Guerre 14-18

Massacres de 14-18: on tue femmes, personnes âgées, écoliers et bébés à Dinant

Massacres de 14-18: on tue femmes, personnes âgées, écoliers et bébés à Dinant

Le quartier Saint-Médard, champ de ruines. À droite, l’hôtel des Postes ; dans le fond, sur la hauteur, le collège de Bellevue. Coll. Christophe Liégeois

Parmi les localités touchées par l’invasion allemande d’août 1914, Dinant tient une position toute particulière.

La ville est presque entièrement détruite. Elle dénombre le plus grand nombre de victimes civiles, près de 700 habitants, sous les balles allemandes. Il ne fait plus de doute, aujourd’hui, que ce crime de guerre fut prémédité. Il est l’œuvre de la 3e armée allemande.

Ces troupes sont commandées par le général von Hausen. Elles composent, en fait, l’armée royale de Saxe. Celle-ci entre en Belgique après le 15 août, après avoir effectué sa concentration dans la région de Bitburg. Durant les premières journées de la guerre, elle entend les premiers récits d’atrocités commises par les supposés francs-tireurs belges. Ces rumeurs décrivent les Belges comme des tortionnaires capables d’achever les blessés, de torturer les cadavres et d’empoisonner les soldats allemands. Les troupes allemandes qui pénètrent sur le sol belge sont persuadées qu’elles risquent d’être attaquées par des tireurs embusqués, aussi appelés francs-tireurs, constituant de véritables armées commandées par les élites civiles et surtout religieuses.

Le mot d’ordre est de se préparer à une résistance armée de la part des populations, et de l’anticiper par des mesures d’une extrême rigueur. Alors que toutes les forces allemandes opèrent vers le sud, l’armée saxonne part de l’est vers l’ouest. Elle choisit d’emprunter les passages de Dinant, Houx et Hastière. Elle se heurte à une forte résistance qu’elle attribue à de faibles troupes françaises épaulées par les habitants de ces localités. Des tentatives d’entrer à Dinant et de prendre le pont avaient déjà échoué le 15 août et la nuit du 21 au 22. Alors que l’État-Major préparait l’offensive du 23 août, des rumeurs de combats contre des civils lui avaient été communiquées depuis Marche et Dorinne. Les troupes allemandes conçoivent leur prise de Dinant comme un affrontement violent avec ses habitants.

On nous a donné l’ordre de tuer

Lorsque l’ordre d’offensive générale est donné, le 23 août, ces troupes sont situées sur le plateau dominant Dinant, qui a la réputation d’abriter des francs-tireurs partisans de la France. Le général von Hausen commande à ses troupes de massacrer les Dinantais comme le prouve le témoignage d’un soldat du 108e régiment d’Infanterie :

« On nous a donné l’ordre de tuer tous les civils qui nous tiraient dessus, mais les hommes de mon régiment et moi-même nous avons tiré sur tous les civils que nous avons trouvés dans les maisons d’où nous soupçonnions que les coups étaient partis. De cette façon, nous avons tué des femmes et des enfants. Nous ne l’avons pas fait de gaieté de cœur, mais nous avions reçu des ordres de nos officiers supérieurs pour agir de cette façon, et pas un seul soldat dans l’armée d’active ne voudrait désobéir à un ordre du commandement supérieur. ».

De Leffe au Froidvau

Au total, 674 civils sont exécutés.

Dans le quartier de Leffe, atteint tôt le 23 août, tous les hommes rencontrés par les troupes d’invasion sont passés par les armes. Plusieurs exécutions collectives ont lieu à la Cliche de bois (en face de l’abbaye) et à la Papeterie (actuelle salle La Rochette dans les fonds de Leffe). Les régiments qui empruntent la rue Saint-Jacques se contentent de fusillades plus sporadiques dans un quartier déserté après l’attaque nocturne du 21 août et soumis à un feu nourri venant de la rive opposée.

