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Sexe et handicap : un premier pas

La résolution des députés wallons paraît modeste. Mais la Wallonie partait de zéro dans ce dossier.
La résolution des députés wallons paraît modeste. Mais la Wallonie partait de zéro dans ce dossier.-fotolia

Les députés wallons ont franchi une première étape vers une meilleure prise en charge de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées.<

Hasard du calendrier… Au Parlement wallon, la résolution sur la vie affective et sexuelle des personnes handicapées a été adoptée à l’unanimité hier, 21 janvier, journée internationale du câlin. «Les personnes handicapées sont comme les autres; elles ont également le droit de prendre leur pied », résume le député wallon Écolo Matthieu Daele, qui porte ce dossier depuis 2011.

Matthieu Daele, en quoi consiste cette résolution ?

Nous demandons essentiellement deux choses au gouvernement wallon. D’abord, que cette thématique de la vie affective et sexuelle soit inscrite dans le projet pédagogique des établissements pour personnes handicapées. Et ensuite que soit créé un centre de ressources permettant aux professionnels et aux personnes handicapées de bénéficier de soutien et de conseils. Avec un accent sur l’information et la prévention des risques liés à la sexualité. Toute l’info et les ressources au même endroit, un peu comme un guichet unique…

Mais concrètement, intégrer la vie sexuelle et affective des personnes handicapées dans un projet pédagogique, ça n’engage pas les établissements à grand-chose…

Oui, c’est soft. Les institutions indiquent ce qu’elles veulent. D’ailleurs, si elles souhaitent ne pas prendre en compte cette thématique, elles peuvent. Mais elles doivent le mettre par écrit. Au moins, c’est clair. Les personnes handicapées et les familles connaîtront la politique de la maison. L’idée est de mettre les institutions au même niveau. Certaines ont des années lumière d’avance. Pour elles, ça ne changera rien. Pour d’autres, ça reste extrêmement tabou.

Et que fait-on pour les personnes handicapées hors institution ?

Le centre de ressources s’adresse aussi à elles et à leur famille, pour toutes les informations et les conseils, en collaboration avec les centres de planning familial. Le centre de ressources est un peu la courroie de transmission entre tous les acteurs.

Vous avez le soutien du gouvernement wallon ?

Mieux que ça: il y a un mois, la ministre Éliane Tillieux a lancé un appel à projets pour lancer le centre de ressources. C’est un budget de 100 000€, sur 3 ans.

Il a aussi fallu 3 ans pour faire aboutir ce texte, qui est une simple demande de prise en compte par le gouvernement wallon. Le sujet était tabou aussi chez les députés ?

Je n’étais moi-même pas du tout un expert en la matière. Des personnes m’en ont parlé, m’ont sensibilisé à la question et m’ont demandé de saisir le Parlement. Il y avait de la prudence plutôt qu’un vrai tabou chez les députés. On a procédé par étapes. L’Awiph (agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées) a organisé un colloque sur le sujet en 2012. Un groupe de travail a été mis en place en commission du Parlement. Il a rendu ses conclusions en 2013…

Il y a aussi eu des auditions…

Oui. Un tournant pour les autres députés… Ils ont compris que c’était une vraie demande. Pas un caprice. Des personnes comme les autres, qui veulent vivre comme les autres. Bref, ce sont toutes ces étapes qui permettent d’aboutir aujourd’hui à une résolution amendée et adoptée par tous les groupes politiques.

Vous considérez ceci comme un premier pas. L’étape suivante, ce sont les assistants sexuels. On n’en fait mention nulle part.

On ne devait pas arriver avec des exigences trop importantes. Et le secteur doit pouvoir se saisir du sujet, se renseigner pour ne pas faire n’importe quoi.

C’est trop tôt pour décider mais pas pour réfléchir ?

C’est ça. Il fallait franchir la première étape. Maintenant, on va pouvoir avancer.