Cinéma

Un psy belge fait le buzz aux USA

Samuel Leistedt, 36 ans, enseignant et psychiatre à la Défense sociale de Tournai.
Samuel Leistedt, 36 ans, enseignant et psychiatre à la Défense sociale de Tournai.-EdA

Les psychopathes sont-ils correctement représentés dans le cinéma? L’étude du psychiatre Leistedt passionne les États-Unis. Voici pourquoi.

Publiée au début de cette année, l’étude de Samuel Leistedt, 36 ans, enseignant et psychiatre à la Défense sociale de Tournai, a fait l’objet d’un article dans un journal scientifique américain à très gros tirage.

Depuis lors, il a reçu des centaines de sollicitations de la presse américaine mais aussi d’un peu partout dans le monde. Il a par exemple été soumis au feu nourri des questions d’un journaliste du New York Times, pendant deux heures.

« Teaching movies »

Son étude a aussi suscité beaucoup de débats chez les blogueurs. «Ce n’est jamais qu’une opinion que j’ai proposée, nous dit-il. Des gens étaient d’accord avec moi mais j’ai reçu aussi des tas d’insultes. Mais je trouve la discussion intéressante.»

Pourquoi ce buzz? «D’abord, je n’ai pas très bien compris cet engouement. Ma motivation de base était d’améliorer la pédagogie, sachant que j’enseigne la psychologie générale et médicale de même que la psychiatrie légale à l’ULB et à l’UMons, pour le troisième cycle. Le comportement d’un psychopathe n’est pas facile à expliquer à des étudiants. Un film est plus parlant… Le monde anglo-saxon est très sensible à la pédagogie. Je crois que c’est ça qui fait que mon travail a secoué pas mal de gens. Un journaliste a employé l’expression de teaching movies – littéralement “ films pédagogiques ” – pour décrire ce qui est un concept nouveau.»

400 films analysés

Pendant trois ans, avec son collègue Paul Linkowski de l’ULB, mais aussi avec une équipe de discussion d’une dizaine de personnes, il a analysé 400 films du monde entier dans lequel apparaissent des «méchants», afin de voir si les psychopathes y sont représentés de façon correcte par rapport à ce qu’on en sait sur un plan scientifique (lire l’autre article).

«J’ai regardé tous les films au moins deux fois, raconte Samuel Leistedt. On en a éliminé 274, et notamment tous ceux dont les personnages étaient liés à des pouvoirs paranormaux, car on n’est pas dans le réel. Et sur les 126 que nous avons gardés, il y en avait finalement assez peu – entre 10 et 20% – qui correspondaient au profil des psychopathes que nous rencontrons au quotidien.»

« C’est ça, un psychopathe »

Le commissaire de police que campe Gérard Depardieu dans «36, quai des Orfèvres» fait partie des personnages que Samuel Leistedt a retenus pour son enseignement.

«Depardieu joue vraiment très bien, et ça compte dans le rendu d’un personnage psychopathique, dit-il. Il veut devenir commissaire en chef mais il est en rivalité avec un ami. Il n’hésitera pas à mentir et à faire condamner son rival, et même à laisser mourir quelqu’un pour arriver à ses fins. Car c’est ça, un psychopathe: Quelqu’un qui n’a aucune empathie pour autrui, qui n’a pas ou très peu accès aux émotions, et qui donc n’éprouve aucun sentiment de culpabilité.»

A-t-il été contacté par des producteurs, tels Martin Scorsese, qui parfois n’hésitent pas à aller à la rencontre des psychiatres pour que leur personnage de psychopathe soit le plus vrai possible? «Non, je n’ai pas encore été contacté, rigole-t-il. Mais j’ai eu l’occasion de rencontrer l’écrivain Stephen King qui m’a raconté qu’il était capable de passer des mois avec un psychologue avant de décrire un psychopathe.»

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