ASSISES DE LIÈGE -

Affaire Ihsane Jarfi : « L’homophobie a stimulé la dynamique de groupe »

La partie civile a relevé que deux mondes se sont opposés le soir des faits. Celui d’Ihsane Jarfi qui était doux, fatigué et vulnérable le soir des faits. A l’opposé, il y avait le milieu des accusés, excités et lâchés en meute.
La partie civile a relevé que deux mondes se sont opposés le soir des faits. Celui d’Ihsane Jarfi qui était doux, fatigué et vulnérable le soir des faits. A l’opposé, il y avait le milieu des accusés, excités et lâchés en meute.-BELGA

Pour le Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations, Ihsane Jarfi a été tué parce qu’il était homosexuel.

Les parties civiles ont évoqué jeudi matin devant la cour d’assises de Liège la circonstance aggravante qui se rapporte au caractère homophobe des faits commis par les quatre accusés de l’assassinat d’Ihsane Jarfi.

Le Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations s’est constitué partie civile, comme personne morale, pour intervenir lors du procès. Cet organisme lutte contre les différences de traitement fondées notamment sur la nationalité, sur la race, sur le handicap, sur la condition religieuse ou sur l’orientation sexuelle.

Une peine plus lourde

Me Sandra Berbuto a détaillé la circonstance aggravante qui se rapporte aux faits commis par les accusés. Lorsque le mobile d’un crime est la haine, l’hostilité ou le mépris d’un individu en raison de sa prétendue race, de sa nationalité ou encore de son orientation sexuelle, la circonstance aggravante peut être retenue et l’auteur doit être sanctionné d’une peine plus lourde.

«Ils ont aussi agressé l’homosexualité. Le message d’humiliation et de haine va bien au-delà de l’individu. La démarche du Centre interfédéral pour l’égalité des chances et la lutte contre les discriminations consiste à stigmatiser ces comportements-là, afin de ne pas les banaliser et les encourager. Les crimes de haine n’ont pas leur place dans notre société», a plaidé Me Berbuto.

L’homophobie a stimulé la dynamique

Me Justine Seleck a procédé à une analyse individuelle du comportement des accusés et a soutenu lors de sa plaidoirie que la circonstance aggravante d’homophobie doit être appliquée à tous les accusés. L’homophobie des accusés a stimulé leur dynamique de groupe.

Parmentier a dit s’être senti humilié de recevoir une proposition homosexuelle. Wintgens n’a pas frappé pour une autre raison. Lekeu a précisé qu’il ne serait rien arrivé à Ihsane Jarfi s’il n’avait pas fait cette proposition. Kizilaslan a annoncé publiquement son aversion pour l’homosexualité, laquelle est contraire à sa vision personnelle de la religion.

Un ami exceptionnel

A travers le procès de ses agresseurs, Ihsane Jarfi a été décrit par de nombreux témoins comme un ami exceptionnel. Une de ses amies, maman d’une petite fille qui était aussi la filleule de la victime, s’est constituée partie civile pour manifester cette amitié. Me Julie Coste a rappelé qu’Ihsane Jarfi a été décrit comme un homme que tout le monde appréciait et qui apportait du bonheur et de la joie de vivre.

La partie civile a relevé que deux mondes se sont opposés le soir des faits. Celui d’Ihsane Jarfi qui était doux, fatigué et vulnérable le soir des faits. A l’opposé, il y avait le milieu des accusés, excités et lâchés en meute. Me Coste a comparé le déchainement de violences des accusés au film «Orange mécanique». Ihsane Jarfi a été massacré et a été tué avec obstination et furie, selon elle.

Me Julie Coste a souligné le danger que constituent les accusés qui risquent de récidiver dès qu’ils retrouveront la liberté.