Les secrétaires communaux sous pression

Michel Stultiens a été secrétaire communal pendant 20 ans à Seraing. Aujourd’hui, il préside toujours la fédération.

ÉdA – 202552312717

Les secrétaires communaux sont inquiets. Leur profession a été complètement remaniée et est désormais sous le joug du collège échevinal.

 

«La crainte à avoir, c’est de subir un arbitraire politique.» Depuis le 1er septembre, les secrétaires communaux marchent sur des œufs. Ils sont désormais placés sous la surveillance des collèges communaux qui devront les évaluer, voire même sanctionner ou gratifier. Licencier un haut fonctionnaire sur base d’un rapport, voilà une pratique peu courante. Michel Stultiens, président de la fédération wallonne des secrétaires communaux, confirme que ces changements ébranlent la profession. «Le gros problème, c’est l’évaluation du secrétaire communal. Ce qui nous fâche, c’est qu’il n’y a pas de régime transitoire. Les gens se sont lancés dans cette carrière alors qu’ils auraient pu travailler dans le privé avec une rémunération plus importante.» Pourquoi ne pas l’avoir fait? «Parce qu’ils sont entrés dans la fonction publique car ils savaient qu’ils avaient une garantie d’emploi. Et maintenant, elle disparaît.»

Le secrétaire communal, qu’on appelle désormais le «directeur général» (DG), recevra une lettre de mission rédigée par le collège. À son tour, le DG rédigera un contrat d’objectifs dont il discutera avec le collège. «Les objectifs seront donnés par le politique. Le directeur aura plus de travail car il devra se prémunir constamment contre l’arbitraire qui peut se produire lors de l’évaluation.»

Après deux évaluations défavorables, le collège pourra licencier son secrétaire communal. Le collège renforce ainsi son autorité sur le directeur de la commune.

Cette situation permettra aussi de rééquilibrer les forces. D’une part, certains secrétaires étaient indétrônables alors qu’ils n’étaient pas à la hauteur de la fonction. Dans d’autres communes, c’était l’inverse: le secrétaire communal était omnipotent, une sorte de calife à la place du calife. «Il faut être honnête, certains prenaient trop de place et d’autres pas assez. Il y avait une volonté du politique de reprendre la main.»

Ce garant de la légalité des actions politiques décidées par le collège risque de se retrouver en porte-à-faux lorsqu’il devra s’opposer à certaines décisions. «On aura une demi-épée de Damoclès au-dessus de la tête.» Et comment s’opposer à son collège dans les mois précédant une évaluation? La nouvelle organisation ne rassure pas les nouveaux directeurs généraux. C’est l’organe, contrôlé quotidiennement par le directeur, le collège, qui finalisera l’évaluation. Confus, non?