Une étude suisse met l’Europe en garde

La vache symbolisant le secteur laitier a été malmenée devant le Parlement européen.
La vache symbolisant le secteur laitier a été malmenée devant le Parlement européen.-

Au milieu de la Place du Luxembourg, à Bruxelles, devant le Parlement européen, il y a de l’herbe. Et mercredi dernier, on y a même vu des vaches.

Pas des vraies, mais les agriculteurs qui les accompagnaient étaient, eux, bien authentiques.

La vache suisse, la rouge, a fini sur le dos, à force d’être malmenée par des individus portant l’inscription «market libéralisation», libéralisation du marché. L’avertissement est clair, et il s’adresse à l’Union européenne.

La Suisse, qui n’est pas membre de l’UE et ne dépend donc pas de la PAC, avait aussi mis en place des quotas laitiers, mais les avait supprimés entre 2006 et 2009. Une étude de la Haute École spécialisée de Berne a analysé l’impact de cet abandon des quotas.

Première grosse conséquence: une perte de la valeur du lait, plus importante que prévu. Entre 2002 et 2012, le lait suisse destiné à l’industrie a perdu 24% de sa valeur. «Les mauvais prix imposés sans répit aux producteurs de lait ont poussé bon nombre d’entre eux à mettre la clé sous le paillasson», a déploré Werner Locher, représentant des éleveurs laitiers suisses.

Des «temps très durs» pour l’UE

Deuxième mise en garde: le chacun pour soi a empiré les choses. La baisse annoncée des prix devait être limitée grâce à la collaboration des acteurs du marché. Il s’agissait de mettre en place des mesures privées de gestion des volumes de production. Mais cette collaboration n’a pas fonctionné, à cause des désaccords entre ces acteurs.

Troisième constat: les transformateurs (laiteries) ont renforcé leur position sur le marché suisse après la suppression des quotas. Aux dépens, principalement, des producteurs.

L’étude a également épinglé la gestion des volumes supplémentaires de lait qui ont été produits: cette croissance s’est portée essentiellement sur le beurre et le lait en poudre, dans des quantités qui excèdent la demande suisse et dont l’exportation ne rapporte rien ou presque.

«L’Union européenne va, elle aussi, au-devant de temps très durs», a prévenu Romuald Schaber, président du European Milk Board, l’association européenne des producteurs de lait. Selon l’étude, l’équilibre des forces dans le secteur laitier européen est défavorable aux producteurs.

«Des régions entières risquent de perdre entièrement leur production laitière», s’est inquiété Romuald Schaber, alors que les bonshommes de la «market libéralisation» commençaient fort symboliquement à s’en prendre à la deuxième vache, la bleue, ornée du drapeau étoilé.