JUSTICE -

Procès Jarfi : Jérémy Wintgens présente une psychopathie très sévère

Le procès Jarfi a laissé lesexperts psychiatres et psychologues s’exprimer sur les suspects.
Le procès Jarfi a laissé lesexperts psychiatres et psychologues s’exprimer sur les suspects.-BELGA

Les experts psychiatres et psychologues ont dressé ce mercredi un tableau impitoyable de la personnalité de Jérémy Wintgens, devant la cour d’assises de Liège au procès des accusés de l’assassinat d’Ihsane Jarfi.

Jérémy Wintgens présente une psychopathie très sévère. Il est narcissique et intolérant à la frustration.

Ihsane Jarfi (32 ans), disparu la nuit du dimanche 22 avril 2012, avait été retrouvé mort le 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Éric Parmentier sont accusés de l’avoir assassiné parce qu’il était homosexuel.

Le psychiatre Walter Denys, qui a réalisé l’expertise de Jérémy Wintgens, a relevé chez lui une instabilité manifeste née durant sa jeunesse et une intolérance à l’autorité. Il s’est montré susceptible, violent et parfois même sadique avec ses précédentes compagnes en frappant l’une d’elles immédiatement après une opération.

Pour le psychiatre, Jérémy Wintgens présente un fond antisocial. Il est doté d’une personnalité intransigeante et recherche la puissance. Il ne supporte pas les contraintes. Cette attitude s’est aussi manifestée lors de l’expertise de la psychologue Anne Massin. Lors de son entretien, Jérémy Wintgens s’est montré arrogant et manipulateur en tentant de prendre le contrôle de la conversation.

Pour le psychologue, Jérémy Wintgens est centré sur lui-même. Son discours vise le seul objectif de se déresponsabiliser. Il évoque les faits en terme de souffrance pour sa personne mais avec des expressions cyniques envers la victime. Jérémy Wintgens a la mémoire sélective. Il dit ne se souvenir que de «flash» mais c’est surtout pour apporter des éléments qui enfoncent les autres. En évoquant les faits, il se donne le moins mauvais rôle.

Le psychologue a souligné que Jérémy Wintgens a un sens grandiose de lui. Il est incapable d’empathie et considère que tout lui est dû. Il présente une agressivité et une grande impulsivité. Il refuse de gérer ses frustrations et, dans ce cas de figure, il est capable de passer à l’acte de manière très agressive. Jérémy Wintgens est narcissique et manipulateur. «Il relève d’une très sévère psychopathie. Il considère qu’il n’est pas tenu de se soumettre aux règles suivies par les autres», a souligné le psychologue.

Pas d’internement pour Kizilaslan

Les expertises réalisées sur Mutlu Kizilaslan ont démontré qu’il présente un niveau déjà important de psychopathie. Il a connu des épisodes de délire et un internement. Sa personnalité psychotique était aggravée par la consommation d’alcool et de stupéfiants. Selon le psychiatre, Mutlu Kizilaslan méprise les règles. Il se dit témoin des faits et minimise son rôle de participant en limitant ses gestes à quelques coups.

Le psychologue Serge Garcet a confirmé le diagnostic de psychopathie. Mais celui-ci n’entraîne pas de dépendance à la loi de défense sociale. Selon les experts désignés par la justice, Mutlu Kizilaslan ne doit pas être interné.

Un conseiller technique consulté par la défense, le Dr Goffioul, a par contre affirmé que Mutlu Kizilaslan présente une impulsivité et une agressivité graves qui perdurent depuis plusieurs années. Il se situe dans un dynamisme psychopathologique. Selon ce spécialiste, Mutlu Kizilaslan se trouvait au moment des faits dans un état de psychopathologie chronique grave et sous influence de substances qui ont modifié son psychisme, son discernement et sa volonté. Cet état nécessiterait un traitement médicamenteux prolongé et un internement.

Parmentier et Wintgens se disputaient le rôle de leader

Eric Parmentier et Jérémy Wintgens se disputaient le rôle de leader dans un rapport de force, a estimé un psychologue devant la cour d'assises.

Le psychologue Serge Garcet a tenté d'expliquer les différents rapports qui existaient entre les quatre accusés et la dynamique de groupe qui a pu influencer le déroulement des faits. L'expert a reconstitué le scénario le plus plausible qui s'est déroulé le 22 avril. Il s'agit d'une analyse tracée sur base d'hypothèses mais réalisée à travers les connaissances professionnelles de cet expert.

Serge Garcet a relevé que, dans le groupe des quatre accusés, il existait une rivalité entre Eric Parmentier et Jérémy Wintgens, deux structures psychopathiques. Parmentier se positionnait dans ce groupe comme un leader mais Wintgens, manipulateur, revendiquait cette position de leader. Il aurait aimé subtiliser cette position occupée par Parmentier.

Le psychologue a résumé, sur le plan psychologique, la succession d'événements qui se sont produits la nuit des faits quelques heure après que Wintgens fête son anniversaire. Cet événement lui avait permis de se mettre en avant et de bénéficier d'une inflation narcissique. Une bagarre est survenue, lors de laquelle Eric Parmentier est intervenu pour y mettre fin. C'est ce dernier qui, dans un jeu de pouvoir, a mis un terme à la bagarre et a maîtrisé Wintgens. L'un des leaders du groupe a donc pris l'ascendant sur l'autre.

Plus tard dans la soirée, lorsque les accusés ont abordé une fille dans la rue, c'est Jérémy Wintgens qui s'est exprimé et a pris le dessus dans le groupe. Il avait le besoin de se montrer. Après cet épisode, les accusés ont embarqué Ihsane Jarfi dans leur voiture. Il se serait alors produit la scène lors de laquelle Ihsane Jarfi a formulé des propositions homosexuelles, soit par jeu ou pour tenter de dédramatiser, sous une forme d'humour, une situation dans laquelle il se sentait menacé.

Confronté à une proposition de fellation de la part d'un homosexuel, Eric Parmentier n'aurait pas accepté qu'on touche à son intégrité virile. Il aurait porté les premiers coups à Ihsane Jarfi sous l'impulsion provoquée par cette frustration. Jérémy Wintgens, qui ambitionnait le rôle de leader, aurait senti l'obligation de réagir. « En frappant le premier, Eric Parmentier avait donné le feu vert et volé la vedette à Jérémy Wintgens. Wintgens, devant un public constitué de Lekeu et de Kizilaslan, avait besoin de se mettre en scène. Il a déclenché sa propre violence et l'emballement de la scène », a analysé le psychologue.

Jonathan Lekeu, à la recherche d'une reconnaissance face à ses modèles, et Mutlu Kizilaslan, réfractaire aux homosexuels, auraient frappé à leur tour. Le psychologue Serge Garcet voit dans l'attitude de Jonathan Lekeu une violence débridée de la part d'un élève qui aurait voulu dépasser le maître.

Plus loin dans l'expédition qui a coûté la vie à Ihsane Jarfi, Eric Parmentier serait intervenu pour mettre fin à la scène. Le psychologue analyse cette démarche comme celle d'un leader qui reprend le contrôle de son groupe et fait un rappel à la hiérarchie en utilisant une agressivité plus froide et psychopathique.