Les soldats qui descendent par la Montagne de la Croix procèdent à un nettoyage systématique des maisons du quartier Saint-Nicolas (entre l’hôtel de ville et la prison). Hommes et femmes sont rassemblés dans une forge du quartier Saint-Roch et dans la prison.

En fin de journée, un groupe est conduit arbitrairement devant le mur Tschoffen, place d’Armes. Une centaine d’hommes sont la victime des tirs d’un peloton d’exécution. Au même moment, une mitrailleuse est mise en action en direction de la cour de la prison. Les victimes y sont moins nombreuses.

Au sud de la ville, les troupes allemandes utilisent la route du Froidvau pour atteindre la Meuse. Le quartier est vidé de ses habitants. Des barques sont envoyées de l’autre côté de la Meuse, à Neffe pour sécuriser le passage du fleuve. Les civils sont traqués. Certains, ayant trouvé refuge dans un passage sous la voie ferrée, sont attaqués par des tirs de fusils et des jets de grenade. Des dizaines de morts sont retirés de l’aqueduc, dont des femmes et des enfants.

Un groupe de civils maintenus sous surveillance au pied du rocher Bayard est poussé devant le mur de la propriété Bourdon. Prétextant un coup de feu tiré de la rive opposée, un officier allemand ordonne une exécution. Plus de 80 habitants sont tués dont des femmes, des personnes âgées, des écoliers et des bébés. Plusieurs familles sont exterminées.

Les hommes survivants sont rassemblés et dirigés vers l’Allemagne. Ils seront emprisonnés à Cassel et ne reviendront à Dinant qu’en novembre 1914. Le 24 août, la chasse à l’homme continue en ville. Les maisons sont systématiquement pillées puis incendiées.

À la fin du mois, la ville n’est plus qu’un tas de ruines. Les cadavres sont enfouis dans le sol à la hâte. Dinant est devenu un gigantesque cimetière.

Salut, beau régiment de France

Heureuses, les personnes matinales. Aujourd’hui même, à 6 h 1/2, elles ont assisté à un bien beau spectacle. Les héros de Dinant étaient là : tout un beau régiment de France passait.

À nos vaillants alliés, notre salut le plus cordial. Une troupe superbe, son allure disait sa force, la fermeté de sa marche, une discipline allègrement portée, des visages mâles et des yeux résolus et brillants.

Namur brillait du désir de voir les pantalons rouges, elle les a vus à son aise et les a acclamés avec entrain. Des vivats résonnaient en écho sur tout leur parcours : «Vive la France !». Nous entendons un officier crier lentement et fermement : «Vive la Belgique !»

Les soldats étaient heureux : ils sont chez leurs frères et ils lançaient de joyeux lazzi :

– Nous les avons eus à Dinant !

– Vous les tuerez tous !

– Tous, jusqu’au dernier !

(L’Ami de l’Ordre)

La situation

Les habitants de la position de Namur sont priés de ne pas s’émouvoir des tentatives de bombardement auxquelles l’ennemi se livre, ni de l’action énergique de plusieurs forts. La situation véritable ne se reflète pas dans ces incidents.

Les opérations qui se déroulent dans nos environs nous sont favorables, et nos forts ainsi que nos troupes alliées sont capables de tenir en échec les hordes allemandes et de réserver notre ville.

(L’Ami de l’Ordre)

Le passage de troupes françaises à Namur indique que la liaison est complète entre les troupes alliées. Les attaques contre notre position fortifiée sont certaines. Elles ont commencé et se poursuivent. Mais la situation se présente sous de très bonnes conditions.

Nous pouvons dire de la façon la plus formelle que le fort de Marchovelette n’est ni pris ni démantelé et qu’aucun intervalle n’a été forcé. Le bombardement a duré environ 1 h 1/2. Il a cessé exactement à 10 h 25.

(L’Ami de l’Ordre)