POLITIQUE

Intercommunales : le politique wallon fait son examen de conscience

Intercommunales : le politique wallon fait son examen de conscience

Pierre-Yves Jeholet (MR) et Emmanuel Disabato (Ecolo) ne se font pas toujours de cadeau.

Belga

Les députés du parlement wallon ont opéré ce mercredi en séance plénière un examen de conscience collectif de la manière dont l’intercommunale Tecteo a pu se développer et échapper au contrôle régional.

Plus de gouvernance, plus de transparence et de contrôle sur les intercommunales, les trois mots sont revenus comme une antienne dans la bouche des députés, en particulier pour les secteurs devenus très concurrentiels.

Le MR s’est fait brocarder sur les déclarations variables de ses membres. Si son administrateur à Tecteo Georges Pire a pu dire qu’il ne s’opposait plus au rachat de l’Avenir par l’intercommunale liégeoise, tout en remettant en cause la structure, Pierre-Yves Jeholet (MR) s’est attaché à dénoncer l’opacité du groupe et de ses décisions.

Il a pointé du doigt le laisser-faire dans le développement d’un modèle ambigü public-commercial, se demandant pourquoi le ministre des Pouvoirs locaux Paul Furlan (PS) venait si tard avec des propositions, lui qui les a annoncées pour la fin de l’année.

Hervé Jamar (MR) a énuméré les «vices de procédure» qui ont émaillé le processus de décision de reprise du groupe L’Avenir. Il a réclamé en vain des éclaircissements sur la reprise par l’intercommunale Ecetia - dépendant de Tecteo - de 200 millions d’euros de charges de certificats verts à Elia, afin d’alléger le poids de la bulle photovoltaïque.

Les mots les plus durs ont fusé des rangs socialistes, le député Claude Eerdekens invitant le patron de Tecteo Stéphane Moreau à choisir entre le mayorat d’Ans et la fonction de «grand cadre public».

«La société anonyme à Tecteo a été créée pour contourner l’interdiction de cumul. L’AG est devenue une chambre de ratification où l’on vote dans l’allégresse avant d’aller boire une coupe de champagne. Ressaisissez-vous, copains de Liège, Huy-Waremme et Verviers. Qu’il choisisse entre la politique et les affaires! « a lancé M. Eerdekens, applaudi sur les bancs MR, Ecolo et cdH.

Davantage dans la ligne du parti, Isabelle Simonis a relevé l’inadéquation entre les exigences de réactivité et de rapidité d’un secteur concurrentiel, et le modèle actuel des intercommunales.

La «bonne opération » de Tecteo

Elle a défendu la création d’un statut «sui generis» pour cette nouvelle forme d’intercommunale, avec un commissaire de gouvernement, des administrateurs experts indépendants, un comité d’audit, etc.

Elle a demandé de «ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain» et défendu un pouvoir public fort ainsi que les mérites du projet industriel Tecteo.

Pour Manu Disabato (Ecolo), il convient de renforcer le contrôle par les communes, ouvrir le CA à des administrateurs indépendants et, si le blocage communautaire devait persister entre Bruxelles et la Flandre sur la tutelle des intercommunales pluri-régionales, «prendre une initiative strictement wallonne».

Sur le plan économique, le projet Tecteo «peut être une bonne opération», a fait observer Maxime Prévot (cdH). Rentable, il consolide l’emploi et le centre de décision en Wallonie. Mais la question de l’opportunité pour des communes de se rendre maîtres de groupes de presse reste posée, a-t-il fait observer, appelant à un recentrage. Il préfère mener le procès du mode de gouvernance, les réformes déjà menées s’avérant insuffisantes.

Bernard Wesphael (indépendant) a pour sa part réclamé une commission d’enquête parlementaire, pointant du doigt la responsabilité partagée par l’ensemble des partis dans la création de la société anonyme qui a permis à Tecteo «de faire ce qu’elle veut».