La pieuvre du béton

-Reporters

Derrière les chiffres préoccupants de l’évolution des surfaces commerciales, se cache une autre réalité: le bétonnage des campagnes.

Il suffit de traverser la plupart des villes wallonnes pour se rendre compte de la disparition des commerces. Des vitrines tapissées de papiers, des façades lépreuses, des quartiers qui se vident et des clients qui filent ailleurs…

Le phénomène n’est pas neuf mais son ampleur va grandissant, selon un atlas publié par l’Université de Liège qui met en parallèle l’affaiblissement du commerce et l’expansion des grandes surfaces en périphérie des villes. Résultats, 13% des surfaces commerciales sont vides en Wallonie…

Directement concerné par cette «prolifération anarchique» des commerces hors des villes, le Syndicat des Indépendants et des PME réclamait hier des mesures efficaces pour revitaliser les centres urbains. En insistant sur des réglementations plus strictes pour la localisation des nouvelles implantations. Il y va de la survie du petit commerce et de la vie des centres-villes en général, explique le SDI. Un constat préoccupant pour l’économie et pour l’emploi auxquels s’ajoutent d’autres dommages: l’abandon des logements urbains, les problèmes de mobilité et de rejets de CO2 , la dépendance des personnes socialement défavorisées…

À ce plaidoyer, il faut encore ajouter la destruction des terres mangées quotidiennement par le béton et le bitume. Au rythme actuel de l’étalement des villes, constate l’Onu, 300 000 km2 de surfaces agricoles disparaissent chaque année. Soit l’équivalent de la superficie de l’Italie!

La Wallonie n’est pas en reste. Sur les 30 dernières années, ce ne sont pas moins de 70 000 ha de terres agricoles qui ont été grignotées par les activités économiques, selon des chiffres de la Conférence permanente du développement territorial. Et la pieuvre du béton continue à étendre ses tentacules à travers la campagne, toujours de façon irréversible.

Même s’il n’est pas celui qui mobilise le plus, ce défi devrait aussi s’imposer au prochain gouvernement wallon.