Chièvres

Un V1 sur la base aérienne: "Si c'est une bombe, il faut évacuer!"

"Si c'est une bombe, il faut évacuer la moitié de la ville de Chièvres!"-EdA
Les vestiges d'un V1 ont été découverts sur la base aérienne de Chièvres. À leur arrivée, les services incendie ne peuvent accéder au site, n’obtiennent aucun élément de réponse probant… Il s’avère en fait qu’aucune procédure de gestion de crise ne semble être prévue. Selon le député-bourgmestre, Bruno Lefèbvre, "on a assisté à une véritable catastrophe en matière de gestion de crise!".

L’entreprise anversoise Aertssen, chargée de travaux de dépollution sur la base aérienne, tombe inopinément, le 16 octobre, sur un vestige pouvant provenir d’une bombe.

La Défense nationale, propriétaire des terrains, est le maître d’œuvre de ces opérations. Les travaux sont immédiatement stoppés mais les services de secours ne sont prévenus que 2 h 1/2 plus tard…

À l’heure où les plans catastrophes sont monnaie courante, ce manque de proactivité, lors de travaux sur un site potentiellement dangereux, ressemble furieusement à de l’amateurisme de la part des responsables de la Défense nationale.

Une réunion surréaliste

Jeudi, Bruno Lefèbvre organisait une réunion dans les locaux de l’administration communale chiévroise. Pour l’occasion, étaient invités la société Aertssen, la Défense nationale, les services du Gouverneur et de la police du Shape, le commandement militaire de la base américaine, le service de déminage et les responsables de la Ville. L’objectif : Faire le point sur la situation et envisager une gestion en adéquation avec le problème. Cette situation est très claire pour le bourgmestre qui explique : "Actuellement, on a découvert les charges d’air qui composent un missile V1. Dans la conception de cette arme, ces charges se situaient à l’arrière de la charge explosive. Voilà ce que nous savons de manière certaine. Ce que nous ignorons, c’est ce qui se trouve encore dans le sol. " Quand on connaît les dégâts et les victimes que ces engins de mort ont semés durant la Seconde Guerre mondiale, il y a de quoi se montrer extrêmement prudent dans la gestion d’une telle découverte. Et pourtant… du côté des responsables de la Défense nationale, on estime qu’il n’y a qu’une chance sur 100 qu’il y ait encore d’autres vestiges dans le sol et que dès lors, il faut reprendre les travaux de dépollution entamés. Encore un exemple de surréalisme à la Belge ?

Selon le bourgmestre, qui n’en revient toujours pas de ce qu’il a entendu, "il est bien évidemment hors de question que ces travaux reprennent ! Aussi minime soit le risque, rien ne se passera sur ce site tant qu’une analyse approfondie du sol n’aura pas été réalisée et qu’un plan d’urgence spécifique ne soit élaboré"

À cet effet, le bourgmestre et les membres du collège communal ont pris un arrêté conservatoire et préventif interdisant tous les travaux sur le site et n’autorisant la reprise de ceux-ci qu’après avoir obtenu les garanties nécessaires. Le commandant de la base militaire américaine, le colonel Marvin Vannater, appuie de son côté la décision chiévroise. Pour lui, il est impensable que l’on puisse mettre en danger la vie des ouvriers, du personnel de la base et des Chièvrois.

"La Défense n’est pas contente du tout du fait que les travaux sont arrêtés", explique Bruno Lefebvre, le bourgmestre de Chièvres.
"Mais, à titre conservatoire, c’est notre décision. S’ils estiment qu’ils doivent passer outre, c’est leur problème."
"La réflexion du responsable des travaux et de la sécurité de la Défense nationale, c’est de dire que ce sont des travaux de dépollution d’anciennes cuves de kérosène ; qu’ils font des travaux comme cela régulièrement et qu’ils ne peuvent pas prévoir toutes les situations. Ça ne va pas évidemment. Si la société Aertssen, avec ses grues, frappe sur une bombe comme cela, imaginez les dégâts !"

"Si c’est une bombe V1, le périmètre d’évacuation doit être de 1 km 300 : c’est énorme ! Plus de la moitié de la ville de Chièvres est concernée."
"Lors de la découverte de l’engin, il s’est écoulé deux heures et demie avant l’appel des services incendie. Et quand le commandant des pompiers est arrivé sur place, on n’a pas laissé entrer et on ne savait pas lui indiquer où se trouvait l’engin ; il n’y avait aucune personne comme contact de référence."
"Le Service d’Enlèvement et de Destruction d’Engins Explosifs dit que, a priori, il n’y aurait qu’une chance sur cent de trouver la charge explosive, car elle a probablement dû exploser. Mais voilà : une chance sur cent, c’est une chance de trop. Donc l’arrangement vers lequel on irait c’est que d’abord ils nous font une analyse du risque. Ils doivent venir avec des détecteurs de métaux pour analyser le terrain ; et on a besoin d’une analyse de risque bien structurée, mais surtout, on a besoin de la procédure à appliquer en cas de problème : qui appelle qui, qui fait quoi, qui accompagne les services, quels services doivent intervenir…?"
"Nous sommes en outre sur la même longueur d’ondes que le commandant de la base américaine."

 

Une arme de représailles...

Le V1, abréviation allemande de "Vergeltungswaffe", traduit comme "arme de représailles", est une bombe autopropulsée à grand rayon d’action construite et employée par les Allemands en 1944 et en 1945. C’était le précurseur du fameux V2, beaucoup plus redoutable car plus rapide (vitesse du son) et difficilement détectable. Cette bombe, apparentée au missile et mue par pulsoréacteur, avait les mêmes caractéristiques qu’un avion sans pilote. Elle nécessitait néanmoins d’importantes rampes de lancement et n’avait qu’une portée et une vitesse réduites (300 km et 500 km/h).

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