Athlétisme

Rencontre avec la maman de Nafissatou Thiam: «elle a toujours voulu tout réussir»

La maman de Nafissatou Thiam est, elle aussi, une spécialiste des épreuves combinées. C’est sans doute elle qui donné à sa fille le virus de la compétition.
La maman de Nafissatou Thiam est, elle aussi, une spécialiste des épreuves combinées. C’est sans doute elle qui donné à sa fille le virus de la compétition.-EdA - Florent Marot
Rencontre exclusive avec Danièle Denisty, la maman de Nafissatou Thiam, sportive de haut niveau également.

«Je suis peut-être responsable d’une part infime de son parcours mais tout le mérite lui revient. Nafi connaît la valeur des choses. Sans voiture, elle a dû rallier l’entraînement après ses journées à l’école. Et c’est elle qui a toujours voulu que ce soit comme ça. Quand ma fille veut quelque chose, n’essayez pas de vous mettre en travers de son chemin! C’est vrai dans tous les domaines. Je crois qu’elle est la seule de la famille à qui j’ai dû dire qu’il était temps d’aller au lit et d’arrêter d’étudier. Nafi est un cas à part.»

Et une étoile de l’athlétisme. Qui, aux yeux de sa maman, brille depuis son plus jeune âge. «Cela ne m’a jamais étonné que Nafi se dirige vers les épreuves combinées. A l’école, elle aimait tout et ne voulait pas choisir entre deux matières. Donc, s’il y avait un heptathlon des cours que l’on suit en classe, je pense sérieusement qu’elle l’aurait fait. Regardez son parcours scolaire! Elle a suivi, entre autres, des cours d’ergothérapie, de biologie médicale, de kinésithérapie et, maintenant, de géographie.»

C’est en voyant sa maman à l’œuvre que Nafissatou Thiam s’est mise au sport. «J’étais accroc et Nafi m’a suivie. Elle ne voulait pas privilégier une discipline plus que l’autre mais, quand son entraînement a commencé à prendre des proportions plus importantes, elle m’a avoué ne pas comprendre pourquoi elle devait augmenter le volume et passer à trois séances par semaine.»

On dira, pour ceux qui la connaissent depuis qu’elle est apparue au plus haut niveau, que c’est du Nafissatou en plein. Toute en facilité. Sauf qu’elle a effectué beaucoup de sacrifices depuis lors. «Avec tous les trajets qu’elle a faits durant tant d’années, elle mérite vraiment ce qui lui arrive aujourd’hui.»

Rapidement, Danièle Denisty avait cru déceler une future championne en sa fille. «Bien sûr, tous les parents trouvent leurs enfants exceptionnels, dit-elle. Mais ce qui m’impressionne le plus chez Nafi, c’est la maturité précoce qu’elle a eue. Elle n’a jamais voulu choisir entre le sport de haut niveau et les études. Elle sait que, pour vivre de l’heptathlon, il faut vraiment tout gagner. Donc, elle s’est rapidement organisée pour tout gérer. Et là, chapeau à elle! Je suis épatée par sa capacité à tout mener de front sans sembler épuisée.»

Nafissatou Thiam a débuté en compétition à l’âge de huit ans. Quatre années plus tard, elle accepte de s’entraîner une fois de plus par semaine. «Ce que son frère, pourtant très bon sur 400m, n’a pas voulu faire», explique Danièle, âgée aujourd ‘hui de 48 ans.

Et c’est à 13 ans que se posent les questions. «Ses entraîneurs voyaient qu’elle avait un certain potentiel. Donc, ils ont dit qu’il fallait redoubler d’ardeur. Elle a relevé le défi.»

On sait où tout cela l’a menée. Aujourd’hui, Nafissatou Thiam illustre à merveille la mixité.

«Quand on est arrivés dans la banlieue namuroise, tout le monde lui martelait qu’elle était brune. C’est vrai et alors? Je suis fière de cela. Mais vous devez savoir que celle qui porte le pagne à la maison, c’est moi, pas elle. Elle a un sentiment belge plus développé que le mien. Elle ne comprend pas que les gens ne mettent pas leur belgitude plus en avant. Elle est d’ailleurs incollable sur l’hymne national. Cela dit, c’est une belle chose qu’elle ait des racines sénégalaises. Elle n’y est plus allée depuis l’âge de quatre ans mais elle veut y retourner et voir d’où elle vient. Elle apprécie la culture sénégalaise. Elle en aime aussi la nourriture, sauf le poisson. Quand elle vient à la maison, il m’arrive d’ailleurs souvent de cuisiner africain. Elle raffole du riz saupoudré d’une sauce cacahuète.»

Aujourd’hui, Nafissatou passe beaucoup de temps devant les caméras de télévision, statut d’élite sportive oblige. «Je suis assez surprise de l’aisance avec laquelle elle parle devant les médias et de son relâchement, avoue sa maman. A la maison, Nafi est assez discrète. Elle ne parle pas beaucoup. Cet aspect-là de sa nature, je peux vous assurer qu’elle ne le tient pas de moi. Par contre, même si elle ne le montre pas toujours, Nafi est très sensible. Elle aime bien être rassurée par rapport à ce qu’elle fait. Quand elle achète un vêtement, elle veut l’avis de sa sœur.»

Mais à la voir se produire en compétition, on aurait surtout l’impression que Nafi est sûre d’elle.