été décrit comme souffrant d’une psychopathie sévère. Un portrait encore plus sombre a été dressé d’Eric Parmentier, auteur d’un parcours judiciaire important et décrit comme un psychopathe. Il est agressif et irritable.

L’avocat général Marianne Lejeune a réclamé ensuite aux jurés de ne retenir aucune circonstance atténuante en faveur des accusés. Elle a réclamé contre eux la peine de réclusion criminelle à perpétuité. Dans le cas de Wintgens et Lekeu, le maximum de la peine pourrait même être porté à 35 ans en raison d’un concours de crime.

Mardi matin, les différents avocats des quatre accusés présenteront leurs plaidoiries sur les peines. Après ces interventions annoncées sur 3 heures, la cour et le jury se retireront pour définir le taux des peines qui sanctionneront les coupables.

L’arrêt sur les peines devrait être connu mardi en milieu d’après-midi.