PROCÈS IHSANE JARFI -

Ihsane Jarfi a-t-il été tué pour son homosexualité? Ce qu’il faut savoir sur le procès

C’est ce lundi qui débute le procès des tueurs d’Ihsane Jarfi, le jeune Liégeois tué en avril 2012. La question qui transparaîtra durant tout le procès: l’homicide a-t-il été commis avec des circonstances aggravantes d’homophobie? Voici les éléments-clés du procès.

C’est un procès qui devrait durer quatre semaines et qui attire de nombreux regards, étant donné la nature des faits qui sont reprochés aux quatre accusés, mais surtout parce que la circonstance aggravante d’homophobie pourrait être reconnue contre eux.

Ce tragique fait divers avait suscité l’émoi au printemps 2012. Il fera l’objet d’un long procès de quatre semaines, durant lequel il s’agira de déterminer l’intention ou non qu’avaient les différents accusés. Voici les principaux acteurs du procès.

Les faits

Ihsane Jarfi avait disparu la nuit du dimanche 22 avril 2012 lors d’une soirée festive dans le centre de Liège. Il avait fréquenté «l’Open Bar», un night-club ouvert à tous mais fréquenté essentiellement par des homosexuels. Son corps avait été retrouvé le mardi 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Ihsane Jarfi, dénudé, reposait à proximité d’un pylône à haute tension au bout d’un chemin de terre boueux.

Ihsane Jarfi avait été victime d’une scène extrêmement violente. Son corps présentait de nombreuses lésions résultant de coups de poings et de pieds répétés. Abandonné alors qu’il était toujours en vie, Ihsane Jarfi a souffert d’une agonie prolongée.

Le soir de sa disparition, les clients de «l’Open Bar» l’ont vu monter à bord d’une VW Polo dans laquelle se trouvaient déjà quatre personnes. Cette voiture s’était immobilisée devant le night-club et, après avoir discuté avec les occupants, Ihsane Jarfi y serait monté volontairement.

Le jury

Près de 220 jurés ont été convoqués pour participer au tirage au sort en vue de former le jury, mercredi.

À l’issue du tirage au sort, un jury effectif de huit femmes et de quatre hommes a été constitué. Dix jurés suppléants (quatre femmes et six hommes) ont également été retenus pour former un groupe de 22 jurés.

Les accusés

Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Éric Parmentier sont accusés d’avoir assassiné Ihsane Jarfi mais aussi d’avoir commis ce crime avec la circonstance aggravante d’homophobie. Ils sont également accusés de vol avec circonstance aggravante de meurtre, de tortures, de traitements inhumains et dégradants et de séquestration avec circonstance aggravante d’homophobie. Ce sont les recherches et l’enquête de téléphonie qui ont permis aux enquêteurs de les interpeller, en 2012.

Jérémy Wintgens et Jonathan Lekeu répondront d’un deuxième contexte de faits après l’agression en octobre 2011 d’un handicapé mental âgé de 60 ans, embarqué de force dans une voiture pour être roué de coups et dépossédé de ses objets de valeur.

Mutlu Kizilaslan, un habitant de Grâce-Hollogne âgé de 30 ans, aurait reçu une éducation laxiste. Père d’une fille née quelques mois après les faits, il est décrit comme instable, introverti et violent sous l’effet de la frustration. Il avait fait la connaissance de Jérémy Wintgens durant sa jeunesse. Mutlu Kizilaslan est connu de la justice pour des faits d’incendie volontaire et de vol avec violence. Doté d’une personnalité borderline, Mutlu Kizilaslan prétend avoir adopté une position extérieure lors des faits et ne reconnaît avoir porté que deux coups de poing. Il sera défendu par Me Philippe Moureau et Me Dorothée Galopin.

Jérémy Wintgens, un Sérésien de 30 ans, est un impulsif et un narcissique qui se cache derrière une consommation d’alcool pour éviter d’expliquer son degré de participation aux faits. Il est déjà connu de la justice pour avoir tiré sur un voisin à l’aide d’une carabine à plombs et pour différents faits de coups et blessures. Jérémy Wintgens sera défendu par Me Jean-Louis Gilissen et Maxime Toller.

Jonathan Lekeu, un Sérésien de 25 ans qui est décrit comme influençable, aurait adopté un comportement de suiveur. Il se serait glissé dans le sillage des trois autres accusés le soir des faits. Il aurait entamé des démarches, depuis son incarcération, pour indemniser les parties civiles. Jonathan Lekeu sera défendu par Me Jordan Lecuyer et Me Alexandrù Lazar.

Éric Parmentier, un Flémallois de 36 ans père de deux enfants, aurait joué un rôle décisif la nuit des faits. C’est lui qui conduisait la voiture dans laquelle a été embarqué Ihsane Jarfi. Éric Parmentier est connu pour de nombreux faits délinquance et des incarcérations de longue durée. Il est dépeint sous une personnalité antisociale et psychopathique. Il est également manipulateur et menteur. Éric Parmentier a épousé en juillet 2014 Jessica S., condamnée pour meurtre en 2002 par la cour d’assises de Liège. Éric Parmentier sera défendu par Me Luc Balaes et Me Shirley Franck.

Les parties civiles

De nombreuses parties civiles assisteront au procès.

Me Jean-Paul Reynders et Me Aline Biémar défendront les intérêts de la famille d’Ihsane Jarfi.

Me Éric Lemmens et Me Élisabeth Kiehl défendront le compagnon de la victime.

Me Julie Coste et Me Fanny Crèvecœur sont les avocats du filleul d’Ihsane Jarfi.

Me Didier Grignard et Me Alexandre de Fabribeckers défendront les intérêts de la victime des faits annexes.

Enfin, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances sera représenté par Me Sandra Berbuto et Me Justine Seleck tandis que l’ASBL Arc-en-Ciel sera représentée par Me Pascal Rodeyns.

Les magistrats

Pour ce qui est du ministère public, l’accusation sera soutenue par l’avocat général Marianne Lejeune et par le substitut Murielle Radoux.

La présidence de la cour d’assises sera occupée par le juge Philippe Gorlé.