ASSISES DE LIÈGE -

Ihsane Jarfi : la cour d’assises de Liège sur les lieux de la découverte du corps

A la demande de certaines parties, la Cour avait décidé de procéder à une visite des lieux de la découverte du corps.

La cour d’assises de Liège a tenu lundi matin son audience publique au milieu d’un champ givré dans la région de Nandrin.

Ihsane Jarfi (32 ans), disparu depuis la nuit du dimanche 22 avril 2012, avait été retrouvé mort le 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Il a été la cible de nombreux coups violents qui ont entraîné sa mort. Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier sont accusés de l’avoir assassiné parce qu’il était homosexuel.

A la demande de certaines parties, la Cour avait décidé de procéder à une visite des lieux de la découverte du corps. Sous bonne escorte, le jury, les membres de la Cour et du ministère public, les avocats et les accusés ont été transportés sur place.

70 personnes sur le terrain

Environs 70 personnes ont fait partie de cette expédition. Deux véhicules tout-terrain de la police ont été nécessaires pour emmener les accusés en haut d’un chemin boueux et verglacé.

A la descente du bus, les jurés équipés de leurs bottes ont grimpé le chemin de terre boueux que les accusés avaient emprunté la nuit des faits.

C’est au bout de ce chemin, après avoir traversé une première prairie givrée, que la Cour a tenu son audience publique à l’entrée d’une seconde prairie.

Le président Philippe Gorlé a ouvert l’audience publique qui s’est tenue sous une température de 2 degrés, soit 2 degrés de moins que la nuit des faits.

Seul le conducteur s’est souvenu des lieux

Sur place, un mannequin matérialisait le corps d’Ihsane Jarfi à l’endroit où il a été découvert dans les hautes herbes.

Interrogés par le président, les accusés Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens et Jonathan Lekeu ont affirmé ne pas se souvenir de l’endroit. Seul Eric Parmentier a reconnu se souvenir de ce sentier boueux en montée de 437 mètres.

«Nous avons grimpé ce chemin d’une traite, en seconde vitesse, à fond. Cela est passé même si ce n’était pas évident de monter», a indiqué Eric Parmentier. Il a ajouté qu’il ne se souvenait pas que l’endroit où le cadavre a été déposé se trouvait aussi haut dans la prairie.

«Il a tout fait pour se souvenir de cet endroit de la manière la plus précise. Mais il ne peut pas se souvenir de tout», a estimé son avocat, Me Balaes.

L’avocat de Mutlu Kizilaslan, Me Moureau, a pour sa part souligné que les accusés avaient beaucoup bu et fumé du haschich le jour des faits. C’est pourquoi ils ne se souvenaient pas exactement de ce chemin de terre boueux qu’ils ont parcouru à la seule lueur des phares de la VW Polo que conduisait Eric Parmentier.

Difficulté d’accès

Les membres du ministère public ont fait remarquer que, la nuit des faits, les accusés ont emprunté ce chemin à bord d’une VW Polo avec les phares pour seul éclairage. La végétation était plus touffue et la lune n’éclairait pas l’endroit. Les membres du jury ont pu se rendre compte sur place de la difficulté de gravir ce chemin boueux.

L’audience publique a été levée vers 11h00. Elle reprendra au palais de justice de Liège à 14h00.

Cette audience était consacrée à la visite des lieux de la découverte du cadavre d’Ihsane Jarfi. Les jurés ont pu constater sur place la difficulté d’accès de l’endroit.

«Ihsane Jarfi n’avait pas une seule chance»

Les avocats de la famille d’Ihsane Jarfi ont estimé lundi que la visite des lieux a apporté des réponses aux questions qui subsistaient encore. Pour Me Aline Biémar, Ihsane Jarfi n’avait aucune chance de s’en sortir lorsqu’il a été amené et abandonné dans cet endroit par les quatre accusés.

«Pour les membres de la famille d’Ihsane Jarfi, c’était très dur de revenir sur place. Il faisait un froid pratiquement identique à celui de la nuit des faits, lors de laquelle Ihsane Jarfi a agonisé pendant 6 heures dans cette prairie. Il y avait beaucoup d’émotion parmi les membres de la famille. Beaucoup de questionnement aussi sur le côté carrossable de ce chemin emprunté par les accusés. Mais ces questions ont obtenu des réponses par le silence des accusés. Ihsane Jarfi avait-il une seule chance de s’en sortir? Après avoir visité les lieux, nous estimons qu’il n’aurait pas pu se réveiller à l’endroit où il a été laissé», a indiqué l’avocate.