BANDE DESSINÉE & EXPOSITION

Albert, vu par son cousin Jacques

Après «L’hôte», Jacques Ferrandez, l’auteur des «Carnets d’Orient» a adapté un autre Camus, «L’étranger». Il expose ses planches à Bruxelles.

Albert Camus et Jacques Ferrandez étaient faits pour se rencontrer, ne fût-ce qu’artistiquement. L’un et l’autre ont partiellement grandi en Algérie. Et une partie de la famille Ferrandez a longtemps tenu un magasin de chaussures en face de l’immeuble algérois où le romancier a passé son enfance.

«Ma grand-mère et sa maman étaient voisines: on y entendait souvent parler de lui », s’amuse le dessinateur, qui a consacré une grande partie de son œuvre à l’Algérie, avec ses Carnets d’Orient. Un classique (déjà), qui abordait la guerre d’Algérie sous son vrai jour, multiple et non manichéen. Et dans lequel apparaissait déjà, et Camus, et son œuvre. «Plus jeune, quand j’ai découvert sa littérature, et ce qu’il disait du conflit algérien, il y avait forcément des recoupements avec ce que je ressentais. Camus est finalement comme un lointain cousin. »

Cette « proximité affective» a poussé Jacques Ferrandez à tenter l’aventure Camus en bande dessinée. Il a d’abord adapté L’Hôte, une nouvelle méconnue tirée du recueil L’Exil et le Royaume. Avant de se pencher sur L’Étranger en 2013. Rien que ça. Mais entre-temps, Ferrandez avait reçu l’appui de Catherine Camus, la fille de l’autre. «Elle n’est pas sectaire. Et elle adore la BD: dans son bureau se trouve notamment une affiche des rats de Ptiluc occupés à mâchonner un exemplaire de La peste. C’est dire

En bonne bédéphile, sans doute l’héritière de la famille Camus avait-elle été rassurée par le travail de Ferrandez sur Les Carnets d’Orient. C’est aussi ce qui a libéré l’auteur, qui espère bientôt sortir une troisième adaptation. Et qui restitue admirablement l’atmosphère éthérée de L’Étranger dans ce somptueux album, dont les planches originales sont exposées jusqu’au 2 novembre à la galerie Champaka. «J’y suis allé à l’instinct, dit-il. Si on réfléchit au fait que ce livre a, depuis sa sortie en 1942, bercé des générations de lecteurs, on pose le crayon et on arrête. Mais c’est sûr que de bien connaître Alger, et plus précisément le Alger de Camus, m’a beaucoup aidé. »

Tintin pour modèle

Meurseault, le héros et narrateur, possède en outre un profil très contemporain, presque en avance sur son temps, celui de l’antihéros, si tendance aujourd’hui. «Il était jeune, timide et ne connaissait pas bien ce pays où l’on exagérait de façon outrancière ses émotions. Pour le croquer, vous allez rire, mais j’ai pensé à… Tintin. Lui aussi est lisse, presque transparent. Et au final, tout le monde peut s’identifier à lui

«L’Étranger», Camus/Ferrandez, Gallimard, 136 p., 22€.

Exposition Ferrandez, jusqu’au 2/11 à la Galerie Champaka. Infos: www.galeriechampaka.com.

Suivez notre page Culture sur Facebook