Surdité

Former des interprètes en langue des signes en urgence

Certifier rapidement les personnes qui pratiquent l’interprétation sur le tas pour les sourds: une urgence.

L’affaire du faux interprète en langue des signes en Afrique du Sud a fait réagir la communauté sourde de Belgique… qui estime qu’il n’y a pas qu’au pays des Bafana Bafana que la situation d’aide à la communication pour les sourds est catastrophique. Simplement parce que pas mal de gens pratiquent l’interprétation en langues des signes… mais sans être interprètes professionnels eux-mêmes. Résultats: les sourds se sentent bafoués.

Une situation due au fait qu’il n’existe pas en Belgique de diplôme reconnu d’interprète en langue des signes. Et, hormis la vingtaine d’interprètes certifiés par deux one shots certificatifs du Comité de Conduite d’Interprétation (CCI, qui n’existe plus) et l’enseignement de promotion sociale (formation qui n’existe plus non plus), c’est le désert, voire la misère.

Certes, un master en interprétation verra bien le jour à la rentrée prochaine. Un projet de 10 ans sous la houlette d’un comité de pilotage… piloté par un sourd (Timothy Rowies) et dans lequel sont impliqués l’Institut Marie Haps et les Facs de Namur (entre autres).

Insuffisant, dit en substance Abils, l’association d’interprètes professionnels français-langue des signes, également partie prenante du projet. «Le Master est fondamental» explique Isabelle Hulin, membre du CA d’Abils. «Mais les premiers diplômés ne sortiront qu’en 2020. Et, comme pour toute étude universitaire, il ne faut pas s’attendre à des flots de lauréats. Or, c’est maintenant qu’il y a un besoin urgent d’interprètes. Faute de quoi, les droits des sourds continueront à être bafoués. Ils ont droit à avoir des interprètes compétents et professionnels».

Raison pour laquelle Abils propose la mise en place rapide d’un master unique pour les personnes qui pratiquent déjà l’interprétation en langue des signes sans être certifiés. «Il faut certifier les compétences des gens qui travaillent actuellement avec les sourds. Pour l’instant, c’est la jungle. Ça ne peut plus durer. Il faut leur permettre de se former réellement avec des professionnels et de travailler avec eux sur la pratique de l’interprétation» estime Isabelle Hulin. «Et ce master unique d’une année doit se faire dans le même cadre académique que le master qui démarrera en septembre».

Du côté de Marie Haps (qui organisera le master), on est également bien conscients du problème de pénurie d’interprètes. Et de la nécessité de trouver une solution transitoire d’ici 2019-2020. Histoire que la communauté sourde puisse avoir accès à un service digne de ce nom dans l’intervalle.

Quelle solution? Actuellement l’école et le cabinet Marcourt planchent sur la possibilité d’un master d’une année post-universitaire. «Cela existe déjà pour l’interprétation dans les langues orales» explique Dounya François, en charge du projet à Marie Haps. «Des étudiants pourraient alors, en un an, moyennant diplôme préalable et des conditions strictes d’accès, obtenir une certification. Mais cela doit se réfléchir. On ne doit pas reproduire les erreurs du passé».

Sans compter qu’il faudra aussi trouver des moyens complémentaires au Master qui sera lancé en septembre. Et dont le financement a déjà été très compliqué à trouver.