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Tournai: un vestige médiéval par terre

Le porche gothique avait été démonté après la guerre de son lieu d’origine, rue du Four Chapitre (voir notre photo d’époque, créditée Messiaen, archives Archéologie industrielle  AIT, dans l'article), pour être exposé au musée d’histoire et d’archéologie. Il a été démoli lundi.
Le porche gothique avait été démonté après la guerre de son lieu d’origine, rue du Four Chapitre (voir notre photo d’époque, créditée Messiaen, archives Archéologie industrielle AIT, dans l'article), pour être exposé au musée d’histoire et d’archéologie. Il a été démoli lundi.-EdA
Un vestige médiéval exposé et préservé dans le jardin du musée d’archéologie s’est retrouvé par terre. Les défenseurs du patrimoine sont en colère.

Un porche gothique en pierres de Tournai, datant de la fin du XIVe siècle voire du début du XVe , a été détruit lundi à Tournai lors de la mise en place du chantier de destruction et de reconstruction d’un mur de la ruelle du Mont-de-piété. Il se trouvait dans le jardin Lapidaire du musée d’histoire et d’archéologie depuis l’après-guerre. C’est Paul Rolland, historien tournaisien de l’époque, qui avait pris la décision de sauvegarder cet important élément du patrimoine tournaisien. La pièce se trouvait jadis le long de la rue du Four Chapitre, en façade de l’ancienne maison du dentiste Soetens ravagée par les bombardements allemands de mai 40.

« Énormément d’incompréhension »

Le porche gothique avait donc pu être sauvegardé tant bien que mal jusqu’à cette semaine. C’est peu dire que sa «destruction» provoque la colère et l’incompréhension au sein de l’association Pasquier Grenier qui œuvre pour la défense du patrimoine tournaisien. Tristesse, colère et incompréhension sont les sentiments qui prédominent. «Nous sommes scandalisés, la ville ne peut pas dire qu’elle ne savait pas que cet élément construit en pierres de Tournai se trouvait à cet endroit. J’ai envoyé personnellement plusieurs courriers au collège communal à ce sujet. Elle n’a pris aucune précaution et fait aucun inventaire de cet élément unique comme ça aurait dû être fait», regrette Benoît Dochy, administrateur de l’ASBL.

Le porche était encore surmonté de son arcade d’origine voici trois ans, mais celle-ci s’était retrouvée par terre quand la ville avait enlevé le lierre qui recouvrait la plupart de ses pierres. Cette fois, c’est le porche qui s’est retrouvé en plusieurs morceaux. «C’était un élément majeur du patrimoine tournaisien, qui faisait partie intégrante du musée d’histoire et d’archéologie. Dans n’importe quelle autre ville on aurait préservé et mis en valeur cet élément, mais visiblement pas à Tournai».

Benoît Dochy n’ignore pas que le porche était en mauvais état. Mais ça n’excuse rien, dit-il. «Il aurait fallu rigidifier les structures avec descarcans de bois, voire démonter pièce par pièce les éléments sous la surveillance d’un archéologue.Mais là, on ne savait pas s’y prendre plus mal. Je crains même que des éléments de soubassement sont partis à la décharge…»

Peut-être une faille

Du côté de la ville, l’échevin en charge des travaux, Armand Boite, regrettait la façon avec laquelle les choses se sont déroulées. «Ces travaux de sécurisation étaient nécessaires mais je n’ai pas encore tous les éléments en ma possession pour dire de quelle manière exactement ça s’est passé et quel a été le rôle de l’entreprise et des ouvriers communaux».

Le porche devait être déplacé, c’est clair, mais il aurait fallu alors prévoir d’effectuer la manœuvre de manière à causer le moins de dégâts possible. «Il y a peut-être eu une faille, il n’y a peut-être pas eu assez de précautions.

Cela dit, voyons les choses en face: ce porche a été laissé tel quel pendant des décennies, on a laissé le lierre prendre racine entre les pierres et le temps faire son œuvre. L’ensemble était devenu extrêmement fragile et les pierres devenues friables».

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