LITTERATURE

Marcel Pagnol, entre émotions et rires 40 ans après sa mort

Né le 28 février 1895 à Aubagne, Marcel Pagnol est mort le 18 avril 1974 à Paris. Il a été élu en 1946 à l’Académie française.
Né le 28 février 1895 à Aubagne, Marcel Pagnol est mort le 18 avril 1974 à Paris. Il a été élu en 1946 à l’Académie française.-Reporters

Il y a quarante ans, mourait Marcel Pagnol. Dans l’ouvrage qu’elle lui consacre, Karin Hann détaille les émotions humaines dont son œuvre regorge.

Karin Hann a été la première, il y a vingt ans, à consacrer une thèse à l’écrivain-cinéaste qu’elle vulgarise aujourd’hui dans Marcel Pagnol. Un autre regard, nouveau titre de la collection Le roman des grands destins. S’appuyant sur de nombreux extraits de ses pièces, de ses livres et d’autres écrits, elle met en évidence les lignes de force qui traversent son œuvre: les mères célibataires, la figure du père mêlant amour et pudeur, l’amour éternel, celui des mots, le mélange de poésie et d’humour. «On fait rimer pagnolade et galéjade, mais en étudiant son œuvre, on se rend compte qu’il n’en est rien, explique-t-elle. J’ai voulu montrer l’extraordinaire richesse de son style qui, derrière son apparente facilité, son accessibilité, est très travaillé.»

Son ouvrage s’ouvre sur La Gloire de mon père et Le Château de ma mère que Marcel Pagnol a écrit passé soixante ans. Osant un parallélisme avec La Recherche du temps perdu de Proust, Karin Hann parle du «ressouvenir de l’écrivain»: c’est l’adulte qui ravive les images de son enfance. «Il y a un va-et-vient entre l’enfant qu’il retrouve en lui et fait parler, qu’il met en scène avec des phrases enfantines, et toute cette nostalgie qui résonne comme un silence derrière les mots, précise-t-elle. C’est le Pagnol adulte qui se retourne sur sa vie, qui repense à ce qu’il nomme ses “ chères ombres ”: sa mère morte lorsqu’il avait 13 ans, son petit frère Paul, son ami Lilli des Belons. Lorsque, dans La Gloire de mon père, il tente de rejoindre son père et son oncle partis sans lui à la chasse, il a cette phrase très belle: “ N’allais-je pas me perdre dans ces solitudes? ”. Jacqueline, sa veuve, m’a dit que sa plume avait saigné à chaque page de ces souvenirs d’enfance.»

L’un des thèmes récurrent de son œuvre, de Fanny, dans la trilogie marseillaise, à Florette, dans L’Eau des collines, est ce que l’on appelait à l’époque la fille-mère. «La femme qui tombe enceinte sans l’avoir souhaité et qui doit élever son enfant seule revient effectivement sans arrêt», confirme Karin Hann. «Même quand il adapte des œuvres d’autres écrivains, comme Naïs d’après Zola ou Angèle d’après Giono. C’est lié à un secret de famille: avant d’épouser son père, sa mère a mis au monde un enfant qui est mort à un peu plus d’un an. Cette blessure familiale a été le tremplin de son imaginaire. C’est autour de lui qu’il n’a cessé de créer.»

Franchissant les décennies, Marcel Pagnol est adopté par les nouvelles générations. Ses pièces sont régulièrement jouées (récemment par Francis Huster) ou transposées sur écran (par Daniel Auteuil), ses livres se vendent avec constance et sont adaptés au cinéma (par Claude Berri, Yves Robert ou toujours Daniel Auteuil) ou en bandes dessinées (par Jacques Ferrandez). C’est dû, pense Karin Hann, à leur qualité et à leur universalité bien sûr, mais aussi au subtil mélange de drame et de comique. «J’ai beau connaître son œuvre par cœur», s’étonne-t-elle, «elle continue à m’émouvoir et à me faire rire.»

+ Karin Hann, «Marcel Pagnol, un autre regard», Éditions du Rocher, 279 p., 21€

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