JUDICIAIRE -

Affaire Jarfi: «Une lâcheté inimaginable et rarement vue»

La haine et le mépris se sont ajoutés à la violence des auteurs. «Car, en plus d’être homosexuel, Ihsane Jarfi avait osé prier dans l’espoir d’échapper à la mort», a dénoncé Me Aline Biémar.
La haine et le mépris se sont ajoutés à la violence des auteurs. «Car, en plus d’être homosexuel, Ihsane Jarfi avait osé prier dans l’espoir d’échapper à la mort», a dénoncé Me Aline Biémar.-BELGA

Les avocats de la famille d’Ihsane Jarfi ont dénoncé ce mercredi après-midi devant la cour d’assises de Liège l’assassinat commis par Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier. Ils ont insisté sur l’intention homicide et sur la préméditation des faits mais aussi sur la lâcheté des auteurs.

Me Aline Biémar a affirmé que les quatre agresseurs ont mis en œuvre la nuit du 22 avril 2012 des moyens qui ne pouvaient avoir d’autre conséquence que celle de tuer Ihsane Jarfi. Elle a relevé plusieurs éléments qui démontrent que les accusés avaient l’intention de tuer.

Lorsqu’ils ont embarqué Ihsane Jarfi, ses agresseurs ont directement pris la direction de Tinlot. Les premiers coups ont été portés rapidement. Le jeune homme a été placé dans le coffre de la voiture lors d’un premier arrêt, frappé du pied et soumis à ses agresseurs. La haine et le mépris se sont ajoutés à la violence des auteurs. «Car, en plus d’être homosexuel, Ihsane Jarfi avait osé prier dans l’espoir d’échapper à la mort», a dénoncé l’avocate.

Pour Me Biémar, Ihsane Jarfi était recroquevillé lorsqu’il a encaissé une pluie de coups lors d’un second arrêt. Il est tombé inconscient mais les tortures se sont poursuivies avec des coups de poing, de pied, de genou et de coude. Ses agresseurs l’ont déshabillé pour s’assurer qu’ils ne laissaient pas sur lui des traces d’ADN ou de fibres.

«Trois psychopathes avérés et un suiveur»

Selon Me Biémar, cette scène ne s’est pas déroulée là où Ihsane Jarfi a été découvert. «Il y avait bien trop de traces à ce deuxième endroit qui est resté inconnu. Les auteurs ont donc replacé Ihsane Jarfi dans le coffre de la voiture pour aller le déposer dans un endroit où il n’existait pas de trace d’eux. Ihsane Jarfi a été jeté dans un endroit reculé où il a agonisé seul pendant plusieurs heures», a détaillé l’avocate.

«Ces faits sont d’une lâcheté inimaginable et rarement vue. Les accusés n’ont même pas le courage de le reconnaître. Ihsane Jarfi a vécu un calvaire d’au moins 75 minutes. Comment est-ce possible? Parce qu’il y a trois psychopathes avérés et un suiveur parmi les quatre accusés», a enchaîné Me Jean-Paul Reynders.

Cet avocat a soutenu que Jonathan Lekeu est un suiveur dangereux, que Jérémy Wintgens est un manipulateur capable de cruauté, que Mutlu Kizilaslan n’entre absolument pas dans le cadre de la loi de défense sociale et qu’Eric Parmentier est un homme particulièrement violent. Me Reynders a affirmé que ces quatre accusés ont composé un cocktail qui a entraîné, consciemment, la mise en place du processus criminel. Pour l’avocat, la préméditation s’est installée au cours de la scène, en même temps que le processus de mise à mort.