Politique -

Confection des listes : Stratego diabolique

La confection des listes électorales pour le 25 mai 2014 n’a jamais été aussi terrifiante que cette fois-ci.

La confection des listes électorales pour le 25 mai 2014 n’a jamais été aussi terrifiante que cette fois-ci.

-heymans

La confection des listes électorales pour le 25 mai 2014 rend les partis dingues. Les nouvelles règles et dispositions exacerbent à un point inouï les luttes des candidats pour être placés en ordre utile.

Dans les quartiers généraux de tous les partis, l’ambiance est tendue à la limite du supportable. Jour après jour, c’est pire.

Il s’agit pour les présidents de partis et leurs acolytes d’avoir un coup d’avance sur trois jeux en même temps. Une partie de dominos infernale avec des combinaisons désormais interdites. Un jeu de chaise musicale où nécessairement certains se retrouveront les fesses à terre. Un Stratego diabolique dans lequel éclaireurs et espions sont les pièces maîtresses.

La confection des listes électorales pour le 25 mai 2014 n’a jamais été aussi terrifiante que cette fois-ci. Il faut identifier qui sera candidat à quel niveau de pouvoir pour le meilleur résultat possible. Les places n’ont jamais été aussi chères. Les choix n’ont jamais été aussi cruciaux. Et dans les semaines à venir on devrait voir d’autres élus annoncer leur départ de la politique ou se contenter de figurer sur une liste «par sympathie» en sachant pertinemment qu’ils ne seront pas élus. On vous explique pourquoi.

1. Un lot de crocodiles « inutiles »

Que faire des anciens sénateurs ? Le Sénat, dans sa configuration actuelle, doit disparaître avec le vote (imminent) de la sixième réforme de l’État. On ne votera donc plus comme par le passé pour élire des sénateurs. Voici donc 40 sénateurs élus directs qui disparaissent  : 25 néerlandophones et 15 francophones. Pour les présidents de partis, cela fait 40 mandats en moins à répartir. Que faire de Philippe Mahoux (PS) ou de Gérard Deprez (MR), par exemple? Suivront-ils le chemin pris vendredi dernier par la sénatrice MR Dominique Tilmans en arrêtant la politique?

2. Une cage aux lions désaffectée

Comment tester encore sa popularité à grande échelle ? Les sénateurs étaient élus sur la base la plus large qui soit  : soit toute la communauté flamande, soit toute la francophone, germanophones compris. Ce ne sera donc plus possible. «Le Sénat était le test de popularité par excellence en Flandre, souligne Jean Faniel, directeur du Crisp (le centre de recherche et d’information sociopolitiques). Jean-Luc Dehaene, Steve Stevaert, Yves Leterme devenu “monsieur 800 000 voix”, Bart De Wever  : tous ont établi leurs scores records au Sénat. Cette fois-ci, ce sera impossible. Chacun devra choisir une circonscription.»

Où les éléphants se présenteront-ils? Assistera-t-on encore à des combats de chefs? On ne sait pas. Chaque parti doit établir une nouvelle stratégie sans savoir quels seront les choix des autres partis. À noter que côté francophone, le Sénat n’était déjà plus le grand ring de boxe entre présidents de partis. Ainsi, Joëlle Milquet (cdH) s’était présentée sur Bruxelles, Didier Reynders (MR) sur Liège et Elio Di Rupo (PS) dans le Hainaut.

3. Glissades et singeries interdites entre les listes et les niveaux de pouvoir

Les règles en matière de cumul et de suppléance ont changé. Il est désormais interdit de figurer sur deux listes différentes (par exemple, la Région et l’Europe ou la Chambre) le même jour. Il faut choisir et ne pas se tromper  : le risque de ne pas être élu est plus grand. Autant dire aussi que les ténors ne peuvent plus gonfler les scores en faisant de la figuration sur une liste. Interdit aussi d’être à la fois un candidat effectif et suppléant sur la même liste. « D’une part les petits partis vont avoir du mal à présenter une liste complète à cause de cette règle. D’autre part, pour les grands partis, les candidats sont moins assurés d’être élus ou d’avoir une place. On ne peut plus miser sur le fait qu’on sera repêché comme suppléant», explique Jean Faniel.

La N-VA avait joué particulièrement finement la dernière fois au jeu de la chaise musicale. Bart De Wever s’était présenté à l’Europe en dernier effectif. Il ne comptait nullement siéger à l’Europe mais avait réalisé le plus gros score. Frida Brepoels, qui était tête de liste, s’était aussi placée comme première suppléante. Elle s’était ainsi assurée du poste européen en suppléant le désistement de De Wever. Ces petits jeux sont désormais interdits.

«Il y aura de moins en moins d’effectifs qui pourront se faire élire sans vouloir siéger», explique donc Jean Faniel. Les places de suppléants seront très peu intéressantes cette fois-ci. Il ne reste plus qu’un cas de figure où se pousser comme suppléant aura de l’intérêt  : si le candidat effectivement élu doit être remplacé parce qu’il devient ministre. Être le premier suppléant de Jean-Claude Marcourt, par exemple, c’est super et bien mieux que d’être troisième ou quatrième effectif. Mais ce genre de doublage en or est devenu rare.

4. Une bande de rapaces aux aguets : député bourgmestre est une espèce menacée

La nouvelle règle des 25 % maximum d’élus qui cumulent à la fois fonctions communales et wallonnes exacerbe encore plus les tensions au sein d’un même parti. Dans chaque parti ceux qui seront élus députés wallons et sont déjà bourgmestre, échevin ou président du CPAS par ailleurs devront choisir. La règle est toute neuve. Et si les élus ne font pas eux-mêmes le choix, pour départager les députés bourgmestres, ce sera «le taux de pénétration» des candidats qui les départageront. Résultat, au sein d’un même parti, on épie ses amis qui pourraient devenir ses ennemis.

Pour éviter cet obstacle, le candidat peut tenter de se hisser sur une liste fédérale. Mais les places y sont encore plus restreintes (moins de 50) qu’à la région (75 élus).